UNE NATION QUI SE DÉJUGE
S'il est une tendance qui s'accuse en ce moment avec force dans notre benoit pays, c'est le retour au régime doctrinaire, ou, pour me servir d'une expression moins malsonnante, à la monarchie constitutionnelle. Avec les Bourbons, les d'Orléans ou les Bonapartes, sans préférence bien marquée pour Tune de ces dynasties plutôt
que pour l'autre, la France aspire à se reconstituer selon les idées et les mœurs de 1830.
C'est chose en soi si anomale, si peu digne d'une nation devenue majeure et censée en possession d'elle-même, que le retour à un système épuisé, qu'il importe avant tout de bien constater le fait. D'autant plus que ce n'est pas la première rétrogradation de ce genre que nous ayons à nous reprocher.
Rappelons-nous que le plébiscite de 1851 conférait à Louis-Napoléon la Présidence pour dix ans, avec pouvoir de faire une constitution sur les données de 1799 ; — que, Tannée d'après, la dignité impériale fut rétablie en la personne du même Louis-Napoléon, et accompagnée de sénatus-consultes ayant pour but de rapprocher la constitution de 1852 de celle de 1804, ou tout au moins de lui en infuser l'esprit. D'après cela, on pouvait, on devait même s'attendre, si ce mouvement de réédification napoléonienne se soutenait, à une transformation prochaine et définitive de la démocratie française en césarisme, ou, pour mieux dire, à la réalisation de
la grande pensée de Napoléon I er , le troisième Empire d'Occident. Admettant l'hypothèse des restaurations, ou rétrogradations politiques, la conséquence, je le répète, était rationnelle; j'avoue, pour ma part, que j'y comptais positivement.
Cependant, et en dépit des considérations de tout genre qui semblaient motiver cette transformation, l'analogie entre le premier et le deuxième Empire ne s'est pas soutenue. On peut même dire, malgré la ressemblance du nom, du titre et, jusqu'à certain point, de la forme, que les deux systèmes ne se continuent pas; leurs destinées ne sont point liées; historiquement parlant, ils sont cousins à la mode de Bretagne ; il n'y a pas de parenté entre eux; tout au plus copie ou contrefaçon. C'est ce que l'initiative du chef actuel de l'État a pris la peine de nous démontrer elle-même. Au moment où Ton s'y attendait le moins, le 24 novembre 1860, un décret, motu proprio, de S. M. Napoléon III, est venu apprendre au pays cette étonnante résolution, que l'Empereur, loin de demander pour ses
triomphes de Crimée et de Lombardie un surcroît d'autorité, songeait plutôt à se décharger d'une partie : la tache, ce semblait-il, et la responsabilité lui pesaient trop; il appelait les représentants du peuple à les partager avec lui ; il les invitait au contrôle ; il leur rendait la parole, il rouvrait le débat; bref, il reconnaissait que les conditions du gouvernement n'étaient pas les mêmes en 1860 qu'en 1804, que le système de Brumaire appliqué à Décembre ne fonctionnait point, ce qui voulait dire que, si l'histoire se poursuit, elle ne se recommence pas.
Ces choses ne furent pas sans doute déclarées d'une manière explicite, officielle, et dans les termes dont je me sers. Rarement les communications de l'autorité donnent la vraie raison de ses actes; elle-même n'en a pas toujours conscience. Mais à bon entendeur demi-mot : on sait assez qu'en politique la parole a été inventée pour déguiser l'intention; donnez-moi seulement le texte de la loi, je me charge d'en déduire les motifs. L'Empereur, si l'on avait dû en jeroire les hiérophantes du 2 Décembre, s'était offensé
d'entendre répéter que la vie politique était morte en France; que le* Sénat était une assemblée de muets ; que le Corps législatif, ne représentant plus la pensée du pays, ne rendait plus d'oracles, etc., etc. Et Napoléon III aurait voulu prouver, par un acte décisif, que la vie et la mort, en France, je parle au figuré, dépendaient de lui, et que, comme il avait la puissance d'occire, il avait aussi celle de ressusciter. Du reste, on attribuait exclusivement à la haute sagesse, à la générosité, à l'esprit libéral du prince, la pensée, toute gratuite, du nouveau décret.
