L.-PAMPHILE LEMAY
M. Léon-F imphile Lemay est né à Lotbinière, le 5 mai 1837. Il a été avocat puis conservateur de la bibliothèque de la législature de la province de Québec. M. Lemay a publié plusieurs volumes de poésies et trois romans canadiens. Son dernier
Dr ouvrage est Contes vrais, duquel nous avons ex-
trait le conte suivant, basé sur une tradition locale, C'est un écrivain fort aimé du public canadien,
Un soir, je racontais l’histoire de la maison hantée à mes voisins: le bonhomme Chénard, le vieux Blais, le vieux Letellier, le père Ducap et plusieurs autres. Cela les amusait assez, mais ils paraissaient suspecter un peu mon honnêteté de raconteur, et ils me décrochaient tour à tour, pour l’acquit de leur conscience, de petits traits malins qui faisaient rire tout le monde et me chatouillaient désagréablement. Je n'en laissais rien voir. Je sais dissimuler comme un vrai diplomate.
Cependant le père Ducap devint tout à coup fort pensif. Il semblait ne plus rien entendre. Quand j'eus fini, il se leva, et lentement, d’une voix grave que faisait vibrer l'émotion:
— Je connais, moi. dit-il, ce qui s’est passé dans cette maison du bois du moulin... Je sais quel spectre la hantait et quel crime fit descendre sur elle la malédiction de Dieu.
I1 garda le silence un instant. Nous étions tous fort surpris. car il n'avait jamais parlé de ces choses. D'ordinaire on se hâte de dire ce que l’on sait. Il en est même qui disent ce qu'il ne savent pas. T1 avait eu sans doute quelque bonne raison pour se taire...
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Il est toujours pénible de dire du mal des autres, et surtout des siens.
— Comment! fit-on très étonnés, vous voulez vous amuser à nos dépens... Vous n'êtes pas de la fami!le de ce damné.
— Je suis de la famille de ce damné, mais par alliance, et c'est encore trop, avoua-t-il.
| Puis, comme fortifié par cet aveu, il continua:
| — Enfin, ce n’est pas ma faute, c'est le hasard. L'ivraie se mêle au bon grain, les chardons poussent au milieu des fleurs. Quand il s'agit des âmes et des consciences, des vertus et des vices, c'est le bon Dieu qui fait le triage, et il le fait bien.
Nous le prions alors de raconter cela... de dire tout... Nous sommes des gens d'honneur, et capables de garder un secret quand c’est nécessaire.
Pas ce soir, demain, répondit-il. Il faut que je me recueille un peu. Bien des choses s’effacent de ma mémoire maintenant; et puis, je ne sais pas s’il est bien opportun de réveiller des souvenirs mauvais, et de raconter la vie de ceux qui n'ont pas craint le Seigneur.
Le lendemain, dès après le souper, nous étions tous assis dans nos fauteuils de frêne, les uns à demi-perdus dans l’ombre des angle, les autres se profilant dans un cercle de pâle lumière, à une petite distance de la table où brûlait mélancoliquement une lampe de verre. Nous causions spectres, fantômes et revenants, en attendant le vieux voisin qui devait nous renseigner sur les habitants de la maison hantée. Il tardait. Peut-être ne voulait-il plus parier. Son secret mourrait avi lui... Le poêle grondait sous “ l’attisée ” d'épinette rouge... SOUS l’attise, si vous l’aimez mieux.
= nie SEEN