‹ Contre la terreurChapitre 177 sur 400 · Vaëscn, même source · texte numérisé non relu

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* 14 to«t.

3. <iLe général Grandval, couiniandant général du faubourg de la Croix- Rousse, réclame du Comité militaire deux cents lances à feu, et des étoupes au prorata des mèches, etc. -• {Archives départementales.)

4. Rapport de Paris au général Kellermaun [Archites historiques de la Guerre : Ainnée des Alpes, août 1*93).

238 l'insurrection de lyon en 1793

barricades du poste du centre et longer les épaulements de la batterie de Gingenne, le conduit à travers des jardins dont les murs sont percés de meurtrières jusqu'à rentrée du faubourg Saint-Clair^ où il rencontre le général Grandval. Paris lui déclare qu'il vient en conciliateur avec une lettre des représentants et une autre de Kellermann ; Grandval Tcmbrasse à son tour et le fait conduire à rhôtel commun, sans qu'on lui bande les yeux. Pendant le parcours dans le faubourg, et dans le quartier des Terreaux, la foule Tacclame et Tapplaudit, de nombreux gardes nationaux en armes viennent lui serrer la main. C'est au milieu d'une ovation non interrompue que Paris pénèlre dans l'Hôtel de Ville. Introduit dans la salle des délibérations du comité de sûreté générale, il remet d'abord la lettre suivante de Kellermann :

Du quartier général de la Pape, 14 août.

Le citoyen Paris, commissaire des guerres attaché à Tarmée des Alpes, est chargé d'une lettre des représentants du peuple. Elle doit être rendue aux autorités administratives établies dans votre ville ; je lui ai donné Tordre de rapporter cette importante dépêche, s'il ne peut la remettre directement à rassemblée générale de votre commune en séance publique.

Puisse cette communication fraternelle des représentants

réaliser le vœu que je forme, avec toutes les troupes, de ne

faire de vous et de nous qu'une seule armée de patriotes, prêts

à marcher contre les vrais ennemis de la République ! Puisse-

t-elle aussi m'empêcher de mettre à exécution les mesures

rigoureuses, qui viennent d'être arrêtées dans ce moment au

Conseil de guerre !

Kellermann.

l. « L'avant-poste des Lyonnais m'a cerné et je n'ai pu suffire aux embrassades et aux marques de cordialilé qu'il m'a témoignées. J'ai été conduit de poste en poste que j'ai trouvé très garnis jusqu'au faubourg Saint- Clair, où un officier général, à qui j'ai déclaré l'objet de ma mission, m'a reçu avec la même fraternité. »

Le commissaire des guerres Paris au général Kellermann, Lyon, 14 août 1793. (Archives historiques de la Guerre : Armée des Alpes^ août 1193.)

Le commissaire des guerres donne ensuite le message des représentants du peuple qui portait la date du 10 août.

Citoyens, quelle est donc Tinfluence de ceux qui se sont emparés de tous les pouvoirs dans votre ville ? Plusieurs décrets de la Convention nationale leur ont interdit toute fonction et c^est sur leur réquisition que vous vous armez en même temps que vous avez juré obéissance à lu loi.

Quel est donc cet égarement dans lequel vous persistez ? On ne cesse de vous faire dire que vous voulez résister à l'oppression. A qui entendez-vous imputer un système oppressif? Serait-ce au général de Tarmée ? Mais il ne fait qu'exécuter les décrets de la Convention ? Serait-ce aux représentants du peuple ? Mais ils ont été chargés spécialement de vous faire rentrer dans Tordre, soit par Tinstruction, soit par la force armée. Ils ont employé le premier moyen sans succès ; leur devoir leur impose la nécessité de recourir au second et ils obéissent à la loi. Vos reproches porteraient donc sur la Convention nationale ? Mais toute fraction de peuple, qui ne veut pas se soumettre à ses décrets est dès lors en révolte. Pourquoi la Constitution que vous dites avoir juré de maintenir auraitelle créé des pouvoirs, si chaque fraction de la société pouvait dire : « La loi m opprime, je résiste. »

Il n'y a pas de gouvernement sans obéissance à la loi. Vous en voulez un et vous ne voudriez pas admettre ce principe sans lequel il ne peut exister ? Convenez que cette erreur est Teffet de Tempire qu'ont sur votre esprit quelques hommes pervers*.

