‹ Conteurs canadiens-français du XIXe siècle [microforme]Chapitre 49 sur 77 · L. DÉ MONTIGNY · texte numérisé non relu

L. DÉ MONTIGNY

Mais aussitôt l’éciair passé, v'la-t-i pas que j'entends appeler mon nom, oui: Jos.. Noël! Jos. Noël! et par une voix que j'connaissais d'puis des années, par Ti-Toine Tourteau.

Là, j'vous l’dis, j'ai eu peur, un peu croche. Et. ma foi d'gueux! j'aurais aimé mieux m'voir entouré d'une gang de chats tigres en furie que d’me savoir face à face avec c’pendard, c'vendu au mistigris, c’t’étripeur d'poules noires, c'te chasseur de galeries... c'te tout c'que vous voudrez d'maudit. On rencontre pas des églises à tous les pas dans l’bois et pis on n’a pas toujours Île temps d’faire ses dévotions all right; mais j'vous dis que c'pendard-là nous escandalisait tous et qu’pas un chrétien voulait y parler sans avoir quéque médaille bénite dans l'gousset: un sacreur qui faisait lever les poëles... c'est bien simple, un sorcier qui méritait d’être cruxifié su’ un poteau de télégraphe.

C'tai lui, l'possédé, qui m'parlait, sûr comme vous êtes là, avec un’ voix d'mourant:

— Tu m'as tué, Jos. Noël, tu m'as tué, mon Dieu, mon Dieu. Pardon...

— Hein, c't'y toué, Ti-Toine, c't'y toué? qu’ j'y criais quasiment plus mort que lui. Mais lève-toi donc, an: mal, es-tu mort?... Batème! répond donc; as-tu envie que l'iable m'emporte avec toué ?

J’ continuait à s’lamenter:

— J'vas mourir, j'vas mourir.

— Torrieux d’sarpent, veux-tu m'faire mourir de peur? Réponds donc une bonne fois. C't'y toué, Ti-Toine Tourteau ?

— Oui... oui... tu m'as tué,... j'vas mourir.

Page 1