PHLEGMON DU PIED
Lafleur (Othon), matelot, âgé de 22 ans, entre à l'hôpital, le 45 octobre 1885. 11 y a un mois et demi environ, cet homme est tombé violemment de voiture sur le pied gauche. Il a ressenti à ce moment une forte douleur. Depuis ce jour s’est déclaré un phlegmon du
pied, intéressant la face dorsale du pied. Douleur excessive.
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21 octobre. — Le gonflement du pied augmentant, on incise le phlegmon, et il en sort une quantité abondante de pus phlegmoneux
mêlé de sang.
30 octobre. — En imprimant des mouvements à la partie antérieure du pied, on sent aux environs de la plaie une sorte de crépitation ressemblant au bruit que produirait le frottement de deux surfaces articulaires rugueuses lune sur l’autre. On est obligé de placer plusieurs drains à la face dorsale du pied pour donner issue
au pus abondant qui s’en écoule.
8 février 1886. — Incision de la partie moyenne de la face plantaire où la fluctuation a été reconnue. Une sonde cannelée enfoncée par cette ouverture vient buter contre une surface osseuse dénudée, située au niveau de la partie interne de la tête du 1e métatarsien. Un stylet, introduit par une ouverture située à la partie interne et supérieure de la face dorsale, pénètre après avoir subi une courbure à concavité antéro-supérieure dans le trajet suivi par
la sonde cannelée. Un drain y est placé.
10 avril. — L’écoulement purulent est de plus en plus abondant ; tous les tissus du pied sont considérablement engorgés. Il existe à la face interne de la cuisse plusieurs trainées de lymphangite.
Engorgement des ganglions inguinaux.
20 juin. — L'amélioration, qui, ces jours derniers, avait paru se faire ‘sentir, ayant fait place à un état plus grave, l’'amputation est décidée. En raison de la douleur extrême déterminée par la pression de l’astragale, il est très probable que cet os est atteint ; mais, n’en ayant pas la certitude, on se décide à commencer l’opération par une sous-astragalienne, se réservant d'enlever ensuite l’astragale si, à l'inspection, cet os est reconnu malade. Le malade est endormi au chloroforme ; puis l’on pratique la sous-astragalienne en traçant le
lambeau de Jules Roux. La tête de l’astragale est atteinte. Aussi
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après avoir lié les vaisseaux (opération assez longue parce qu’ils sont compris dans un tissu lardacé, et par suite difficiles à saisir) on enlève cet os. Un drain est placé dans la plaie, dont les lèvres sont réunies par 12 points de suture. Le moignon est enveloppé de
ouate et le malade est porté sous une tente.
Du 25 juin au 29 juillet, on refait très souvent le pansement en L " prenant toutes les précautions d'usage et l’on constate que la sup-
puration diminue, et que la plaie est en bonne voie de cicatrisation.
29 juillet. — Poussée inflammatoire de la partie externe du moignon, engorgement des ganglions de l’aine ; rougeur du sacrum.
Peu à peu ces symptômes alarmants finissent par s’amender.
Jusqu'au 25 août, le pansement est encore refait plusieurs fois; la suppuration n’est pas très abondante. À partir de cette époque, la plaie du moignon marche lentement vers la cicatrisation, qui est enfin obtenue après des alternatives diverses et les pansements
antiseptiques les plus variés.
Au 1er février 1887, le malade est toujours à l’hôpital, guéri, mais ne pouvant pas marcher, ou, tout au moins, obligé pour faire un
trajet très court, de se servir de deux béquilles.
Voici un malade qui, pour un simple phlegmon au pied, est resté seize longs mois à l’hôpital, pour arriver, malgré l'opération, à ne pouvoir se servir de son membre amputé. S'appuyant sur l’autorité de Tillaux, le chirurgien qui l’opéra avait laissé les deux malléoles.
Je n’ai pas à discuter la valeur du procédé opératoire ; ma compétence n’est pas assez grande pour le faire, bien que cette méthode, je puis l’avancer sans crainte, soit condamnée par beaucoup de chirurgiens. N’eût-il pas mieux valu faire l’amputation sus-malléolaire?
Le malade se fût trouvé dans le cas de Quénaud et d’Aimé, déjà
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cités, et eût pu retirer d’un appareil prothétique les avantages que le procédé opératoire employé ne lui a pas donnés. Je vois donc ici un exemple de plus de malade restant à l’hôpital pendant un temps indéfini, inutile à lui-même et aux autres, et sans espoir de pouvoir se servir de sa jambe, à moins qu’on n’ait recours à une nouvelle opération. L’amputation sus - malléolaire aidée des pansements antiseptiques si répandus aujourd’hui, n’eût pas offert plus de dangers que la désarticulation tibio-tarsienne qui a été faite; et si je me place au point de vue du résultat final et de l'avantage qu’en eût retiré le malade, je crois pouvoir dire qu’elle eût été bien préférable et n’eût pas forcé cet homme à attendre, seize Mois, une gué-
rison qui, en fait, ne peut pas être regardée comme satisfaisante.
OBSERVATION No 11