‹ Conteurs canadiens-français du XIXe siècle [microforme]Chapitre 46 sur 77 · L. DE MONTIGNY · texte numérisé non relu

L. DE MONTIGNY

C'était su' la fin d'février. J'venais d'déouacher un ours tout justement au lac Vaseux, à la décharge du Poisson-Blanc, d'ous qu'on d'sort. C'était une fantaisie qui avait pris à un big bug d'Bvtown d'avoir une peau d'ours, et j'étais allé li qu'ri, à la raquette, pendant qui s'soûlait au village.

J'trouve mon dormeux dans sa ouache, jl'assomme et l'emmène dans ma traîne. Le long du ch'min, mon chien Boulé fait lever un buck qui passe dret devant mon fusil. J'le caboche, au vol, et pis l’'entraine avec l’autre.

Mais on a beau avoir la patte alarte, on travarse point l’Poisson-Blanc et pis on le r'traverse pas en criant ciseau. C’qui fait qu'on arrivait su la breunante quand j'âchai l’lac pour prendre le portage, en plein ous qu'on est dans l’moment d'à c'te heure.

La noirceur timbe tout d'un coup; l’temps s’brumasse, s'pesantise et i’commence à neiger, à mouiller, pis au bout d’une minute i’timbait pus inque d’la pluie, à siaux.

Comme j'voulais pas rester su’ la route, à pas plus d'huit milles de chez nous, j'poigne mes jambes et j'me mets à marcher, mais au bout d’un mille, ça marchait pus, pantoute. Ga calait comme une swamp, la traine collait à terre, j'étais trempe comme an’ lavette et au bout d'mon respire.

Allons, Seigneur! quoi faire! Ça a l’air pas mal ch'nu d'rester en chemin... D'un autre côté, j'voulais pas m'en aller allège à la maison et laisser me: deux animaux dans l'bois ousque les loups ou les renards les auraient étripés. J'avais peur itou de c'sauvage de Tanascon, de c'trigaudeux qui passe son temps à ravauder pour faire des

canailleries.

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LÉ ÉPETE

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