Les représentants protestaient ensuite contre les projets que leur attribuaient u ces hommes pervers » : destruction de la ville, meurtre dos citoyens, pillage des propriétés et ils terminaient ainsi :

Citoyens, nous ne pouvons répondre à toutes les impostures que les royalistes de votre cité se permettent contre nous, nous nous bornerons à nous dire qu'ils ne font qu'entasser men-

i. Paris, impr. nationale, in-8° de 6 p., 1793; Va*»sen, Documents imprimés : Lyon en 1793. le Siège, p. 30.

songes sur mensonges et que la justiftcation des représentants du peuple est dans la conduite qu'ils ont toujours tenue conformément à la loi.

Vous savez que la force armée vous cerne de toutes parts. Vous n'ignorez pas que Kellermann a pris toutes les dispositions pour une attaque prochaîne. Eh bien ! rassemblez-vous, en dépit de ceux qui se sont emparés de Tautorité ; émettez un vœu de vrais républicains et vous n*aurez plus d'inquiétude. Vos personnes, vos propriétés seront sauvées. Votre sort dépend donc absolument de la conduite que vous tiendrez. Observez que le temps coule rapidement et qu'il n'est plus possible de vous accorder de longs délais.

Dubois-Crancb. Gauthibr '.

Ces deux lettres furent lues par le président Bémani dans le plus grand silence. Plusieurs membres de TAssemblée émirent le désir que la lettre des représentants fût rendue publique, ce qui fut décidé k Tunanimité. En conséquence on l'envoya à Timprimerie pour être communiquée aux sections el placardée dans la ville '^.

Le général de Précy était présent, il s'abstint de manifester la moindre désapprobation au nouvel ultimatum des représentants, mais comme on entendait des détonations de pièces d'artillerie dans la direction de la Croix- Rousse, il dit avec beaucoup de calme à l'envoyé de Kellermann : « Du temps que nous parlementons, croyezvous qu'on nous attaque? J'entends le canon. — Je ne le crois pas, répond Paris. Si cela arrive, c'est faute d'être instruit de ma mission. — Eh bien, dit Procy à un de ses aides de camp, allez dire aux braves Lyonnais qu'ils ne répondent point h ce fou 3. »

1. Inipr. nationale. Î793, in-8* de 6 p. — V. aussi Vai'sen, Documents impriinvs, iVXl.

2. Arrhiips hisiiK'iqiies de la Guerre: Armre des J//>e.v, août i793 (le couiMiissaire des guerres Paris au gtl'ut rai Kellcrniaini;.

3. Bulletin di'imriemenltU, w" 8 (du 15 août . — Le Bulletin ajoute, avec emphase : « la sublimité de cet ordre se ?ent et ne peut s'exprimer. »

L'aide de camp alla donner au général Grandval Tordre de ne plus tirer, les avant-postes lyonnais crurent que l'accord était fait et que le siège allait être levé. Les troupes de la Convention continuèrent leur feu, mais devant l'attitude silencieuse de leurs adversaires, elles redoutèrent quelque embuscade et ne tentèrent pas de prendre l'offensive. Bientôt le feu s'éteignit aussi de leur côté.

Paris fut engagé à rester à Lyon jusqu'au moment où il aurait acquis la preuve que le Comité de Sûreté générale ne laissait rien ignorer aux habitants des négociations en cours. Le commissaire des guerres se mêla à la population, dès le soir même de son arrivée, et « conçut l'impression la plus favorable^ ». Il adressa sur-le-champ un rapport à ce sujet au général en chef Kellermann.

Le lendemain 15 août, des députés de toutes les sections, au nombre d'environ douze cents, se pressaient dans la grande salle et nommaient, pour rédiger une réponse aux représentants, quatre commissaires : Richard (de Saint- Etienne), Deschamps, Goiran et Mallechard. Le projet de réponse, lu par l'un des signataires, fut adopté par acclamation, signé par tous les présidents et secrétaires des sections et remis au commissaire Paris.

