CONTEURS CANADIENS-FE \NEAIS
crains toujours qu'il ne revienne... Un couvent! un cou vent!— [h bien, pauvre brebis égarée et maintenant re pentante, lui dit le vénérabie pasteur, venez chez moi, je veillerai sur vous, je vous entourerai de saintes reliques, et si votre vocation est sincère, comme je n'en doute pas après cette terrible épreuve, vous renoncerez à ce monde qui vous a été si funeste.
Cinq ans après, la cloche du couvent de... avait annonce depuis deux jours qu'une relivieuse, de trois ans de pro-
sion seulement, &ait rejoint son époux céleste, et une ioule de curieux s'étaient réunis dans l'église, de grand matin, pour assister à ses funéraiiles. Tandis que chacun assistut à cette cérémonie lugubre avec la légcreté des gens du monde, trois personnes paraissaient navrées de douleur: un vieux prètre agenonillé dans le sanctuaire priait avec ferveur, un vicillard dans la nef déplorait en Ssanglotant la mort d'une fille unique, et un jeune homme, en habit de deuil, faisait ses derniers adieux à cefle qui fut
autre'ois sa fiancée: la malheureuse Rose Latulipe.
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L'Homme du Labrador
Parmi les nombreux personnages groupes autour de l'âtre brülant de l'immense cheminée, était un vieillard qui paraissait accablé sous Île poids des ans. Assis sur un bauc très bas, il tenait à Ceux mains un bäton sur lcquel 1 ap puyait sa tête chauve. 4! u etait nulle, ent nécessaire ('avoir remarqué la besace près de lui, pour Je classer parmi les mendiants. Autant qu'it évit possible de le juger dans cette attitude, cet homme devait étre de la plus haute stature. Le maitre du logis l'avait vainement sollicité de prendre place parmi les convives; 4 n'avait répondu à ses vives sollicitations que par un soume amer et en mo trant du doigt sa besace. — C'est un homme qui fait quelques grandes pénitences, avait dit l'hôte en rentrant dans sa chambre après souper, car malgré mes offres il n'a voulu manger que du pain. — C'était donc avec un certain respect que l'on regardait ce vieillard qui semblait absorbé dans ses pensées. La conversation s'engagea néanmoins, et Amand eut soin de la faire tourner sur son sujet favori. Oui. messieurs, s'écria-t-il, le génie et surtout Îles livres n'ont pas été donnés à l'homme inutilement! avec les
mineur SU
livres on peut évoquer les esprits de l'autre monde, le diable même. Quelques incrédules secoutrent la tête, et le vieillard appuya fortement la sienne sur son bâton.
— Moi-mème, reprit Amand, il y a environ six mois. j'ai vu le diable sous la forme d'un cochon.
Le mendiant fit un mouvement d'impatience et regarda tous les assistants.
— C'était donc un cochon? s’écria un jeune clerc no taire, bel esprit du lieu.
Le vieillard se redressa sur son banc, et l'indignation la plus marquée parut sur ses traits sévères.
— Allons, monsieur Amand, dit le jeune clerc notaire, il ne faudrait jamais avoir mis le nez dans la science pour ne pas savoir que toutes ces histoires d’apparitions ne sont que des contes que les grand'meres inventent pour endormir leurs petits-enfants.
Ici, le mendiant ne put se contenir aavantage:— F1 moi, monsieur, ie vous dis qu'il y a des apparitions, des apparitions terribles, et j'ai lieu d'v croire, ajouta-t-il en pressant fortement ses deux mains sur sa poitrine.
— À votre âge, père, les nerfs sont faibles, les facultés affaiblies, le manque d'éducation, que sais-je? rép'iqua l'érudit.
— À votre âge! à votre âge! répéta le mendiant, ils n'ont que ce mot dans la bouche. Maïs, monsieur le notaire, à votre âge, moi, J'étais un homme; oui, un homme. Regardez, dit-il, en se levant avec peine à l’aide de son bàton : regardez, vec dédain même, si c’est votre bon f'aisir, ce visage étique, ces yeux éteints, ces bras décharnés, tout ce corps amaigri. Eh bien! monsieur, à votre âge. des muscles d'acier faisaient mouvoir ce corps qui n’est