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"ant; dois unanime que le God save
the Queen des Anglais. Il est probable, malgré
tous les mauvais présages qu'on aime à tirer
des destinées de l'Angleterre, que ce Dieu
sauve la reine ou le roi survivra longuement
aux chahts des républiques et mêmes des au- tres monarchies européennes. Ce n'est pas la sublimité de l'air ou des paroles qui le conser- . vera; il n'a rien par lui-même qui pousse à - l'enthousiasme militaire ou religieux. Il a de la douceur, de la simplicité sans aucun caractère.
Qu'est-ce qui fait de lui l'hymne sacré dela
plus originale, de la plus vigoureuse des na -
tions modernes ? c'est l'histoire de cette nation, ce sont ses vertus, son ardent patriotisme, sa foi vive qui salue dans le roi ou la reine le
symbole du pays tout entier ; c'est son esprit de
conservation et son amour de la liberté légale ;
deur conquise à l'aide des institutions, qu'il
acclame dans cette simple et touchante mélo-
die.
c’est son accroissement continu, c'est la gran-
e 2, - . : ;. - . ! 4 E à À 2 2 ee = < - ë. Tente" MUSIQUE ET RÉVOLUTIONS
2 - Je ne connais pas de plus noble spectacleque celui d’une grande assemblée d’Anglaisdebout, ; tête nue, accompagnant avec respect, avec un enthousiasme recueilli le God save the King; | c'est à faire rougir de honte et pleurer d'envie “un Français honnête.
Demandez donc quelque chose de pareil à votre Marseillaise ! \'air est superbe etles paroles aussi. Mais ces paroles combien de gens les savent? Je n’en ai jamais entendu qu’une
- phrase des lèvres de la canaïlle qui la hurle : ‘EE Qu'un sangimpur abreuve nos sulons.Voilà Fr ; la plus éclatante, la plus grande signification
ce + 5e que l’histoire de nos trois républiques et les A2 faits et gestes des républicains aient donné à ce chant national. J'affirme qu'après l'avoir entendu dans nos rues à la résurrection officielle du 14 juillet, il est impossible de lui attribuer “un autre sens. Heureusement que le grotesque | coulait à grands flots pour tempérer cette flam-
me révolutionnaire et préserver nos places pu-
ne e bliques du sang demandé,
La Marseillaise est désormais parmi nous
inséparable du Beau Nicolas. C'est bras dessus, bras dessous avec lui qu'elle fait sa ren-
trée dans nos fètesnationales et qu’elle accom--
pagne nos présidents et nos ministres. Je l'aime mieux ainsi; ce n’est pas sublime, mais c’est beaucoup moins effrayant.
À qui lafaute si quand la Marseillaise passe dans nos rues les boutiques se ferment, les honnêtes femmes s'empressent de rentrer chez elles, les hommes raisonnables haussent les épaules ou serrent les poings? Je sais bien que la vraie faute en est aux réactionnaires, aux cléricaux, aux jésuites, à tous ceux enfinqui ne sont pas les plus forts. En face de cet argument, je ne discute pas, je m'incline. Mais la Marseillaise n’est pas tombée desnuesen 1880 surces pauvresréactionnaires pour les effrayer, très à tort, on nous l'assure. Elle avait de longs
états de service avant que la République des
363 en fitson hymne officiel. En outre, depuis qu'elle est gouvernementale, elle reçoit dans les
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journaux, dansles clubs, dans la rueet jusque
‘ dans les grandes assemblées des commentaires
qui en rendent le sens précis et clair comme le soleil, même pour ces aveugles qui ne voient pas ou ne comprennent pas la République. Certes, elle a eu ses grandes journées : elle a inspiré de sublimes élans ; elle a pris dans l’histoire sur quelques champs de bataille une place qu’on aurait dû lui laisser. Quand elle traverse mon esprit avec la légende d’un de ces combats immortels, je frémis d'enthousiasme et je sens mon vieux cœur battre plus fort au nom sacré de la patrie. Je vois passer devant moi ces soldats pieds nus et sans pain qui balayaient les hordes germaniques de leurs invincibles baïon nettes. C’est un de ces jours-là qu'il était beau de chanter ce refrain et qu’il était doux de mourir |
Mais, hélas! de tels exploits ne sont que la moindre part du rôle historique de la Marseillaise. On peut le définir irrévocablement en
peu de mots : elle a parfois précédé la victoire,
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mais le plus souventellea escorté, encouragé la guillotine. Elle a versé plus de sang français que de sang allemand. |
Voilà de quelle façon nos pères ont connu, ont entendu la Marseillaise.
Peut-être l'a-t-on chantée derrière les bar-
ricades de Juillet: M. le président de la Répu-
blique pourrait nous le dire.
Pendant le règne libéral, pacifique, raisonnable et prospère de Louis-Philippe sous lequel se continua le grand et noble mouvement intel-lectuel de la Restauration, la Marseillaise ne fit plus son apparition qu'avec des émeutes aussi stupides que coupables; elle était alors chantée par quelques républicains convaincus et par un grand nombre d’éclaireurs de Napoléon III qui devaient roucouler plus tard Partant pour la Syrie. Il faut dire que pendant cette époque remarquable entre toutes par son vrai libéralisme et son esprit detolérance, il se faisait dans la littérature, même dans la politique des partis,
de grands efforts pour atténuer les souvenirs
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violents et sanguinaires, et qu’on ne croyait plus possible le retour de monstruosités pareilles aux journées de Juin, à la Commune et aux excès de la presse démocratique en 1880. La République elle-même, tout en faisant de nombreuses émeutes et quatorze tentatives d’assassinat sur le roi, d'accord avec les bonapartistes, Ja République rentrait ses griffes. Hormis dans quelques réunions ténébreuses, elle n’essayait pas cette réhabilitation de la Terreur, de la gnillotine, de Marat, de Robespierre et de Danton qui s'étale aujourd’hui à la tribune. L’histoire qui jetait alors tant d'éclat, gardait, même sous les plumes révolutionnaires, une certaine mesure, une certaine pudeur. L’école saint simonienne, l’école fouriériste, à travers beaucoup de billevesées, avaient contribué à répandre dans les esprits la croyance à un progrès pacifique. Personne ne songeait plus à verser un sang impur : l'époque était aux nobles promesses. Le 24 Février vint détrôner toutes
ces chances de paix libérale et de progres
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sans secousses; mais il ne changea pas encore notablement le courant des esprits dans lalitté-
rature, dans les arts, dans le journalisme, même
dans la politique. La France resta libérale, conservatrice, spiritualiste jusqu'au second Empire. LS La République de 48 n’abusa pas de la Marseillaise; elle trouva tout prêt pour son usage et conforme à l'esprit de ses chefs, le Chant des Girondins qu'un drame à succès venait de mettre à la mode. Ce chant, qui ne manque pas de grandeur et de force, n’exprimait que de nobles passions : il parlait de mourir et non de tuer. Les honnêtes gens de tous les partis pouvaient le chanter sans abdiquer. Le gou vernement d'alors commençait sous les auspices d’un grand poète pacifique et doux par excellence, dont le tort principal , et presque impardonnable, est de nous avoir fait croire à la possibilité d'une république douce etintelligente, libérale et spiritualiste comme lui. Nous
tous ses jeunes amis d'alors, nous avons reçu
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