Les membres du corps administratif s'étaient tenus en dehors de la discussion; ils ne reprirent leur séance qu'après le vote des délégués.

L'adresse aux représentants commençait ainsi :

Citoyens,

Toutes les sections se sont assemblées, votre lettre leur a été communiquée. Les corps constitués et le Comité général de Surveillance et de Salut public ont suspendu leurs fonc-

Baileydier (dans son Histoire de Lyon, t. 1, p. 392) dit que Précy avait offert sa démission au Comité, nous n'avons pas trouvé trace de cette marche, i. Rapport de Paris à Kellermann, précité.

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lions ; ce ne sont plus les délégués du peuple de Lyon, c*est tout le peuple de Lyon entier qui vous répond.

Nous ne savons si vous avez eu Tintention de jeter la division parmi nous, en feignant d'être persuadés que les dépositaires de notre confiance se sont emparés de Tautorité et la conservent pour nons opprimer.

Mais nous ne pouvons concevoir comment le citoyen Gauthier, témoin de la journée du 29 mai., a pu douter que le peuple de Lyon ne fût capable des plus généreuses résolutions et pût se laisser opprimer par ses administrateurs.

Quant à l'accusation de royalisme, la Convention, les représentants, leur général et l'arnaée ont un moyen bien simple de la contrôler, qu'ils lisent les proclamations lyonnaises et surtout qu'ils envoient à Lyon des commissaires choisis dans les départements voisins, môme dans les départements les plus hostiles à celui de Rhône-et- •Loire et qu'ils fassent leur rapport en présence de Tarmée qui assiège Lyon.

La réponse se terminait par ces véhémentes apostrophes :

Ceux qui servent les ennemis de la Patrie, ceux qui servent Pitt sont ceux qui veulent détruire une ville dont le ministère anglais paierait bien cher la ruine.

Au reste, citoyens, nous retournons à nos postes et le peuple ne correspondra plus avec vous que par Torganedeses administrateurs. 40.000 hommes sont sous les armes, ils ont juré de défendre jusqu'à la mort les droits de Thomme, leur liberté, leurs propriétés et la sûreté des citoyens qu'ils ont investis de leur confiance.

Voilà notre réponse. Si vous n'êtes pas assez justes pour vous croireobligés de consommer une grande iniquité, marchez, vous trouverez des hommes courageux et vous verrez ce que peuvent faire de vrais républicains qui défendent leurs foyers et la loi *.

i. Procès-verbal dresse par les citoyens des sections connposant le district de Lyon, réunis dans la grande salle du conseil général de la commune. Lafont, président (rage. — Lyon, A.-V. Delaruche, 1793. Vaësen, Docuinenlfi im^irunés, p. 3S.

LA MISSION DU COMMISSAIRE DES GUERRjES PARIS 243

Le président Bémani, après avoir remis-ca document au commissaire des guerres Paris, l'engagea à rendre à ceux qui Tavaienl envoyé un compte fidèle de tout ce qu'il avait vu et entendu. Il ajouta avec une émotion véritablement touchante :

Nous résisterons à Toppression, oui, nous y résisterons par tous les moyens que la nature, le courage et les lois mêmes mettent en notre pouvoir. Oui, nous le jurons et nous prenons à témoin de nos serments le Dieu vivant des armées qui nous écoute, cette Providence vengeresse de tous les crimes qui peuvent se commettre, le courage et Thonneur de 40.000 hommes qui défendent leurs foyers, Ténergie de toute la population de cette ville, le tribunal de Topinion publique, Tintérét sacré qu^inspire cette cité, le bonheur enfin de nos mères, de nos femmes, de nos enfants, de nos respectables parents K

A cette époque de scepticisme, Padjuration profondément religieuse, que nous venons de reproduire avait quelque chose de saisissant.

Sur la proposition d'un délégué des sections, et en présence du commissaire des guerres, tous les membres présents répétèrent individuellement la formule du serment républicain.

