AMPUTATION DE LA JAMBE
M. Aymé (Edouard), commis du commissariat, âgé de 37 ans, entre à l'hôpital le 29 novembre 1881. Il a fait, à sept ans, une chute d’un deuxième étage, et s’est fracturé les deux jambes au niveau des malléoles. Depuis, il s’est toujours ressenti dans l'articulation tibio-
tarsienne gauche de douleurs vives. Il est entré à l'hôpital pour
RE
ostéite suppurée, On constate une déformation des deux articulations tibio-tarsiennes avec gonflement, rougeur et douleur très vive de l'articulation gauche. La peau est fortement tendue. On remarque au niveau de la malléole externe deux fistules qui donnent accès sur des os saignant au moindre contact. De plus, du côté de la malléole interne se trouve une tumeur volumineuse et fluctuante qui, une fois incisée, donne issue à un écoulement purulent assez
abondant.
Jusqu'au 7 juillet 1882, on cherche, par tous les moyens possibles, à amener la guérison ; mais la suppuration ne fait que s’accentuer ;
les douleurs'augmentent.
7 juillet. — Le malade souffrant beaucoup de l'articulation tibiotarsienne gauche, une opération est proposée et consentie. Après chloroformisation, on constate l'impossibilité de conserver quelques os du torse et de se borner à une résection. L’amputation de la jambe gauche est pratiquée au tiers inférieur. Les tissus auxquels on a affaire sont lardacés, les artères se déchirent facilement ; enfin, après deux heures de patience, on finit par pouvoir maintenir les ligatures. Un pansement de Lister est appliqué.
Pendant tout le mois de juillet, le malade souffre beaucoup de son
moignon et est sujet à des accès de fièvre fréquents.
10 août. — La cicatrisation marche assez lentement, mais sans
encombre ; la suppuration devient de moins en moins abondante.
3 décembre. — L'état général est excellent ; le malade demande à sortir pour attendre chez lui l’appareil prothétique qui a été com-
mandé à son intention.
J'ai déjà noté à la suite des observations précédentes les mêmes
faits qui se sont produits pour ce malade. Dès le début, en voyant
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cette ostéite suppurée et ses progrès rapides, on avait songé à une résection. Si elle eût été pratiquée, quel avantage aurait-elle procuré au malade? Le pied privé de l’un ou de plusieurs des os qui font son union aurait-il pu par la suite supporter le poids du corps, et n’aurait-on pas rendu cet homme impotent pour toute sa vie? De plus même, en réséquant, dans le pied où les os se tiennent si étroitement, et où la suppuration avait dû amener des désordres plus grands qu’il ne le paraissait, était-on sûr d'enlever toutes les parties atteintes et de ne pas être obligé plus tard d'intervenir plus radicalement.
L’amputation a été préférée ; c'était, je crois, le meilleur parti à prendre. Pratiquée après sept mois d’essais de conservation infructueux, elle a été suivie, comme on le voit, d’une rapide guérison, et depuis cette époque M. Aimé vaque à ses travaux journaliers, plus incommodé souvent, il le dit lui-même, par sa jambe droite, fracturée et déformée en même temps que l’autre, que par son
appareil artificiel.
OBSERVATION No 8