IIavem. Rapport à la Société médicale des hôpitaux
rude formule, que « la tuberculose se prend sur le zinc ».
Bien que vieille comme l'humanité, ou, tout au moins, comme la civilisation, on sait que la tuberculose, à l'inverse des autres fléaux épidémiques ou contagieux, a étendu ses ravages surtout dans les temps modernes.
Parce que la statistique est une science relativement récente, et, plus particulièrement, parce que les statistiques des causes de décès n'ont été généralisées que depuis un petit nombre d'années, les chiffres précis font défaut pour les époques antérieures au dernier siècle. Il n'en est pas moins avéré que la tuberculose s'est multipliée par l'abandon des campagnes pour les grosses agglomérations. Les peuplades qui vivent à l'état sauvage, ni les Indiens du Far-West, ni les Kirghis de Russie, ne connaissent la phtisie; l'Amérique ne la connaissait pas avant l'arrivée des Européens1. Sans l'alcool, comme on le verra plus loin, les populations agricoles en seraient, aujourd'hui encore, à l'ignorer. C'est dans les villes que la tuberculose s'est développée avant de gagner les campagnes et qu'elle continue à sévir avec le plus d'acharnement. Elle est aujourd'hui à l'origine de plus de maladies et de
1. Benjamin- Rush, Médical inquiries and observations, p. 159.
plus de morts que toutes les autres maladies réunies; elle atteint le quart des générations qui se succèdent, en tue un sixième, peut-être plus1. Sur les 150.000 victimes qu'elle fait annuellement, plus des deux tiers appartiennent aux populations urbaines.
La fréquence de la tuberculose dans les grands centres de population, surtout dans les centres industriels; sa rareté, au moins relative, dans les campagnes ont vite amené à reconnaître dans « l'insuffisance de l'air » l'une des « causes prédisposantes » de la phtisie. Il fut établi qu'à Paris comme à Londres, la morbidité tuberculeuse était proportionnelle, ou à peu près, au nombre des habitants pour une même étendue de terrain2. La misère physiologique qui favorise le développement de l'infection, provient donc bien, en premier lieu, de l'encombrement, de l'entassement d'un trop grand nombre d'individus dans des espaces trop restreints et insuffisamment aérés, dans des rues trop étroites, sans soleil, dans des logements insalubres, sales, où, parents et enfants vivant
1. VillemiN, Prophylaxie de la tuberculose, dans le Bulletin de l'Académie de médecine, t. XXI, juillet 1889; Grancher, Rapport à V Académie de médecine au nom de la Commission de la tuberculose, 3 mai 1898; Maurel, Rapport à la Faculté de Toulouse, juillet 1910.
2. Lancereaux, Distribution géographique de la phtisie pulmonaire, p. 32.
dans une redoutable promiscuité, la contagion du premier atteint a vite faite de s'étendre à tous les autres1. Une autre constatation, non moins importante, a conduit plus récemment à découvrir l'action, presque également nocive, de l'éthylisme sur la tuberculose, alors que la thèse de l'antagonisme de la phtisie et de l'alcool avait été précédemment soutenue.
La tuberculose était autrefois plus fréquente, environ d'un tiers en plus, chez la femme que chez l'homme; depuis un demi-siècle, la fréquence est égale, sinon, même, un peu supérieure chez l'homme ; et cet accroissement de la morbidité masculine s'est produit, en Angleterre et aux États- Unis comme en France, alors que la force de contagion semble moindre (60 au lieu de 80 % de tubercules à l'autopsie) et alors, surtout, que les progrès manifestes de l'hygiène et du bien-être ont augmenté la durée moyenne de la vie. Si un tel accroissement de la morbidité et de la mortalité est survenu dans des conditions qui auraient dû en favoriser, au contraire, la diminution, c'est nécessairement qu'une influence nouvelle agit, qu'un facteur nouveau active chez les hommes la malfaisance du virus. Et comme, d'une part, le nombre
1. Lancereaux, dans le Bulletin de l'Académie de médecine, t. XXVII, 14 janvier 1870.
des tuberculeux alcooliques va croissant d'année en année; comme, d'autre part, l'homme boit deux ou trois fois, jusqu'à dix fois plus d'alcool que la femme, c'est l'alcoolisme qui est manifestement la cause de l'accroissement de la mortalité des tuberculeux masculins, et il ne saurait y avoir simple coïncidence que pour la minorité des cas de morbidité ou de mort1. — Les progrès de la tuberculose parmi les populations rurales doivent être expliqués de la même manière. L'abus de l'alcool rend phtisiques des paysans qui habitent quelquesunes des régions les plus belles et les plus saines du monde et que leur constitution, la force de la race d'où ils sont issus, destinaient à vivre jusqu'à une vieillesse avancée2.
Faut-il aller jusqu'à dire que l'alcoolisme ne se contente pas « de faire le lit de la tuberculose3 », mais qu'il « appelle » la phtisie et qu'il y prédispose davantage qu'à toute autre maladie infectieuse1? Cette opinion s'appuie encore sur trop peu
1. Lavarenne, Alcoolisme et tuberculose, dans les Annales d'hygiène, de mars 1901.
2. Lancereaux, Bulletin de l'Académie de médecine, t. XXII, p. 42. — De même Debove, Faisans, Triboulet, Legendre, etc.