‹ Conteurs canadiens-français du XIXe siècle [microforme]Chapitre 5 sur 77 · PS CR · texte numérisé non relu

PS CR

phémateur infame: mon père, après avoir tout tenté pour me corriger, me maudit, et mourut ensuite de chagrin. Me trouvant sans ressources, aprés avoir dissipé mon patrimoine, je fus trop heureux de tronver du service comme simple engage de la compagnie du Labrador, C'é tait au printemps de l'année 17%%0 il pouvait étre environ midi, nous descendions dans la goélette /a Catherine, par une jolie brise: j'étais assis sur la lisse du gaillard d'arr icre, lorsque le capitaine assembla l'équipage et lui dit: Ah ça! enfants, nous serons, sur les quatre heures, au Poste du Diable: quel est celui d'entre vous qui x restera? Tous les regards se tournèrent vers moi, et tous s'écrièrent unanimement: Ce sera Rodrigue Brasale-l'er. Je vis que c'était concerté: je serrai les dents avec tant de force que ie coupai en deux le manche d'acier de mon calumet, et frappant avec force sur la lisse où j'étais assis, je répond's dans un accès de rage: Oui, mes mille tonnerres, oui, Ce sera moi: car vous seriez trop lâches pour en faire autant : je ne crains ni Dieu ni diable, et quand Satan v viendrait. je n'en aurais pas peur. — Bravo! s'écricrent-ils tous. Huzza! pour Rodrigue. Je voulus rire à ce comiximent : mais mon ris ne fut qu'une grimace affreuse, et mes dents “entre-choquèrent comme dans un violent accès de fièvre. Chacun alors m'offrit un coup, et nous passames aprés midi à boire. Ce poste de peu de consequence était tou jours gardé, pendant trois mois. di un seu homme qui faisait la chasse et la pêche, et quelque petit trafie avec le< sauvages. C'était la terreur de tous les cigagés, et touts ceux qui v avaient resté, avaient raconté des chose. étranges de cette retraite solitaire: .e là son nom de

Poste du Dialile, en sorte que depuis plusieurs années on

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ai La 152 QU Livas Ra ble vous emoorte tous, mes...! que l'accompagnal d'un juron éponvantable. — Bon, me cria Joseph Peïchat. six mois auparavant: bon.

mon ami. € pelle-toi ce que tu as dit. Ces parces me firent ma. Fu

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crièrent ses trois compagnons, un seul lui portant secours tandis que les deux autres faisaient force de rames pour aborder la goélette. Je crus, en effet, l'avoir tué, et je ne cherchai qu'à me cacher dans le bois, si la chaloupe revenait à terre; mais une demi-heure après, qui me parut un siècle, je vis la goélette mettre toutes ses voiles et disparaitre. Pelchat n'en mourut pourtant pas subitement; il languit pendant trois années, et rendit le dernier soupir en pardonnant à son meurtrier. Puisse Dieu me pardonner au jour du jugement, comme ce bon jeune homme le fit alors!

Un peu rassuré, par le départ de la goélette, sur les suites de ma brutalité (car je rétléchissais que si j'eusse tué ou blessé Pelchat mortellement, on serait venu me saisir), je m'acheminai vers ma nouvelle demeure. C'était une cabane d'environ vingt pieds carrés, sans autre lumière qu'un carreau de vitre au sud-ouest; deux petits tambours y étaient adossés; en sorte que cette cabane avait trois portes. Quinze lits, ou plutôt quinze grabats étaient rangés autour de la pièce principale. Je m’abstiendrai de vous donner une description du reste: ça n'a aucun rapport avec mon histoire.

J'avais bu beaucoup d’eau-de-vie pendant la journée, et je continuai à boire pour m'étourdir sur ma triste situation : en effet, j'étais seul sur une plage éloignée de toute habitation; seul avec ma conscience! et, Dieu! quelle conscience! Je sentais le bras puissant de ce même Dieu, que j'avais bravé et blasphémé tant de fois, s'appesartir sur moi, j'avais un poids énorme sur la poitrine. ÆæS seules créatures vivantes, compagnot

18 « étaient deux énormes chiens de Terre Ken uve, à peu près

aussi féroces que leur maitre. On m'avait laissé ces chiens pour faire la chasse aux ours rouges, trés communs dans cet endroit.

