CARIE D'UN CUNÉIFORME. — AMPUTATION SUS-MALLEOLAIRE
Tenneau (Gabriel), matelot, âgé de 22 ans, entre à l’hôpital, le 8 juin 1873, pour blessure au pied. À la partie moyenne du bord
interne du pied droit de ce blessé, on voit une saillie rouge foncé,
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tirant sur le noir, avec quelques petits points ulcérés. La peau est presque complètement mortifiée. Cette tumeur est ouverte sans
douleur, et on en fait sortir un pus abondant, mêlé de bourbillons.
10 juin. — Le fond de la plaie est grisâtre ; les bords en sont
rouges, douloureux ; jusqu’au 6 juillet, écoulement continuel de pus.
6 juillet. — On arrive avec le sylet sur une surface friable, où l’on pénètre assez facilement ; il parait probable qu’on est sur le deuxième cunéiforme; on porte deux cautères olivaires dans le fond
de la plaie.
9 août. — On constate la présence d’un foyer purulent à la partie externe du pied, à trois centimètres en dehors de la plaie. Le pus qui s’est écoulé est abondant. Jusqu’au 14 octobre, le malade a de fréquents accès de fièvre et ses forces diminuent sensiblement. Les os du torse sont toujours malades. Sur le bord interne du pied, on peut voir une collection purulente tout à fait analogue à la précé-
dente. Même chose sur le bord externe du pied.
17 novembre. — La suppuration continuant toujours, et l'état du malade étant toujours grave, l’amputation du pied est décidée pour le 18 novembre. On a soin de réséquer les malléoles et de laisser le plus de peau possible, pour avoir un moignon bien fourni. Quand on examine le pied enlevé, on trouve que les os du tarse sont rongés, friables ; le calcanéum et l’astragale sont ramollis et criblés de cavernes renfermant du pus. À partir de l’opération, la plaie se cicatrise fort bien, sans donner lieu à des complications, si ce n’est, en janvier 1874, deux petits abcès placés près du moignon et qui
retardent un peu la cicatrisation complète.
Exeat, le 46 mai 1874.
Voilà un malade qui est resté onze mois et demi à l'hôpital, pour
une blessure dont la gravité s’est accentuée tous les jours. Affaibli
par la suppuration intarissable que relate l’Observation, quelle aurait été la fin du traitement, si on ne s’était enfin décidé pour l’amputation, la seule opération indiquée, car la résection de l’un des os du tarse ne permettait pas d'espérer à coup sûr la guérison, puisqu’on ne savait au juste quel était l’os atteint, et qu’au contraire l’abondance de la suppuration semblait indiquer que tout le tarse était malade. Malgré tout, pendant onze mois, cet homme, sans parler des complications qu’il pouvait courir, n’a pu gagner sa vie, est resté inutile à l'Etat et à sa famille, et n’a dû son salut qu’à une
opération trop longtemps différée.