Le fait était, et chacun peut en juger aujourd'hui, sans ôter rien au mérite de l'initiative impériale, au contraire; — le fait était, dis-je, que les conditions de développement dans lesquelles le second fondateur de l'Empire avait trouvé la France n'étaient plus du tout celles de 1799 et 1804; — que, depuis 1814, l'organisme politique et social s'était modifié de fond en comble, à tel point que l'idée napoléonienne, qui devait tout remettre à neuf, se trouvait impuissante, N débordée sur tous les points. La terreur du so-
\ï CONTRADICTIONS POLITIQUES
cialisme avait pu faire momentanément illusion ; on s'était cru à la veille d'une liquidation générale; on avait cherché des exemples dans le passé. Un chef, un chefl demandait-on à cor et à cri, et l'homme du 2 Décembre, de même que celui de Brumaire, était apparu comme un sauveur. Mais, cette terreur absurde dissipée, les choses reparaissaient telles qu'elles n'avaient pas un moment cessé d'être; et Napoléon IH, comme le mieux placé pour observer, avait dû, le premier, revenir à la réalité de la situation : ce qu'il avait fait, sans prévenir, par le décret du 24 novembre. Ainsi il avait fallu neuf ans pour reconnaître que l'axe de la civilisation ne s'était pas déplacé en 1848, et qu'on avait eu tort de s'en écarter!...
Quoi qu'il en soit, le décret du 24 novembre devint pour la nalion si étrangement abusée comme le signal d'un réveil : malheureusement, les esprits étaient prévenus de telle sorte, que l'on ne comprit, pas d'abord de quoi il s'agissait; et, tandis que le pays n'eût pas demandé mieux que d'aller de l'avant, l'influence des traditions
le jeta dans un nouvel écart. D'un côté, on ne voulait pas de la constitution républicaine, puisque c'était contre la République qu'avait été fait le coup d'État; d'autre part, on venait, par le décret du 24 novembre, de rompre avec la constitution de 1852 ; ajoutez que Ton ne possédait pas de programme pour une évolution ultérieure, et vous comprendrez comment Ton se trouva, sans presque l'avoir voulu, ramené à 1830. Chose singulière, la monarchie constitutionnelle, également détestée des républicains et des impériaux, allait fatalement redevenir, à la place de la République proscrite et de l'autocratie qui se récusait, l'objectif politique de la nation. Était-ce là ce qu'avait voulu l'auteur du décret du 24 novembre? Assurément, non : son dessein, en lâchant un peu les rênes, n'était nullement de changer d'allure pas plus que de véhicule. Napoléon III, tout en cédant, avec toute la prudence dont il était capable, à la nécessité des circonstances, entendait maintenir sa constitution dans l'esprit et dans la lettre, sauf à en réduire quelque chose dans Papplica •
tion. La pensée impériale, selon toute apparence, n'allait pas au delà : mais c'est justement en cela, il faut bien le dire maintenant que l'erreur éclate à tous les yeux, c'est en cela que cette auguste pensée s'est fait illusion.
On ne fait pas ce que Ton veut d'un système, en fût-on mille fois l'inventeur : rien de plus rebelle, de plus inflexible, et, si j'ose m'exprimer ainsi, de plus entier. L'homme, en vertu de son libre arbitre, a la faculté de dire et de se dédire, de transiger sur tout ; il peut modifier à l'infini sa pensée, sa volonté, son action, son verbe ; sa vie n'est qu'une suite de transactions avec ses semblables et avec la nature. Une idée, au contraire, une théorie, un système, une constitution, un pacte, tout ce qui a reçu de la parole et de la logique l'expression et la forme, est chose définie, partant définitive ; chose inviolable, qui ne fléchit point, qui ne se prête pas ; qu'on ne peut quitter pour une autre, mais qui n'acquerra pas de nouvelles propriétés, c'est-àdire qui ne deviendra pas autre en restant ellemême. C'est un verbe, immuable, absolu, incor-
ruptible; verbe que j'appellerais volontiers, à l'instar des grammairiens, intransitif.
