‹ Contre l'alcoolismeChapitre 99 sur 125 · Léon Sav, loc. cit., p. 50 et suiv · texte numérisé non relu

Léon Sav, loc. cit., p. 50 et suiv

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jusque dans les moindres villages et qu'elle détourne d'un travail plus profitable des milliers d'ouvriers et de paysans. C'est même l'un des griefs les plus vifs des socialistes anti-alcooliques contre le capitalisme. Non seulement, disent-ils, « le capitalisme a fait de l'alcool un produit accessible à tous, en révolutionnant les industries patriarcales de la brasserie, de la vinification, de la distillerie, et en déversant, à bas prix, sur le marché des quantités toujours croissantes de boissons alcooliques »; mais c'est lui-même qui, « pour écouler cette production surabondante », « pousse des catégories nombreuses de citoyens, ouvriers ou petits bourgeois, à ouvrir un cabaret, pour vivre ou pour se procurer un complément de ressources1 ». — Les prémisses de l'argument sont donc parfaitement exactes, mais la conclusion qu'en tirent les économistes est à la fois contradictoire avec le principe même qu'ils invoquent contre la limitation et avec le but qu'ils se proposent, eux aussi, dans leur campagne contre l'alcoolisme. — En effet, du point de vue de la pure doctrine, il n'y aurait que la différence de la franchise à l'hypocrisie entre le monopole étendu que serait la limitation du nui nbre des débits par l'interdiction d'en ouvrir

l. Va?jdervelde, Le socialisme et l 'alcool, p. 65-

de nouveaux, et le monopole « concentré » que serait la restriction du nombre des débits par l'élimination des milliers de petits cabaretiers qui « seraient obligés de fermer boutique ] » ou qui tomberaient en faillite par l'impossibilité de supporter ou de faire supporter à leur clientèle les frais des hautes licences. Mais cette concentration du commerce des spiritueux entre les mains des débitants les plus fortunés et les plus riches n'aurait pas seulement cet inconvénient théorique, après tout bien léger, de constituer, lui aussi, un monopole indirect; elle en aurait pratiquement bien d'autres, et qui seraient autrement graves et redoutables.

Alors que la loi de la limitation s'applique à procéder sans heurts et avec toute sorte de ménagements, à rassurer ainsi tous les droits acquis; que son premier effet sera de stabiliser la situation des débitants actuels, de tous sans exception, des plus humbles aux plus aisés, et qu'elle attend du temps seul, de toutes les causes, naturelles ou judiciaires, de cessation de commerce, la diminution de leur nombre; au contraire, le système des hautes licences est essentiellement brutal et dur, puisque

1. Léon Say, lot. cit., p. 53 : « Ils seraient obligés ou de rejeter '.es frais nouveaux de la licence sur leur clientèle ou, s'ils ne le pouvaient pas, de fermer boutique. »

son principal objet est de rendre la situation de tous les petits débitants si misérablement précaire, par l'élévation de leurs frais généraux, qu'ils quitteront la partie. On ne se flatte sans doute pas que tant de négoces péricliteront et que tant de faillites s'accumuleront dans un seul corps de métier sans qu'il ne s'élève parmi les intéressés une forte clameur contre l'oligarchie de l'alcool qui, étant seule pourvue de capitaux suffisants pour supporter le coup, s'enrichira encore de la ruine des plus pauvres et des plus humbles. Il n'y aurait pas d'inconvénient, de l'aveu des socialistes euxmêmes, à « dégoûter de la profession de petits débitants ceux qui ont des tendances à l'exercer1 ». Il y aurait une grosse injustice à ruiner systématiquement ceux qui l'exercent déjà sur la foi des lois. Quand l'extrême gauche socialiste écrit aujourd'hui que h l'abus de l'alcool est une conséquence du système capitaliste et ne disparaîtra qu'avec le système lui-même2 », la réponse est facile. Tout en professant, pour se couvrir, que le développement du régime capitaliste agit à la fois sur la production, le débit et la consommation des spiritueux, — comme il agit d'ailleurs sur la pro-

1. Léon Say, oc. cil., p 51. — Voir Vaxderveide, loc. cit., p. 65.

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