LE PAUVRE CHIEN
Vous qui rôdez, la nuit, par la campagne, avezvous vu passer ce pauvre chien ?
Il est gris et triste, et l'ami de toute tristesse. Il aime les fossés, les larges saules et les ormeaux dont on a coupé la tête. Maigre, crotté, boueux, malgré de si hautes pattes, il semble toujours affaissé ; avec de si beaux grands yeux, toujours il semble craintif. Quand vous vous approchez, il se sauve, mais bientôt, s'arrête, tourne la tête, fait luire son incomparable regard et remue la queue. Si vous le voulez caresser, il grelotte, puis s'enfuit. Il aimerait bien vous attendre: il ne peut pas. Cela est plus fort que lui !
Dans le crépuscule, au tournant de l'étang, tout contre les touffes de roseaux sinistres, il trottine. Parfois, il saute sur trois pattes, comme si la quatrième était lasse.
Il porte un vieux collier, et pour tromper sa faim, il ronge un os. Il évite les querelles avec les autres