L.-PAMPHILE LÉMAY
— Il ne faut pas 'e tuer, reprit-elle... j'ai peur du sang,
moi... Et puis, ce jeune homme, il a sa mère sans doute... sa pauvre mère!... Non, ne le tuons pas... reste ici!
— Folle!
— Je vais l’éveiller...
— Je vais l'endormir, moi.
Et il la menaça de son marteau. Elle supplia: Je vais me sauver avec l'or... Tu diras que je suis la plus misérable des femmes et la honte de ta maison... Que tu m'as chassée déjà... tout!... Mais : erser le sang de ce jeune homme qui a mis sa confiance en nous, et dort rêvant à sa mère, peut-être... À sa mère qui l'attend dans les pleurs et l'ennui. Oh! non, jamais!
— C'est bien femme, répliqua-t-il, allcns nous reposer comme deux bonnes bêtes, et ne touchons pas un sou de cette fortune qui s'offre à nous... À nous que le monde a ruinés et volés... Viens!
Ils entrèrent dans leur chambre. Le feu s’éteignit dans le foyer et d’épaisses ténèbres replirent la maison. Ils feignirent le sommeil, car ils s’épiaient l'un l’autre. Des reflets d’or brillèrent devant leurs veux fermés, dans la nuit... L'obscurité parut s’étoiler avec magnificence... Les piastres précieuses tourbillonnèrent comme une étincelante poussière... Des rêves de fortune ravissants et fous s’ébauchèrent avec délice, puis un sentiment de crainte, comme un souffle froid, les dissipa tout à coup... Mais ils revinrent toujours, et la volonté faiblissait... Elle, la Babylas, elle se disait, à la fin, étourdie par la cupidité :
-— S'il se mêlait seul de cette affaire... Il devrait y songer... Pourquoi se mettre deux?...
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Et elle faisait semblant de dormir d'un sommeil pre fond.
Le fluide mystérieux qui parfois vole rapide comime l'éclair d'une personne à une autre, emportant tine pensée intime ou un message étrange, circulait autour de leurs fronts et mélait leurs idées criminelles.
1 se leva sans bruit, doucement, alluma une lanterne, puis l'enveloppa d'un linge pour er üssimuler la lumière. Cela fait, il prit son marteau, et de nouveau se rendit dans la chambre du voyageur. Il attendit debout près du lit paisible. L'étranger dormait bien. Cela se voyait au mouvement calme et régulier de ses larges poumons.
Il laissa passer un mince rayon de lumière et put contempler la figure heureuse de cet homme trop riche qu'une fatale destinée venait de mettre devant lui. Il eut un ioment d'hésitation et il voila la lueur de sa lampe. Mais. dans les ténèbres, il vit de nouveau scintiller les pièces d'or, et le vertige le saisit...
Le coup fut terrible et la mort du jeune homme instantance. Il traina le cadavre dans Île bois, puis il revint se coucher tranquillement. Sa femme ronflait toujours. Il savait bien qu'un si profond sommeil n'était pas naturel, mais il n’en fit rien paraitre.
Le matin, il dit en se levant qu’il allait réveiller le voyageur. Elle eut un singulier sourire. | revint en criant:
Parti... ilest partil... La chambre est vide!... C'est étrange!...
Et la sacoche, ajouta-t-il ironiquement... a-t-il au moins oublié la sacoche?..,
Elle est là, répondit la femme, en montrant le placage entre les deux fenêtres de sa chambre.