On a prétendu que Paris, agent accrédité de Kellermann et comme lui désireux d'éviter k la population lyonnaise les rigueurs d'un siège meurtrier, avait eu des conférences secrètes avec les personnages influents. Nous n'en croyons rien; comme son général, Pjlris se bornait, tout en la déplorant, à exécuter sa consigne. Il évitait prudemment ces conciliabule3 dont le secret pouvait être éventé par les nombreux Jacobins, demeurés à Lyon et qui, profitant de la longanimité, de la pusillanimité ou de Pindifférence des autorités civiles, restaient impunément en communications fréquentes avec Dubois-Crancé et ses

i. Bulletin (lêparlementaK ir 11 '18 août nî)3).

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agents. Rien n'indique que Paris ait fait quelque tentative personnelle.

Avec la réponse aux représentants, il emportait une lettre du Comité général de Surveillance et de Salut public pour le commandant de l'armée des Alpes.

A la lettre du général Kellermann, le Comité général de Surveillance et de Salut public faisait la réponse qui suit :

Citoyen Général,

Nous avons reçu des mains du citoyen Paris, commissaires des guerres, là dépêche des représentants du peuple.

Nous n'avons pas eu besoin de la rendre aux autorités administratives, parce que depuis Toppression qui pèse sur nous, toutes les autorités constituées de la ville de Lyon et du département ne forment plus qu'un corps : le comité général de Surveillance et de Salut public.

Vous témoignez des inquiétudes sur la communication de la dépèche à toute la Commune.

Cette inquiétude vous suppose indignement trompé, nous sommes cruellement calomniés et Tétat de Lyon est absolument méconnu.

Vous avez mis en marge ces mots : en séance publique. Vous croyez donc que Tesprit du peuple de Lyon n'est pas celui qui nous anime ?

Sans rien présager sur le rapport personnel que le citoyen Paris sera dans le cas de vous faire, nous pensons que le vœu librement et légalement exprimé par les sections vous convaincra du contraire.

A la fin de cette lettre, vous émettez un vœu, celui de ne faire de vous et de nous qu'une seule armée de patriotes, prêts à marcher contre les vrais ennemis de la République. Ce vœu est le nôtre.

Général, nous sommes faits pour nous expliquer avec franchise. Vous, les représentants et l'armée du camp de la Pape, êtes abusés et trompés sur les principes des habitants de cette cité. Eh bien ! que de part et d'autre des commissaires soient envoyés, ils s'éclaireront mutuellement. Nous laissons à votre cœur le soin déjuger de quelle utilité pourrait être une entrevue

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franche et amicale. Sous la garantie du droit des gens, de votre loyauté personnelle et d'un sauf-conduit, nous présumons que les commissaires du peuple de Lyon et du département se rendront sans crainte dans votre camp.

Comptez avec raison sur la même réciprocité.

Salut et fraternité !

Bémani,

Président K

Après ces pourparlers le Comité de Sûreté générale, pressentant uii investissement plus étroit, voulut assurer la subsistance de la ville et prit l'arrêté suivant :

Article premier. — Au nom du Salut public, toutes les municipalités dont les campagnes sont encore garanties de l'invasion de nos ennemis par la force armée de sûreté du département de Rhône-et-Loire, sont invitées à faire battre leurs grains et conduire à Lyon tout le superflu de leurs besoins pour trois mois.

Art. 2. — Les propriétaires de grains, qui feront les envois à Lyon, recevront de la municipalité de cette ville et de la compagnie de l'emprunt de trois millions destinés aux subsistances, des bons pour rendre en nature et aux époques déterminées les grains qui auront été apportés.

Art. 3. — Les convois de grains qui seront destinés pour Lyon seront surveillés par les commissaires civils préposés à cet effet, et escortés par la force armée de sûreté de Rhône-et- Loire d'après les ordres du commandant général qui en sera préalablement avisé.

Art. 4. — Au moyen des dispositions de Tarticle 3, en cas d'événement, la perte des grains est et demeure à la charge de la commune de Lyon dont la garantie solidaire de tous les habitants assure la responsabilité ^.

Cette mesure n'était pas d'un pessimisme exagéré car le même jour, 16 août, dans raprès-midi, un trompette de l'armée de Kelierniaim remettait un dernier ultimatum des représentants, qui ne pouvait laisser d'illusion :

1. Vaësen, Doruinf/its impri)n(''s : Lf/nn m 1793, le Siège^ p. 35-36.

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