‹ Contre l'alcoolismeChapitre 70 sur 125 · Lanpouzy · texte numérisé non relu

Lanpouzy

4- Lancereaux, Effets comparés des boissons alcooliques chezl'homme et leur influence prédisposante sur la tuberculose, dans la France médicale du 8 mars 1895.

de faits, elle est en contradiction avec un trop grand nombre d'observations pour qu'il y ait lieu de s'y arrêter. L'alcoolisme n'appelle pas plus la tuberculose qu'il ne la produit, livré à ses seules forces.

En effet, le buveur ne devient pas autrement tuberculeux que l'homme sain. Pour qu'il le devienne, il faut que le bacille, transporté par les poussières qui se dégagent des crachats ou des mucosités, ou passant par le lait, la viande ou le sang d'animaux tuberculeux, ait été amené dans son organisme par le poumon ou par l'intestin. Comme l'homme sain, il faut que le buveur ait respiré c?s poussières contagieuses, qu'il ait été en contact avec du linge souillé, surtout1 qu'il se soit nourri de chairs ou qu'il ait absorbé des liquides empoisonnés. — Mais ce qui est exact aussi, et d'une terrible vérité, c'est que l'alcoolique s'infecte plus rapidement que tout autre et que la phtisie affecte chez lui, en peu de temps, quelquesunes de ses formes les plus graves. — Dès que le bacille est entré en lui, soit par la respiration, soit par la grande porte d'entrée du tube digestif, il a vite fait de s'installer dans un appareil viscéral ou dans un système nerveux déjà affaiblis et plus

1. Calmette, L'infection tuberculeuse et V immunisation contre la tuberculose par les l'oies digestii'es, p. 7.

vulnérables. Notamment, l'alcool a engourdi l'activité des milliers de petits cils, toujours en mouvement chez l'homme sobre, qui garnissent les premiers conduits aériens du poumon et qui, pareils à des balais, saisissent, pour les expulser sans cesse au dehors, les poussières et les bactéries. Le virus trouve dans ces poumons, où la défense naturelle est ruinée, des demeures toutes prêtes. Il évolue dans tous les sens, librement, sans se heurter aux résistances qui, dans les corps sains, arrêtent ses progrès. Il n'a pas à redouter la mort par étouffement dont il est menacé dans les organismes robustes. Il pullule à l'aise. Et, non seulement sa victime ne se défend pas contre l'invasion, mais elle se. trahit elle-même et, en continuant à boire, avive l'infection et précipite la victoire de l'ennemi.

Ces localisations, cette évolution rapide, souvent vers la phtisie galopante, l'extension et la dissémination accélérée des tubercules qui, parfois, se généralisent d'emblée, l'envahissement parfois simultané des poumons, du péritoine et des méninges, l'aggravation brutale des formes cliniques de la phtisie qui réduit le traitement à l'impuissance, la fréquence de la forme granulique, ont été établis par Lancereaux, par Letulle, par-

d'autres encore1 ; les statistiques, surtout celles de Lavarenne et de Jacquet, en précisent les conséquences.

Nous ne retiendrons les statistiques relatives aux départements, sans la distinction des villes et de la campagne, que sous les réserves imposées par l'emploi des moyennes qui confondent ce qui devrait être séparé. La morbidité tuberculeuse ressort, d'après M. Maurel, à 3 0/000 dans les campagnes et dépasse 5 0/000 dans les villes, où il se consomme de deux à trois fois plus d'alcool, mais où intervient, en outre, le facteur de l'aération impure et viciée. D'après Baudran, 30 à 40 décès pour 1.000 habitants correspondent à une moyenne de 12 litres par tête, 50 à 60 décès à une moyenne de 14 litres, 80 à 90 décès à une moyenne de 17 litres2. — Si, au lieu de comparer aux populations sédentaires des villes celles des campagnes, rapprochement qui ne comporte pas, de part et d'autre, les mêmes éléments, ce sont les campagnes et les villes que l'on compare respectivement entre elles, la mortalité tuberculeuse suit ici aussi une ligne sensiblement parallèle à la consommation de l'alcool, mais sans que les mêmes objections puissent être

1. Voir Triboulet, loc. cit., p. 266 et suiv.,et l'article Tuberculose, du Dr Plicque, dans la Grande Encyclopédie.

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