ERNEST CHOQUETTE
M. Ernest Choquette a fait ses études au collège de St-Hyacinthe, et il est docteur de l’Université Laval. C’est un médecin de la campagne qui occupe ses loisirs en écrivant de fort jolis romans et de charmants contes. Jusqu'à ce jour, il a publié : les Ribaud, Claude Paysan et les Carabinades. C'est de ce dernier ouvrage que nous avons extrait le Docteur Santa Claus.
M. Choquette est frère de l'honorable juge P.-A. Choquette de M. l’abbé Choquette, professeur de sciences au Séminaire de St-Hyacinthe et à l'Université Laval, et de la révérende sœur Marie-Joséphive, supé- rieure de la Congrégation Notre-Dame.
Le Docteur Santa Claus
C'était une veille de jour de l’an et il neigeaït.
Il tombait une de ces neiges à gros flocons, calme, reposée, douce, tranquille, descendant comme un pardon des infinis d'opale pour effacer chaque souillure, chaque tache sombre de la nature, en cette fin d'année qui s'en allait. Je n'avais vu cette neige que dans les tableaux jusque-là. Et comme on pare les morts pour les porter au tombeau, l’année mourante se purifiait dans ce virginal linceul.
.… Une neige à gros flocons de cristal... exprès pour le père Nicholas... Allait-il s'en donner ?
— Mais on frappe à ma porte... qui donc, si discrètement? Vraiment peut-il y avoir encore des pleurs dans quelque foyer?... de la souffrance quelque part, en ce joyeux soir ?...
Une pauvre femme entra, une vieille grand'mère de soixante-quinze ans, également couronnée de neige et de cheveux blancs, qui tout de suite s'affaissa sur une chaise, la gorge oppressée et haletante. Elie retenait encore dans ses cils des larmes congelées en route
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Elle était descendue à pied, à travers ch: "ps chemin de raccourci sous les pommiers et les gr bles morts. Il n'y avait que pour ses enfants vait, à son âge, se décider à marcher si loin.
Et maintenant, génée, elle n'osait plus m'annoncer le but de son voyage. Car elle savait bien que j'avais longtemps soigné son mari, sa fille, sans jamais rien recevoir en retour, et voilà qu'elle revenait encore: pour son petit-fils, cette fois. Mais pour calmer un petit-fils souffrant, à quel'e rebuffade ne s'exposerait-on pas ?
Ah! oui, parle donc, vieille grand'mère, toi qui hésites, qui prends des détours pour me préparer à ce que tu vas me demander, parle donc: je le sais bien que tu es Pauvre, que tu es bonne et honnûte, que surtout tu aimes bien tes petits-fils... I] n'y a d’ailleurs rien à ton adresse dans mes comptes. ‘+ c’est moi qui ai honte de voir une misérable grand'mère, si dévouée, si douce et si vieille, si pleine de cœur, m'aborder avec défiance Comme quelqu'un qui n’en aurait noint «le cœur, lui.
— C'est ton petit-fils qui est malade? ..
— Oui, bien malade tout à coup, à propos de rien... T était cependant allé à l'éco'e, comme à l'ordinaire. mais au retour... une fièvre, des rêves en sursaut, des appels déchirarits... Peut-être avait-il pris froid à tra-
vers ses vieux habits trop courts.
vres, eux.
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. ls étaient si pau-
Alors, malgré la neige et la nuit, elle était venue me trouver, me demander si je ne pourrais pas le lui gué ce cher enfant... Quelques poudres, seulement... car il ne devait pas être nécessaire de le voir.
Oh !'elle soupçonnait bien encore une raison à sa fièvre
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