VI AVERTISSEMENT
tion, non absolue, mais par bulletin blanc, aussi longtemps que le suffrage universel, qui, c organisé selon sa loi, est la constitution même de la démocratie, • reste dépouillé de ses conditions et de ses garanties normales, lésé» outragé dans sa majesté et son indépendance. Grèce au progrès des idées et des intelligences, fortifiées à cette heure par une plus longue expérience des choses et des hommes, cette doctrine sera certainement mieux appréciée qu'elle ne Ta été d'abord. La démocratie, justement punie par toutes les déceptions que lui ont infligées ses mandataires, a fini par reconnaître une de ses erreurs : elle commence à comprendre qu'en s'abaissant ellemême, en avilissant ses élus jusqu'au serment, avec cette circonstance aggravante de l'arrièrepensée du parjure, elle a prolongé elle-même ses misères et retardé le jour de son triomphe.
M.-L. BOUTTEViLLE.
Il y a six semaines, à l'occasion de je ne sais quel traité intervenu, en 1852, entre le Danemark et la Confédération germanique, l'Europe faillit être précipitée dans une guerre universelle. Six grandes puissances, l'Angleterre, la France, la Russie, l'Autriche, la Prusse, la Suède, signataires dudit traité, semblaient, par leur diplomatie, s'être donné le soin de charger cette mine. L'équilibre européen, le principe de nationalité, celui des frontières naturelles, le droit dynastique, le droit féodal, les constitutions, les autonomies, etc., se trouvaient si bien mêlés, embrouillés, qu'après vingt ans de protocoles la
Prusse et l'Autriche, avec cet esprit philosophi-
que qui distingue les Allemands, jugèrent que le sabre seul pouvait avoir raison du problème.
Grâce à elles, si l'alarme a été chaude, l'affaire s'est du moins terminée comme il convient entre nations civilisées et qui se respectent. Là où la politique s'était montrée impuissante, la force a fait droit. Le canon a parlé, le sang a coulé, l'honneur est satisfait. Danois et Germains ont vaillamment combattu à Idstedt, à Missunde, à Oversée, sur le Danewirke : pendez-vous, Français, vous n'y étiez pas.... Maintenant il est dit que le Sleswig-Holstein,quel que soit son prince, danois, prussien, ou indigène, fera partie de la Confédération germanique. Au fait, la nature des choses le voulait ainsi ; l'histoire, depuis Charlemagne, y poussait ; le besoin des populations le réclamait ; le Danemark lui-même n'y tenait guère : seuls, les complications, le droit féodal et les privilèges mercantiles, l'avaient empêché. Dieu veuille qu'il ne se trouve aujourd'hui ni Empereur, ni Congrès, ni dons Quichottes, pour séparer à nouveau ce que la Providence a voulu joindre!....
Au fond, que signifie le conflit dano-allemand? C'est qu'en dépit des traités de Westphalie et de ceux de 1815 l'Europe n'est pas constituée ; qu'elle cherche sa constitution. Les États dont elle se compose, et qui depuis 1815 ont corn* mencé leurs débuts constitutionnels, ne sont eux-mêmes que dans le provisoire. L'Allemagne cherche sa fédération : malheur au monde, si elte venait à verser dans l'ornière unitaire ! La Prusse se débat entre sa démocratie et sa dynastie ; l'Autriche s'avance avec précaution dans sa voie à la fois impériale et fédérale ; l'Italie se meurt de la réunion de ses provinces ; la Belgique, à bout de son parlementarisme, maudit cléricaux et libéraux, et se retourne vers ses vieilles institutions communales ; la Russie ne fait que de naître à la liberté et à l'ordre ; l'Angleterre parait se trouver bien, tant qu'elle exploite le monde : mais changez sa condition économique, et elle tombe en combustion. Quant à ce qui est de nous, Français, plus avancés que les autres, nous sommes en pleine dissolution. Est-il éton-
liant, après cela, que tantôt la Hongrie- et tantôt la Pologne, tantôt l'Italie et tantôt le Holstein, tantôt la question d'Orient et tantôt celle du Pape, tantôt une révolution de Juillet et tantôt une révolution de Février, viennent faire trembler le monde ?
Actuellement, nous allons jouir d'un nouveau répit. L'œuvre de la diplomatie va recommencer : avec elle, le débat parlementaire, à Vienne, à Berlin, à Francfort, à Londres, — faut-il dire encore, à Paris? — pourra suivre son cours.
Patriotes d'en deçà et d'au delà du Rhin, il paraît que ce n'est pas encore cette fois que nous nous coupons la gorge : profitons de ce court moment pour deviser entre nous des choses qui nous intéressent. Tandis que nos gouvernants se présentent les armes, jouent à la politique, échangeant des correspondances et des saluts militaires, essayons, nous autres, de pénétrer un peu plus avant dans le mystère de leur existence. Quant à vous, boursiers, rentiers, banquiers et courtiers, Dandins et Patelins, badauds et gogos, un instant distraits de vos
graves occupations par la fanfare de Bellone, vous pouvez, jusqu'à nouvel ordre, revenir à vos moutons. Le cœur vous dirait-il, par hasard, d'une lienre ou deux de flânerie démocratique et sociale ? D'abord, il est impossible, dans le gâchis où vous tiennent depuis quatre mois vos hommes d'État, sénateurs, députés, ministres, commissaires du gouvernement, que vous sachiez où vous en êtes ; et je vous défie, n'ayant pas l'habitude de ces sortes d'analyses, de vous orienter. Eh bien I je m'offre à vous servir de cicérone. Consentez à m'accompagner dans celte promenade. Je vous montrerai ce que vous n'avez pas vu : une nation en travail de sa propre constitution. Êtes -vous curieux de connaître l'avenir? Vous en verrez un petit coin, comme dans une glace. Prenez et lisez : ce ne sera pas long, et pas plus ennuyeux qu'une discussion du Sénat ou du Corps législatif.