HENRIETTE , ANATOLE
HENKlETTE, entrant en riant par le fond. Ah! ah! ah!
ANATOLE, la suivant. Pour l'amour de moi, mamzelle Henriette, ne riez pas comme çal...
HENRIETTE. Mais laissez-moi donc tranquille, monsieur Anatole; est-ce que je vous empêche de pleurer, moi ?
ANATOLE. Non... c'est une justice à vous rendie... au contraire.
HENRIETTE. Eh bien ! alors. ..
ANATOLE
Air : Vaudeville de 3J""** Fcwart Mamzelle Ilenrietl', s'il faut vous 1* dire. Vous m'affligez énormément; Car il me semble que ce rire Doit nuir' beaucoup au seniiment.
Nota. S'adresser pour la ittusi(|ue à M, Jubin, bibliothécaire et copiste, au Gymnase.
J' veux vous rendre moins guillerette.
Lorsque nous serons mariés ; Et pourtant, mam'selle Henriette Ou' vous êt's gentil!' quand vous riex.
HENBIETTB, même aÎTy riant.
Puisque cet avis est le vôtre, Je dois y soumettre le mien, Mais réformons-nous l'un par l'autre, Que chacun y mette du sien.
Pour que je sois un peu moins folle Renoncez à vos airs navrés ; Car vraiment, monsieur Anatole, Vous n'êt's pas beau quand vous pleurez.
ANATOLE. Puisque c'est comme ça. .. riez, riez tant que vous voudrez, mais dites pour quoi! On rit, mais on dit pourquoi.
HENRIETTE. Si VOUS aviez VU ma tante Galant ce matin... elle toujours si gaie, depuis le départ de votre oncle, elle a un air dans le genre du vôtre.
ANATOLE. Ça m'étonne sans me surpren-
dre... Il y a trois mois, trois grands mois que mon oncle Galant est parti. Et dire qu'on n'a pas de ses nouvelles...
HENRIETTE. C'est vrai qu'il ne fait guère gagner la p >s!e.
ANATOLE. Ça ne pouvait pas finir autrement. . ou ne se querelle pas impunément trois cent soixante-cinq fois par an.
HENRIETTE. Saus comptcr les années bissextiles.
ANATOLE. Si encore ils s'en étaient tenus aux mots... mais ils risquaient de temps à autre des gestes d'une expression.. . les meubles sont là pour le dire.
HENRiErTt:. Ça en était arrivé au pointque votre OUI le Galant, qui s'éiait flatté d'un divorce, quand il a vu que l As emblée nationale avait rejeté ce dé ret bienfaisant...
ANATOF.E, -pleurant. Et qu'elle les condam ait, lui et votre tante, au bonheur à perpétuité !...
HENRIETTE. Il est parti !
ANATOLE. Dans un enchantement...
HENRIETTE Qui ne le cédait en rien à celui de ma tante.
ANATOLE. Croyez donc après ça ce petit vieux père Bonami, qui espère encore une réconciliation.
HENRIETTE. Oh! M. Bouami, depuis qu'il est venu s'établir ici, il veut à toute force persuader à ma tante que cette séparation la désole... il ne cesse de lui parler de sou mari. ANATOLE. Il en est insupportable!
HENRIETTE. Et puîs, voiià plusieurs jours qu'il a un air mystérieux qui me fait rire ! ANATOLE. Et qui me fait trembler!
HENRIETTE. Trembler!
ANATOLE. Oui, u)amzelle Henriette ! il ne parle que par 1 i^ojiriphes ! en ajoutant d'un ton que je trouve sinistre son éternel : Prenez que je n'ai rien dit!... J'ai cru qu'il avait conçu d'aiïreux soupçons. ,
HENRIETTE. Ah! mon Dieu!... mais vous finiriez par me faire peur !
ANATOLE. Vous savez que votre tante a toujours eu pour jnoi des boutés qui me touchent ju qu'aux larmes.
HENRIETTE. Et ça ne fait que croître et embellir depuis le départ de votre t-ncle!
ANATOLE. Vous l'avez r* marqué !. . . estelle clairvoyante!... il est vrai que ça crève l^s yeux... Si M. Bonami allait supposer que votre tante Galant a sur moi des prétentions. ..
HENRIETTE. Mais...
ANATGLE. Ce Serait stupide, mais il en est capable!...
HENRIETTE. Passi stupide ! écoutez donc,
monsieur Anatole, j'en ai été presque jalouse, moi.
ANATOLE. Ah! que vons êtes bê... que vous êtes bonne, mamzelle Henriette... c'est pour le coup que vous riez.
HENRiEiTE. Non.. . en vérité.
A'R : Au quatrième étage.
Outre maintes roquetieries, Ma tante, soit dit entre nous.
Vous accable de sucreries Et des compliments les plus doux I
ANATOLE
Mamzelle Henriett', que dites-vous î Ces ait. ntions sont bien pures, Mai-i dans tous les cas j'ai des mœurs, Car excepté ses confit ires.
Je ne goûte pas ses douceurs.