Une constitution, par exemple, veut être ou intégralement respectée, ou intégralement rejetée : à cela point de milieu. On peut, il est vrai, entre deux constitutions opposées, insérer autant de moyens termes qu'on voudra ; mais chacune de ces constitutions mitoyennes est une œuvre nouvelle, distincte, exclusive, dans laquelle il est absurde de vouloir concilier les incompatibles, tels que sont le principe parlementaire et la prérogative impériale. S'imaginer, à raison de la faculté transactionnelle qui «st en nous, quef Ton peut introduire dans un système politique, à volonté, des modifications de toute sorte, et que c'est en cela que consiste le progrès, c'est faire fausse route; c'est sortir du droit et de la science, et se jeter dans l'arbitraire.
Je dis donc qu'autre chose est la constitution de 1852 et autre chose celle de 1830 ; que les deux sont inconciliables, et que tout ce qu'a produit le décret du 24 novembre, interprété
par l'opinion, et rendant au Corps législatif et au Sénat quelques-unes des attributions que leur assurait la Charte de 1830, mais que leur a refusées la Constitution de 1852, c'a été de soulever dans le pays, avec force bavardage, en ce qui concerne rétablissement impérial, des espérances illusoires; et, en cas de révolution dans le pouvoir, des aspirations rétrogrades.
Actuellement le pays est lancé : aucune compression ne saurait le retenir; et plus d'en haut on le prêche, par le Sénat, par la majorité législative, par les journaux, par la parole même du souverain, plus il s'acharne à sa passion ; passion d'autant plus ardente qu'elle a tout l'attrait d'un antagonisme entre le peuple et le gouverne* ment. Déjà, nous venons de le voir, le succès ne manque pas plus que les arguments à cette idée qu'on croyait morte, et que la déviation des choses, la routine de l'opinion et l'imprévoyance du pouvoir se sont accordées à ressusciter.
Regardez ce qui se passe autour de vous, écoutez ce qui se dit : l'impossibilité désormais
DU MOU V RM EN r CONSTITUTIONNEL 17
acquise de pousser la restauration bonapartiste jusqu'à sa dernière conséquence, c'est-à-dire à une constitution purement autocratique, comme celle de 1804; l'incompatibilité non moins flagrante entre un état militaire et une société industrielle, bourgeoise; le progrès de la liberté, disons mieux, de la fédération européenne, en sens contraire du développement impérial; la divergence de systèmes entre pays qui se touchant et se pénétrant, sont appelés à marcher à l'unisson ; la comparaison incessante, intolérable du gouvernement personnel, suivi en France, avec le régime parlementaire, admis dans la plupart des États de l'Europe ; l'inintelligence de la démocratie, incapable de produire l'idée et de fournir le personnel d'une république ; la faveur tout à coup rendue aux hommes qui, si longtemps et avec tant d'éclat, avaient exprimé le système remis à l'ordre du jour ; le titre d'ojpposition légale, sous lequel nous les avons vus se rallier; l'adoption de ce même titre par les quelques élus qui s'étaient d'abord portés comme représentants de l'opinion républicaine; le ser-
ment, symbole dynastique, prêté sans répugnance par tous ces anciens et nouveaux parlementaires, comme s'ils disaient à l'Empereur : « Soyez notre bras, et nos cœurs sont à vous ; » — le ralliement si prestement exécuté des masses électorales sous la bannière libérale de MM. de Girardin, Havin et Guéroult, amis de l'empire; la réapparition de la devise bourgeoise : Liberté, Ordre public, dans les circulaires de M. Pelletan; les transactions obligées, et déjà fort significatives, de la tribune ; l'effet immense des discours de M. Thiers, devenu en trois jours l'homme de la situation, à qui la majorité du Corps législatif, si elle l'osait, ferait cortège, comme le lui fait, bon gré mal gré qu'elle en ait, la minorité; une foule de symptômes qu'il serait fastidieux de relever : tout cela ne dénote-t-il pas que le système de 1814, amendé en 1830, est devenu, malgré le suffrage universel qui a changé toutes les conditions du gouvernement , l'objectif politique, fantastique de la nation?
