Domela NlBDWBHHUYS, L alcoolisme, t. I, p
duction et la consommation de toutes les autres denrées, — Vandervelde rappelle « qu'il y avait des ivrognes avant le capitalisme » et prédit sans peine que, « s'il venait à disparaître, il y en aurait encore ». Que répondrait-on demain, quand le plus clair des bénéfices du commerce de l'alcool irait à un nombre restreint de débitants aisés et, pis encore, à de grands distillateurs, propriétaires euxmêmes de débits qu'ils feraient gérer par des agents salariés?
C'est ce qui s'est produit en Angleterre. Comme les licences y sont graduées de telle sorte que les débits d'une valeur imposable inférieure à 50 livres (1.250 francs) acquittent, dans chaque catégorie, entre 45 et 60 % de la valeur imposable moyenne, alors que la quotité, pour les débits d'une valeur supérieure à 200 livres (5.000 francs), oscille entre 14 et 1 % de la valeur taxable1, la proportion des petits débits a fléchi d'un quart ou de moitié, pendant que celle des grands établissements s'est élevée entre 100 et 200 % ; et la concentration du commerce des boissons a conduit dès lors à ces deux conséquences que tout le parti libéral n'a point cessé de dénoncer comme immorales, injustes et pernicieuses. — D'une part, c'est la ruine
1. André Dejean, La licence des débits de boissons en Angleterre, p. 136 et suiv.
des petits et moyens débits mis hors de combat par la construction de ces ■ palais de l'alcool », qui appartiennent à de puissantes compagnies de brasserie et de distillation, dont la valeur vénale dépasse souvent un million de francs1 et qui maintiennent à son étiage. s'ils ne le font pas monter, le flot de l'alcoolisme2. — C'est, d'autre part, la pratique du « tied house system ». Même dans les communes ou dans les quartiers où les petits débits, « exigus et sordides », n'ont pas été remplacés par des « gin palaces » et des « vaults », la plupart de ceux qui subsistent ne sont pas gérés par des commerçants autonomes; ils appartiennent, eux aussi, ils sont « liés ». « enchaînés » à des sociétés ou à de riches industriels qui les louent moyennant une redevance d'ordinaire assez faible, mais sous la condition que le tenancier achètera chez eux, à des prix fort supérieurs à la valeur courante, tout ou partie des boissons qu'il livre à la consommation; souvent, aussi, les brasseurs et distillateurs font simplement gérer par des agents à leurs gages
■ 1. Prix de vente relevés par le Daily Chronicle et cites par André De Jean, dans sa thèse. Licences et débits de boissons en Angleterre : 1.171.150 pour la « Couronne »; 1.250.000 pour «la Croix- Rouge ; 1.400.000 pour « le Cor de Chasse »; 2.800.000 pour «les armes de Liverpool ».
2. La consommation annuelle de l'alcool enAngleterre, par tète d'habitant, qui était de 2 litres 50 dans la période décennale 1881-1890,' s'est élevée dans la période suivante, à 2 litres 65.
les cabarets qu'ils ont fait aménager dans leurs immuables1.
Un pareil régime, alors même qu'il serait allégé des absurdités qui alourdissent encore celui que l'Angleterre est à la veille de bouleverser, ne subsisterait pas chez nous la durée d'une législature. On aurait vite fait d'abroger la loi qui, sans réussir à diminuer d'un litre la consommation des boissons intoxicantes, aurait aidé à constituer de « grandes compagnies » de spiritueux, une oligarchie de l'alcool qui, pour défendre ses intérêts, ne reculerait devant aucune mesure de corruption ou de pression. Mais l'abrogation de la loi ne se terait sans doute pas, après une pareille expérience, au profit des adversaires de l'alcoolisme; l'idée même du monopole d' État n'en tirerait aucun avantage : tout serait à recommencer.
Si le frein économique d'une taxation élevée ne suffit pas à restreindre la consommation des boissons spiritueuses et si la ruine brutale du petit commerce, qui en est la conséquence, n'est profitable qu'au grand commerce concentré entre les mains des producteurs d'alcool, le système des licences différentielles apparaît, par contre, comme