‹ Contre-Indications de la Chirurgie ConservatriceChapitre 18 sur 34 · INFECTION PURULENTE · texte numérisé non relu

INFECTION PURULENTE

Martineau (Pierre), charpentier, âgé de 39 ans, entre à l’hôpital le 45 avril 1869. Étant occupé à manœuvrer des pièces de bois, cet homme a été frappé à la cuisse gauche par un anneau de fer très

lourd, fixé à une courroie, et a été renversé par le choc. On a cons- | taté, au niveau du tiers inférieur de la cuisse, une plaie produite par le choc direct de l'anneau, à bords déchirés et contus, intéressant la peau et le facia lata, et qui permet au vaste externe de faire hernie en dehors. Une hémorrhagie capillaire assez forte se fait par

<e point et ne peut être arrêtée qu'avec le perchlorure de fer. Il

HEROO NES

existe encore vers ce point sans doute, une fracture directe du fémur ; le gonflement considérable du membre ne permet pas de constater le point précis où elle siège, la forme des fragments et leur nombre. Une crépitation sourde a pourtant pu être perçue en

imprimant à la jambe des mouvements de latéralité sur la cuisse.

18 avril. — On constate à la partie interne de la cuisse blessée, une ecchymose très forte et un gonflement considérable du membre.

Réaction fébrile.

19 avril. — Même état; de plus, un peu de suppuration par la plaie. Etat moral du sujet très mauvais. On peut aujourd’hui déterminer le point précis de la fracture à la réunion du tiers inférieur

avec le tiers moyen.

21 avril. — Hier au soir, une rougeur érysipélateuse s’est montrée au pourtour des plaies, qui, peu à peu, envahit tout le membre. Au côté externe, un peu de suppuration par la plaie. Le fragment

inférieur tend à percer la peau en dedans.

22 avril. — Pouls fébrile à 120. Le pus a fusé en ce point et a

décollé la peau dans une longueur de 0m12.

23 avril. — L’érysipèle remonte jusqu’au niveau de l'aine. Œdème

considérable de la jambe. Pouls fébrile à 110.

24 avril. — Contraction permanente des muscles élévateurs de la

lèvre supérieure. Pouls fébrile à 120.

2 mai. — Depuis la dernière observation on a remarqué chez cet homme des accidents de septicémie ; un foyer purulent s’est formé au-dessous de l’aponévrose du facia lata au point d'implantation des fibres du tenseur. Une large incision a donné issue au pus ; la plaie

largement débridée est pansée au coaltar saponiné.

7 mai. — La cuisse rend énormément de pus fétide, la plaie

supérieure bourgeonne, mais le pus qui a fusé le long des gaines

aponévrotiques baigne les deux fragments.

10 mai. — La suppuration est extrêmement abondante, elle a envahi tout le segment supérieur du membre fracturé. De plus, il existe à cause de la position forcément tenue par le malade des eschares au sacrum.

L'amputation du membre lésé est décidée; le malade accepte l'opération.

11 mai. — Ce matin, l’amputation a été faite par la méthode circulaire, au niveau de la partie moyenne de la cuisse après chloroformisation préalable. La manchette a été réunie par trois épingles placées à la partie supérieure; la partie inférieure a été laissée ouverte pour donner une issue facile aux produits de l’inflammation. Le soir, le pouls est très fréquent, mais assez développé à

136 pulsations ; la langue est bonne ; la soif peu vive.

16 mai. — La suppuration est toujours abondante et fétide par la plaie du moignon et par la plaie de la partie supérieure de la cuisse. La jambe droite est excessivement douloureuse au niveau

de l'articulation du genou. Pouls petit et fréquent à 144.

21 mai. — Mort, à deux heures du matin.

Page 1