Jusque dans la région gouvernementale cet entraînement se manifeste. Sans doute la consti-
tution de 1852 conserve des partisans énergiques ; il en est même qui ne reculeraient pas devant le retrait du décret du 24 novembre. Mais ces dévouements à outrance n'appartiennent qu'aux amis de la première et de la dernière heure : le juste-milieu l'emporte ; et si l'on ne saurait affirmer que le chef de l'État ait déjà pris le parti de s'y rallier, on ne peut pas dire non plus qu'il le repousse. Ce qui est sûr, c'est que l'entourage est partagé : la direction des débats au Sénat et au Corps législatif; la déférence des orateurs du gouvernement envers ceux de l'opposition; les politesses échangées; les avances faites ; la certitude de voir les anciens partis se résoudre en un grand parti bonapartiste le jour où il conviendra au pouvoir d'accueillir leurs vœux; les préoccupations de régence, tout ce qui se passe, en un mot, dans la sphère élevée du pouvoir, de même que ce qui se révèle dans les couches profondes de la nation, indique que la transition s'effectue, et que la France de Février, après être devenue de si bonne grâce la France du % Décembre, est en train de faire, du meilleur de*
son cœur, amende honorable à la France de
Juillet.
Ainsi, et par un seul et même acte, nous nous
rétractons et nous déjugeons doublement : 1° en ce qui touche l'idée napoléonienne, à laquelle nous avons donné, en 1848, 5,600,000 suffrages ; en 1851, 7,500,000; en 1852, 7,824,189, et que nous délaissons aujourd'hui ; — 2° en ce qui touche la monarchie constitutionnelle, condamnée, honnie en 1848, et dont nous appelons maintenant le rétablissement. Je ne dis rien de la République, que nous avons également acclamée, puis reniée dans l'intervalle de la monarchie constitutionnelle au deuxième empire, et dont le nom ne servirait qu'à rappeler le souvenir de nos lâchetés et de nos trahisons. Quand je pense à la République, je me sens pris du dégoût de mon pays et de la honte du nom français : j'aime mieux me taire.
Lorsqu'en 1848 fut rendu par de soi-disant républicains, alors maîtres des affaires, le décret qui autorisait la dynastie des Bonaparte à rentrer en France, à l'exclusion des dynasties de
Bourbon et d'Orléans; lorsqu'ensuite fut élu président de la République Louis-Napoléon, à l'égal applaudissement du parti conservateur et des démocrates, de la bourgeoisie et des paysans, de l'Église et de l'armée, le pays et le pouvoir connaissaient la portée de leurs actes, ils savaient ce que signifiait le nom de Bonaparte, quel était Louis-Napoléon; tout le monde prévoyait dès lors un nouveau Brumaire, suivi d'une nouvelle constitution de l'an VIII, prélude d'un nouvel empire. Aussi le ralliement, en 1851 et 1852, autour du nouvel Empereur fut immense, et le rétablissement des institutions impériales accepté. Il serait absurde de le nier. Est-il quelqu'un en France cependant qui croie que les choses puissent rester ce qu'elles sont, après le décret du 24 novembre, après les élections de 1863, et les derniers débats du Corps législatif, en présence du mouvement accéléré de l'opinion? — Non : donc, il y a déjugement en France, en ce qui concerne le 2 Décembre, je ne dis pas quant à la personne, mais quant au système. — En 1852, je cite le décret impériaf de cette an-
née, le suffrage universel donnait au rétablissement de l'empire 7,824,189 voix contre 253,145 bulletins portant le mot non. En 1863, les mêmes électeurs n'ont plus donné aux candidatures ministérielles que 5 millions de voix ; à celles de l'opposition, 2 millions. Donc il y a déjugement. En 1852, tout le monde se moquait de ia liberté et du libéralisme, comme du libertinage : aujourd'hui, le premier prince et le premier dignitaire del'empire parlentdela liberté comme MM.Thiers, Havin et de Girardin. Donc il y a déjugement. Le gouvernement impérial a-t-il cependant démérité de la faveur publique, au point d'avoir motivé, par sa politique, ce revirement d'opinion? Nous ferons plus bas l'analyse de ce gouvernement, nous en discuterons les principaux actes ; nous .comparerons ses faits et gestes avec ceux du gouvernement de Juillet, et constaterons que, si ces gouvernements se ressemblent peu, ils se valent. Donc, il y a déjugement.
