Archives municipales de la ville de Lyon
l'initiative du nouveau général 159
Instruisez-moi dès demain du nombre des inscriptions. Je suis convaincu qu'elles excéderont les demandes que vous fait la Patrie ; je m'abstiens de vous parler des moyens que la confiance même dont vous m'avez honoré, votre sûreté et celle de la chose publique me prescriront à prendre...
J'ai l'honneur de vous prévenir encore qu'il est décidé de
faire des redoutes autour de la ville pour la mettre en état de
défense. Ces travaux sont très urgents : je ne doute pas que tous
les citoyens ne s'empressent d'y concourir. Hâtez-vous, je vous
en conjure, montrez-vous avec l'énergie qui convient à des
hommes libres. Une coupable inertie vous conduirait à votre
perte, à Tesclavage. Le développement de vos moyens, votre
courage vous assureront le triomphe de la Liberté. 11 n'y a pas à
balancer.
Le 11) juillet, Tan II de la République K
Pendant que Précy songeait à organiser la résistance, l'inquiétude gagnait la Commission départementale jusqu'alors si optimiste. Dans la séance du vendredi soir 19 juillet, plusieurs membres en proie à un véritable effarement proposaient des mesures aussi violentes qu'inutiles ou irréalisables. L'un d'eux s'écriait : « Nous sommes cernés de toutes parts par nos ennemis. Je vois avec douleur que Ton ne prend aucune mesure. Il en est une instante : le désarmement des gens suspects !... Un ami intime m'annonce que l'attaque doit se faire par le pont du Rhône. » Un autre proposait à la Commission de demander la mise sur pied dans les vingt-quatre heures de la force départementale (tout entière à créer) et de faire remplir les caisses publiques de gré ou de force ou d'exiger la démission de la Commission. Un troisième voulait faire donner l'alarme dans tout le département, exiger le rassemblement en armes des contingents dans chacun des districts, d'ordonner une souscription publique de 3 millions^ etc.
1. CeUe proclamation que nous avons retrouvée aux Archives municipales de Lyon ne porte pas la signature du «jùnéral. mais celle d'un scribe avec cette formule peu militaire : « Par mandement du général » : GcxBL, secrétaire.
La majorité subit ces impressions^ et adopta Tensemble des propositions*.
Le lendemain on admettait en séance le commandant d'un bataillon des Cotes Maritimes en garnison à Vienne, qui déclarait avoir reçu Tordre de marcher sur Lyon et qui voulait se rendre compte de 1 état des esprits dans « cette ville rebelle ». Les membres de la Commission lui firent le meilleur accueil, lui affirmèrent qu'ils étaient dévoués à la République et à la Convention. Le chef de bataillon se déclara convaincu de la sincérité de ces sentiments: « On lui avait dépeint, disait-il, la ville de Lyon comme insurgée en faveur de Louis XVII, il allait ' tirer d erreur son bataillon. » Les autorités lyonnaises pleines de confiance le laissèrent partir, c'était peut-être un espion de Dubois-Crancé.
Sur le rapport du Comité des Finances, la subvention patriotique fut définitivement fixée h 3 millions pour la ville de Lyon, onze commissaires devaient présider dans^ chaque section à la répartition. Tous les citoyens dont les revenus n'atteignaient pas 3.(X)0 livres étaient exemptés de la souscription obligatoire ^.
La suspicion, la délation s'infiltraient tous les jours dans la Commission départementale et dans la municipalité, on commençait à jalouser l'état-raajor de Précy encore bien peu nombreux. Dans les sections, les anciens amis de Chalier prétendaient que le nouveau général s'entourait d'aristocrates, d'émigrés, de chouans ou de Vendéens déguisés par de faux noms pour organiser dans toute la France une vaste contre-révolution.
Aussi la municipalité subissant toutes ces influences
1. L'n des officiers de l'état-inijor Je Précy, l'adjudant-géntM-al Julien soutint avec véhémence diverses propositions, entr'autres, celles de désarmer les ^ens suspects. On ne savait au juste si Ion désignait les Jacobins partisans de l'ancienne municipalité ou les royalistes qui se cachaient dans Lyon.
2. Journal de Lyon^ numéro du 23 juillet 1793. .{. Journal de Lyon^ même numéro.