‹ Conteurs canadiens-français du XIXe siècle [microforme]Chapitre 66 sur 77 · ERNEST CHOQUETTE · texte numérisé non relu

ERNEST CHOQUETTE

subite: à la Noël, le père Nicholas avait apporté un arbre chargé de cadeaux à ses petits compagnons de classe anglaise. Ceux-ci lui avaient raconté ça; ils avaient apporté leurs jouets à l’école, et depuis, il en avait rèvé à chaque nuit, le pauvre enfant. “ Pourquoi qu'il ne vient jamais ici, le vieux Nicholas? me demandait-il toujours tristement; quand bien même nous serions pauvres... tu n'es pas méchante, toi, grand'mère, et moi non plus... Dis, est-ce que je suis méchant ?

Et tous ses désirs et ses imaginations d'enfant, ses rêves éveillés, lui étaient revenus, ce soir, dans ses cauchemars de fièvre.

Au rebord du bois, tout près, elle était allée, pour voir, couper un sapineau vert dans les rameaux duquel elle avait déposé des pommes et des glands mürs... Mais

: des pommes et des glands, il connaissait trop ça, n’estce pas, et sa fièvre avait continué.

— Si vous vouliez m'en donner quelques poudres blanches?... Ce n’est pas nécessaire de le voir, je crois,... ce n’est pas nécessaire, je suppose, me répétait-elle toujours sur un ton de douce et touchante angoisse.

Oh! vieille grand'mère, “ce n’est pas nécessaire,” distu?... comme tu désirerais que j'y allasse cependant; mais ça te coûte trop de me le demander, dans la crainte d'un refus, parce que tu n'as rien, rien à m'offrir pour me payer ma course et qu'il faut être grand mère comme toi pour se mettre en chemin dans cette neige-là, par seul dévouement.

— Puisque vous êtes assez bon, remettez-m'en, s’il vous plait, quelques-unes:... des semblables à celles que vous avez données, l'autre jour, au petit Louison, le gars

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du voisin... Elles n'étaient pas mauvaises à avaler celles-'à... Car si elle allait ètre obligée de prendre son

petit-fils de force, de le gronder, de lui tenir les mains... Jamais el' ne pourrait s'y résoudre, non, bon Dieu!... Jamais...

Je te comprends bien, va, vieille grand'mère; si tu savais comme je te comprends bien; et rien qu'à un inoubliable souvenir triste qui se réveille toujours tout de suite dans mon esprit quand ce sujet revient, je comprends:

— Et si j'allais le voir, ton petit-fi's?... lui faire prendre moi-même ses poudres en même temps?...

Je üav.: pas de réponse à attendre... son regard de bonheur suffisait seul. Je donnai l’ordre d'atteler.

Mais en attendant, je m'en vais, en secret, détacher doucement, de l’arbre de Noël de mes mioches déjà installé dans un coin de salle pour le lendemain, quelques jouets, une bonbonnière, et parmi les autres joujoux de l'an dernier — musiquettes, polichinelles, chevaux mécaniques, arches de Noé — maintenant entassés avec dédain dans une malle, je choisis les meilleurs, les moins délabrés, dont je fais tout un paquet.

Il n’en avait jamais vu, de père Nicholas, le pauvre petit-fils, eh! bien, il en verrait un cette année. Et voilà que je me mets en route, avec la vieille grand'mère à mon côté.

... Il neigeait toujours...

Ce fut vite atteint, la maisonnette tranquille qui, ados-

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sée à un pan de roc sous les arbres, abritait les cauchemars de l'enfant pris de fièvre.

Alors, je tire de ma trousse quelques mèches blanches de ouate boratée que je roule dans mes moustaches; je prends sous les robes de buffle de la berline mon paquet de jouets divers, et dissimulé dans mon immense parclessus de chat sauvage, le collet relevé au-dessus de la tête, tout constellé de flocons de neige, c'est bien un irréprochable et parfait Santa Claus que la bonne vieille mère, ravie et souriante de chaque ride, conduit à présent devant elle vers son gîte de misère.