[1 pouvait être neui heures du soir. J'avais soupé, je fumais ma pipe près de mon feu, et mes deux chiens dormaient à mes cotés; la nuit était sombre et siencieuse, lorsque tout à coup j'entendis un hurlement si aigre, si perçant, que mes cheveux se hérissérent. Ce n'était pas ‘e hurlement du chien ni celui plus affreux du loup: c'était quelque chose de satanique. Mes deux chiens y répondirent par des cris de douleur, comme si on leur eüt brisé les os. J'hésitai: mon orgueil l'emportant, je sortis armé de mon fusil chargé de trois balles: mes deux chiens, si féroces, ne me suivirent qu'en tremblant. Tout était cependant retombé dans le silence, et je me préparais déja à rentrer, lorsque je vis sortir du bois un homme suivi d'un énorme chien noir; cet homme était au-dessus de la taille moyenne et portait un chapeau immense, que je ne pourrais comparer qu'à une meule de moulin, et qui lui cachait entièrement le visage. Je l'appelai, je lui criai de s'arrêter; mais il passa, ou plutot coula comme une ombre, et lui et son chien s'engloutirent dans le fleuve. Mes chiens, tremblants de tous leurs membres, s'étaient pressés contre moi et semblaient me demander protection.

Je rentrai dans ma cabane, saisi d’une frayeur mortelle: je fermai et barricadai mes trois portes avec ce que je pus me procurer de meubles; et ensuite mon premier mouvement fut de prier ce Dieu que j'avais tant offensé et lui de mander pardon de mes crimes, mais l’orgueil l'emporta, et repoussant ce mouvement de la grâce, je me couchai tout habillé, dans le douzième lit, et mes deux chiens se pla

cèrent à mes côtés. J'y étais depuis environ une deiniheure, lorsque j'entendis gratter sur ma cabane comme si des milliers de chats, où autres animaux, S'v fussent cram ponnes avec leurs griffes: en effet je vis descendre dans Ma cheminée et remonter avec une rapidité étonnante, une quantité innombrable de petits hommes hauts d'environ deux pieds: leurs têtes ressemblaient à celles des singes et étaient armés de longues cornes. Après m'avoir regardé un instant avec une expression maligne, ils remontaient la cheminée avec la vitesse de l'éclair, en jetant des éclats de rire daboliques. Mon âme était si endurcie que ce terrible spectacle, loin de me faire rentrer en moi-méme, me jeta dans un tel accès de rage, que je mordais mes chiens pour les exciter, et que, saisissant mon fusil, je l’armai et uirat avec force la détente, sans réussir pourtant à faire partir le coup. Je faisais des efforts inutiles pour me lever, saisir un harpon et tomber sur les diablotins. lorsqu'un hurlenient plus affreux que le premier me fixa à ma place Les petits êtres disparurent, et il se fit un grand silence, jentendis frapper deux coups à ma première porte: ‘ir troisième coup se fit entendre, et la porte, malgri ,res précautions, s'ouvrit avec un fracas épouvantable Uné sueur froide coula sur tous mes membres, et pour ., premiere fois depuis dix ans, je priai, je suppliai Diet d'avoir pitié de moi. Un second hurlement m'annonça sie mon ennemi se préparait à franchir la seconde porte, : t au troisième coup, elle s'ouvrit comme Ja premièrz t avec le méme fracas, O mon Dieu! mon Dieu! m'ecriai-je, sauvezmoi! Et la voix de Dieu grondait à mes oreilles comine un ionnerre, €t ie fepondait: Non. inaheureux tn périras. Cependant un troisitime hur' nent se fit e’cudre et tout

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