CHAPITRE PREMIER
Qui pourrait parler froidement de la musique ? Aucun autre art, pas même la poésie, n'enveloppe, ne pénètre, ne subjugue les âmes comme cet art tout-puissant qui mérita, chez les Grecs, de donner son nom au monde entier de
l'intelligence, aux neuf déesses de l'esprit. Si
“4 & + + Pers ‘ y, Ps. ©) SAS L'K : LAS Hoquet St K 21 \ are à ed PUISSANCE DE LA MUSIQUE
ce mot de charme qui, sous sa forme latine carmen, a voulu dire vers et melodie pour signifier ensuite influence irrésistible et magique, peut désigner autre chose qu'une action divine et s'appliquer aux œuvres de l’homme, c'est le vrai nom de la musique. Oublions les
antiques merveilles que la légende et l’histoire
Jui attribuent et auxquelles nous croyons fer-
mement : les races primitives recevant d'elle le germe des lois et des mœurs, les armées, des nations entières entrainées par la lyre, dans le vertige de l'héroïsme ou de la fureur. Rentrons dans les tempsoù nous vivons nous-mê mes, au milieu de ces générations ironiques chez qui tous les miracles ont cesse, et mesurons sur nos impressions propres, analysons dans l’inimite de notre àme les effets de l'harmonie.
Quelle volupt si intense, quelle douleur mo rale si poignante peuvent placer l’âme au-des sus des atteintes de la musique? N’a-t.-on pas vu maintes fois les plus cruelles souffrances du
corps longuement suspendues par cette magie
des sons qui semblent courir et s’'insinuer
dans nos veines comme ces fluides miraculeux
dont l’absorption nous enlève la conscience de
nous-mêmes ? Tous les sentiments pénibles sont adoucis par la musique, un amer chagrin se
transforme et s’évanouit par elle en douce me -
lancolie. Cette rêverie voisine de la tristesse
que la musique impose au cœur en pleine santé,
elle la verse commeun remède dans les cœurs
malades. Quand on souffre, ilest difficile de l'écouter sans larmes ; mais elle nous soulage en nous faisant pleurer. Ce n’est ni par hasard ni de parti pris qu'en parlant d’elle une foule de termes nous arrivent empruntés à l'art de guérir. Elle exerce une action physique sur les organes autant qu'une puissance morale sur l'esprit. Tour à tour elle excite la sensibilité ou elle l’apaise. Comme certains breuvages; elle amortit la vivacité des émotions ; comme d’autres, elle les exalte, sans que la volonté puisse rien sur ces deux ivresses. Dansles souf-
frances on dirait qu’elle étend une sorte de
voile entre nous et la douleur, comme certaines substances doucement stupéfiantes. Elle semble s’interposer entre uotre conscience et les aiguillons trop aigus qu'elle ressent; elle les émousse quand elle ne réussit pas à les briser. Dans le plaisir, au contraire, elle aiguise toutes nos impressions, elle rend plus actives toutes nos facultés, elle précipite les battements de notre cœur.
C’est là nne vérité presque banale que dans les plus hautes joies, comme dans les jeux les plus futiles, là musique complète nos jouissances et nous fait plus ardents à les poursuivre, On sait quelle place elle tient dans les fêtes du monde ; ceux-là seuls connaissent toute sa puissance qui l’ont associée aux fêtes du cœur. Entendre Beéthoven où Mozart à l’une de ces heures où chacune de nos émotions a son écho dans une autre âme, où l’on espère, où l'on rêve, où l'on souffre à deux, c’est l’état de cette vieimparfaite le plus voisin des extases de la
vie absolue. S'agit-il de passer de ces délecta-
Qt
tionsoisives aux efforts les plus énergiques, aux passions les plus violentes, aux mouvements les plus impétueux ; s'agit-il de précipiter dans les ardeurs de la bataille et de l'épopée le rêveur étendu naguère à l'ombre des élégies? la musique fera ce miracle. Chez tous les peuples elle a pour ainsi dire la conduite de l’héroïsme ; elle est à la fois pour l’homme, cet animal de guerre, le frein et l'éperon; elle précipite ou retient le glaive, elle souffle au cœur la pitié
äprès Ja victoire, comme la rage dans la mêlée,
Elle conseille encore ceux qui n’entendraient plus la voix de la raison ; elle insinue le courage aux àmes qui ne le puisent pas dans la conscience du devoir. Là où n'atteindrait pas la vertu réfléchie, elle entraîne l’aveugle impétuosite ; elle sait donner, pour une heure, au plus vil mercenaire le tempérament, sinon le cœur d’un héros. N'insistons pas sur ses mérites de guerre, ce sont jusqu’à ce jour les plus populaires et les mieux démontrés. De Tyrtée à
Rouget de l'Isle, dans toutes ces œuvres où la
te : " Fe von Mae gt Eee
# Pa FS Le j k : ES £ * ee de RE dr MR en do, or nt SR NES ES 43 6" - PUISSANCE DE LA MUSIOUR SEE musique s'associe à la poésie pour enflammer
les courages, on attribue, et c'est justice, la moindre part d’action à la parole ; la mélodiea En tout fait : son influence subsiste quand toute < ombre de poésie a disparu. Bien peu de gens k savent les couplets de la Marseillaise, l'air à n'en produit produit pas moins son formidable |
SE effet quand il rugit à travers nos rues sur les
EE a Fr d
cuivres et les tambours, nes