Venons au gouvernement de Juillet. Est-ce que ce gouvernement n'est pas tombé dans la boue? Est-ce que le pays n'était pas dégoûté des tour-
noisparlementaires,etdesintriguesministérielles, et du tapage de l'opposition, et du régime électoral, aussi bien que de Louis-Philippe et de M. Guizot ? Est-ce que la corruption et la vénalité n'étaient pas montées jusqu'aux plus hautes régions du pouvoir?... Sans doute la ^probation nationale n'avait pas, le 21 février, conclu à la République. Suivant son habitude, le peuple français, tout efi faisant la guerre au pouvoir établi, ne songeait point à le remplacer par un autre ; la veille de la catastrophe, il ne pensait pas à la République. Mais, lorsque cette République se fut posée, quelque peu de confiance qu'elle inspirât, est-ce que la pensée unanime ne fut pas, en ce qui regardait le système déchu, que ce qui venait d'arriver n'était que justice ?
Cependant voici qu'on nous ramène à grands pas à ce système de palabre, de camarillas, d'intrigues, d'hypocrisie, de corruption^ de couardise. Que dis-je ? Nous y sommes à moitié engagés : après ce qui s'est passé depuis l'ouverture des chambres, on ne peut pas dire que la Constitution de 1852 règne seule. Légitimistes, orléanistes,
démocrates, bonapartistes, opposition et majorité, Sénat et Corps législatif, grands dignitaires, princes du sang, journaux du pouvoir et journaux indépendants, tout le monde a enûlé la venelle. Mettez aux voix la proposition d'un empire constitutionnel; et, pour peu que l'administration laisse (aire, elle recueillera huit millions de voix. Donc, il y a déjugement. En 1848, chute de M. Guizot; en 1864, triomphe de M. Guizot, d'autant plus significatif que ce triomphe aurait lieu au profit de la dynastie, rappelée, en 1848 et 1852, comme l'expression du système contraire. Est-ce là, oui ou non, se déjuger? Laquelle choisissons-nous, onfin, de l'idée de 1799, ou de celle de 1830? Et si, fidèles à nos premiers jugements, nous ne voulons ni de Tune ni de l'autre, à quel principe pensons-nous ap peler? Quelle sera notre profession de foi?
Mais à quoi servirait d'accabler d'arguments et de sarcasmes un peuple infatué de lui-même, qui ne brilla jamais par la résipiscence pas plus que par le jugement? Certes, il y a dans notre histoire des quinze dernières années de quoi
nous rendre modestes. Le génie français, la dignité de notre nation, ont subi une étrange éclipse. Vantons-nous, donc d'être les chefs du mouvement, de marcher à la têtede la civilisation ! Nous avons succombé à notre tâche révolutionnaire ; nous sommes les dégénérés de 89 : il existe en Europe de grandes puissances ; il n'y a plus de grande nation.... Toutefois, n'exagérons rien. Aucun peuple n'eût suffi à une œuvre qui réclame l'effort de l'humanité. Nous ne pouvons nous sauver sans aide; les autres ne se sauveront pas non plus sans nous. Cette agitation stérile, ces retraites humiliantes, cette décadence déplorable, sont aussi le symptôme d'une recomposition universelle. Ne désespérons pas encore; ne cédons pas à la misanthropie, qui n'est aussi qu'une espèce de fatuité et d'orgueil. Nous avons cru que les constitutions s'improvisaient : notre présomption a été sévèrement punie. Reconnaissons notre faute, et, si nous voulons qu'elle nous profite, méditons-la comme un enseignement du Destin, que dis-je ? comme un progrès ac-
Je viens de vous montrer, lecteur, ce que c'est qu un peuple qui se déjuge ; je vais vous faire voir à présent ce qui arrive quand, abondant en son opinion, et plein de sa fausse sagesse, il refuse de se déjuger.