FRACTURE COMMINUTIVE DU FÉMUR GAUCHE. — MORT
Bonnet (Gauthier), 33 ans, soldat au 3° de marche, reçoit, au combat d'Orléans, le 4 décembre 1870, une balle qui fracture comminutivement le fémur gauche. Il est amené à l’ambulance de la Visitation dans l’état suivant, avec un appareil de Scultet : Le membre inférieur tout entier est très œdématié; vers le milieu de la cuisse, existent les deux trous de la balle, un en dedans, l’autre en dehors, suppurant beaucoup tous les deux. Au volume du cal qui est en voie de formation, on sent que les esquilles réunies là sont en nombre considérable, et que si elles sont adhérentes en beaucoup de points, elles laissent en d’autres points des interstices nombreux qui constituent de véritables clapiers. Le ventre est œdématié, énorme; état général mauvais, transpiration profuse, inappétence, teint jaunâtre.
Je réapplique l’appareil de Scultet, et, le lendemain, j’explore le trajet de la balle avec le stylet et je constate la présence d’esquilles volumineuses, dont je pratique l’extraction. Je remplace l'appareil de Scultet par une gouttière matelassée.
Il se forme des fusées purulentes le long de la partie inférieure de la cuisse ; je fais des incisions. Progressivement la suppuration diminue, l’œdème disparait, les fonctions reprennent leur vigueur. A la fin de juin 1871, j'applique un appareil de Burgrave, et Bonnet peut marcher avec des béquilles.
Je considérais ce malheureux comme guéri, je me disposais à l'envoyer à son dépôt, lorsque, le 20 juillet, il tomba sur le genou.
Des esquilles se déplacèrent sans doute, car il se produisit bien vite
un gonflement douloureux très étendu ; la jointure du genou devint énorme, et au bout de quelques jours, Bonnet succomba. (Observa-
tion XXIX, Fractures par armes à feu, du docteur Chipault).