‹ Contre fortune bon cœur: comedie-vaudeville en un acteChapitre 3 sur 17 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les Mêmes, BONAMI.

RONAMi, entrant avec précaution du fond. Chut?

ANATOLE. Oh! monsieur Bonami!...

HENRIETTE. Il m'a fait peur...

ANATOLE, le voyant deacp.ndre doucement la scène. Allons... bon ! le voila encore avec ses mystères.

RONAMI. * Vous êtes seuls?

HENRIETTE. Tout seuls !

ANATOLE. En tête à tête.

BONAMI. Je pourrais vous blâmer de cette légèreté... mais je la tolère... car bit-niôt peut-être, le tête-à-tête sera votre état normal.

tiENRiETTE. Comment cela ?

ANATOLE. Gompren-ls pas.

RONAMI. Chut! nous sommes seuls?

HENRIETTE. Mais, oui!

RONAMI. Bien!... Et ma nièce?... que ditelle? que fait-elle aujourd'hui?

HENRIETTE. Dam... c'est selon... Moi...

elle me bout re toujours., eile me bouscule.. elle irouve mal tout ce que je fais... elle dit que je mange trop... et que je ne travaille pas assez.

RONAMI. Ensuite!

HENRIETTE. Quant à M. Anatole, elle ne le renvoie jamais, lui ! et elle lui recommande d^ travailler moins, et de manger davantage !

RONAMI. J'en étais sûr... C'est qu'elle pense à son mari !

HENRIETTE. Vous croyez. ..

RONAML C'est certain... Cette absence lui pèse... et elle choie le neveu à défaut de l'oncle...

* Henriette, Bonami, Anatole.

HENRIETTE. Maisellc n'en parle jamais, de son mari.

BONAMI. Nouvelle preuve qu'elle y pense!

HENKIETTE. Et quand il en est question divan» elle, elle en dit un mal!

BONAMI. Ah!... Tu vois bien qu'elle en parle. Tout cela ne m'étonne nas... Ça devait être ainsi... Ils s'aiment tant!... Un mariage d'inclination !...

HENRIETTE. Ah çà. .. mais vous y tenez donc toujours, monsieur Ronami?

BONO.Mi. Si j'y liens! Oui... ce fut un vrai mariiige d'incUnat-on... dont ils ne voulaient entendre parler ni l'un ni l'autre... i\Iais je le dé>irais , moi ! D'abord , ma nièce ne rêvait que mariage. . . Eil« m'en étourdissait. . . et comme j'ai pour ^Ile 1 affpction la plus tend'e... il me tardait de m'en débarrasser.. . De plus, mon neveu Galant professait un état qui me prévenait en sa faveur, bonnetier. Je me d sais : Il mettra sa femme dans du coton. Enfin, l'état me coiiïait... me chaussait... Je di-J donc un jour à ma nièce... Comment trouves-tu Galant? — Très-laid, me fit elle. — Bon. Puis, je vais à Galint et je lui demande : Que pvnses-tu de ta cousin^.? — C'est une pie-grièche, me fit-il. — Très-bien. Je ne crains pas, me fis-je, qu'il existe entre eux une de ces s\mpathies romanesques qui irop souvent amène. it des infortunes conjugales .. Mais ils se comprenne!. t tous les deux .. Je lai se passer sept jours, puis je di-i non -halamment à Galant : Quand je marierai mi nièce, je lui donnerai une dot de 10,000 francs, — Il ne souffle mot. Une âme désintéressée? me fis-je; bon! le pas e al>)rs à ma nièce et lui dis sans avoir l'air : «Quand Galafit voudra s'étabir... je lui » achèterai le fonds de bonnetier du coin...» Même sience... Autre âtre désintéressée, inerefis-je. Ces êires-là sont faits l'un pour l'autre... Pendant sept autres jours je ne sonne mot... Je me borne à fredonner parci, par-là :

Il faut des époux assortis.

Mais je voyais que les deux cousins... on ne les croit ait pas cousins... mais ils le sont... que les deux cou ins commençai» ntà s'apprécier. . . Enfin, iiprèscolaps. Galant m'avouason amour pour ma nièce .. et ma nièce, informée de ce'te proclamation, consentit avec joie à l'union réclamée... Si ce n'est pas là un mariage d'iaclination, prenez que je n'ai rien dit...

ANATOLE. Eh bien... mettons qu'ils s'aimaient en se mariant... je le veux bien... et vous, niamzelle Henriette ?

, HENRIETTE. Çam'etégal.

ANATOLE. Ils s'aimaient donc en se mariant... mais depuis...

noNAMt. Ah !. . depuis... l'hyménée a eu son effe ordinaire... et à force de se détester... ils oi)t Oni par se persuader qu'ils ne s'ainiaient plus...

ANATOLE. Et ils se sont séparés.

BONAMI. Heureusement!

ANATOLE et HENRIETTE. Comment, heureusement?

BONAMF. Oni ! voilà les choses arrivées au point où je les désirais. L'jibsence a dû ranin er leur tendresse , si elle existait encore , comme je n'en doute pas ou la faire renaître si elle était éteinte, ce qui est peu vraisemblable, et vienne à présent une circonstance... une occasion qui n'est peut-être pas loin... qui va peut-être venir.

HENRIETTE. Comment ça !. ..

BONAMI

Air : Et voilà comme tout s'arrange.

J'attends ce moment opportun :

A mon zèle joignez le vô re, Et vous verrez bieiicôt qie l'un Ne pouvait se passer de l'autre.

Pour cette révol-ilion Dont le moment doit être proche, Il faudrait une émotion, Mais que dis-je ! une explosion Que j'ai peut-être dans ma poche,

ANATOLE, sautant en arrière. Ah! mon Dieu!

HKNRIETTE. Quoi donc?

ANATOLE. C'est peut-être de la nicotine?

BONAMI. Chut! prenez que je n'ai rien dit. Voici ma nièce ! (La porte de droite s' oucre.)

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