En me voyant, ii se dressa sur son lit, le pauvre enfantavec une expression soudaine de figure si étrange, oh! si étrange et si subitement heureuse.

... Était-ce réellement le vieux Nicholas qui venait le visiter... celui-là même qu'il avait tant souhaité, qu'il avait si ardcmment désiré? Ils n'étaient donc pas trop pauvres alors?

... Non, cela ne pouvait pas être vrai; ces cadeaux, ces jouets peinturlurés ne devaient être qu'imaginaires et il tenait son regard défiant et chercheur sur la vieille grand'mère comme pour quel: se dépéchät de tout lui dire, elle.

Car peut-être qu'il rêvait encore simplement, que rien n'existait en réalité, ni du père Nicholas, ni des jouets et que, mon Dieu! tout ça disparaitrait dans un brutal réveil qui ferait tout à coup évanouir ses visions bénies.

Oui, pourquoi ne lui disait-elle donc pas à son pauvre petit, la *:-:le mère qu'il paraissait interroger, elle qui devait le savoir? Et son regard de doute se reportait sans cesse sur elle, avec sa même physionomie suppliante qui faisait mal à voir.

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Alors, avec une grosse voix douce et sur le tir bre atteudrissant que les enfants doivent attribuer 4 Santa Claus, je me mis à lui parler en caresses... à À questionner tendrement.

Ciel! c'était lui... c'était bien lui. Le pauvre petit malade ne doutait plus. Je le vis bien à l'éclair de ravissement tout de suite monté à ses prunelles brillantes de fièvre.

Mais ce Santa Claus l’examina longuement, prit d’a bord sa température, lui fit avaler sans sourciller toutes sortes de poudres et de potions mauvaises; ensuite, i disposa ses cadeaux dans les branches du sapir ‘au vert. tout à l’heure si triste avec seulement ses pommes et ses glands, puis il s’en retourna.

Le lendemaïir, la vilaine poussée de fièvre avait tout à fait disparu et le petit-fils trainait, en chantant à tuetête, ses chevaux à roulettes dans le logis joyeux, devant la grand'mère qui souriait... qui souriait.

Ouvages consultés :

Dictionnarre canadien-français, par Sylva Clapin.—C. O. Beauchenin & Fils,

Nouveau Dictionnaire illustré, comprenant 5,000 articles concernant le Canada. —C. G. Beauchemin & Fils.—Edition 1593. Dictionnaire de nos fautes contre la langue française, par Raoul Rinfret, 1896.

De plus : les rotes des divers auteurs dont les œuvres sont reproduites

dans ce volume, complétées par celles du compilateur.

ABRE. — Corrupt. de arbre.

ACALMÉ, E, udj.— Corrupt.

de calmé. Calme.

ACCOSTER, v a.— Aborder quelqu'un, s'approcher de lui.

ACCOTER, v a.— Appuyer une personne, un objet.

Barrer, barricader.

ACCRAIRE (faire), loc. — Faire accroire.

ACHALER, v. a.— Importuner, fatiguer, incommoder.

ACQUÊT, sub. m. — Gain, profit, avantage. Autant d’acquêt.

ACROUPIR ou Ecrapoutir, v.

a. — Fracasser, écraser.

AFISTOLER, v. a.— Préparer, arranger.

AGRÈS. — S'emploie dass le sens de fournitures, habits, troussvau.

ALLÈGE, adj. — Corrupt. de lège. Sans fardeau.

ALL RIGHT.— Loc. anglaise, à la perfection.

ARGOT, sub. m.—S'emploie pour orteil, pied.

ARMOTTE, gub. f.-— rupt.

de marmotte.

ARRIMER, v. a—$e dit quelquefois pour préparer, appareiller, arranger.

ASPE, sub. m.— Corrupt. de asthme.

ASSIRE, v. a.—- Asseoir.

ATTISÉE, sub. f. — Quantité de bois mise au feu et, pur extension, joli feu êrès flambant.

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