INFECTION PURULENTE. — MORT
Daniel Klein, 46 ans, de Strasbourg, entra à la clinique de la Faculté, le 14 août 1849. Ce malade, d’une constitution molle et lym-
phatique, avait eu le pied gauche écrasé par un tonneau de vin, qui
UT pee
lui avait échappé des mains au moment où il le descendait à la cave en le faisant glisser alternativement d’une marche sur l’autre.
Le pied était fendu longitudinalement sur le milieu de sa face dorsale et en croix à la face plantaire. La première phalange du gros orteil était luxée au travers des téguments, les os du métatarse brisés en plusieurs endroits et arrachés de leurs articulations tarsiennes, les chairs réduites en bouillie. Nous ne crûmes pas, malgré notre habitude de chercher à sauver les membres les plus compromis, qu'il fut possible d'espérer la guérison de pareils désordres, et nous pratiquâmes immédiatement l’amputation tarso-métatarsienne par notre procédé à lambeau interne.
. L'opéré alla bien jusqu’au 21 août. Le lambeau, d’une régularité parfaite, recouvrait exactement la plaie, qui était restée blâfarde, pultacée, mais indolore. — Ce jour-là, quelques frissons et l’altération
. des traits nous firent redouter un premier accès de pyohémie. Get état se prolongea sans aggravation marquée jusqu’au 27. À partir de cette époque, les symptômes de l'infection purulente devinrent de plus en plus graves, et le malade succomba le 1er septembre.
L'examen microscopique montra qu’une inflammation purulente s'était étendue à l'articulation tibio-tarsienne. Les veines de la jambe étaient remplies de pus sans aucun caillot oblitérateur. Le sang examiné offrait une proportion décroissante de globules de pus depuis les veines tibiales, péronières, saphènes, crurale, iliaque externe et primitives, cave inférieure jusqu’à l’oreillette droite du cœur. Les poumons étaient remplis d’abcès métastatiques.
Dans ce cas, nous regrettâmes vivement de ne pas avoir eu recours dès les premiers jours de la pyohémie, à l’amputation de la jambe. Cette conduite était celle que nous avions recommandée dans notre traité de l’Infection purulente, et elle était la seule chance de salut en présence du progrès des accidents. Nous nous laissämes ébranler par l'espérance d’enrayer la pyohémie, et par des doutes
exprimés sur le diagnostic, auxquels nous accordâmes trop d’impor-
si
tance. La perte partielle de la jambe n’eut pas été une bien grande aggravation à l’état du malade, et nous lui eussions très probablement sauvé la vie. (Observation XX, Contribution à la Chirurgie, Sédillot).
Ces deux observations ont été tirées de l’ouvrage de Sédillot, intitulé : Contribution à la Chirurgie.
Dans la première, nous trouvons un jeune soldat qui est soumis pendant seize mois à la temporisation, non pas pour obtenir sa guérison, mais pour lui permettre de mourir; c’est l’auteur lui-même qui le dit. Ce n’est qu’au dernier moment, en voyant la résistance vitale de cette nature énergique, qu’on se décide à une amputation qui, pratiquée plus tôt, aurait guéri rapidement le malade. Au lieu de cela, on l’a laissé s’affaiblir, faire les frais d’une suppuration abondante qui épuisait ses forces. Aussi, au moment où l’intervention chirurgicale a été décidée, était-on en droit de se demander si le blessé pourrait encore soutenir le choc opératoire. II l’a supporté cependant, mais aussi la plaie a mis six mois à guérir, et il a fallu à Ronan tout ce long espace de temps pour revenir à la vie et compléter sa guérison. Dans cette circonstance, n’y a-t-il pas eu imprudence à hésiter si longtemps, et quand l’auteur a vu son malade guéri et sortir de l'hôpital, n’a-t-il pas eu des reproches à se faire en se disant qu’en intervenant plus tôt il eût mis ce jeune homme en état de gagner rapidement sa vie, et ne l’eût pas exposé à une mort qu’il n’a évitée pour ainsi dire que par hasard ?
Dans la seconde observation, je ne puis adresser de longues critiques à l’auteur, puisqu'il le fait lui-même en se reprochant vivement son hésitation et en regrettant de ne pas avoir tenté l’opération, qui eût, dit-il, sûrement sauvé la vie de son malade. Cet aveu est assez sincère pour qu'il n’y ait pas besoin d'y ajouter quelque
chose de plus.