Id
tout dévoué à Dubois-Crancé, le fit arrêter et envoyer sous escorte au Comité de Surveillance de Sûreté de Lyon... qui le fit relâcher.
Ce môme Comité trancha un conflit d'attributions fort singulier dans la circonstance. La gendarmerie de Rhôneet-Loire, commandée par un lieutenant-colonel, un capitaine et cinq lieutenants*, ne refusait pas en principe son concours à la défense de Lyon, mais elle entendait agir dans toute son indépendance et semblait depuis quelques jours réserver son action pour ce qui rentrait autrefois uniquement dans le service de la maréchaussée.
Précy estimait que de vieux militaires comme les gendarmes et les officiers devaient payer d'exemple et se tenir en tout temps à la disposition du général en chef et de Tétat-major. Le Comité, dans son arrêté du 15 août, lui donna gain de cause, requérant la gendarmerie et ses sept officiers « de se ranger nonobstant toute réquisition contraire et prendre les ordres sous le commandement du citoyen Perrin-Précy, général de la force de sûreté du département et de lui obéir en tout ce qu'il commanderait pour la défense de la République et la sûreté du département, à peine d'être déclarés traîtres à la patrie, et comme tels punis par les voies les plus rigoureuses. Tous les maréchaux de logis, brigadiers et gendarmes, sous les ordres desdits officiers, demeuraient personnellement et individuellement soumis à la même réquisition sous la môme peine^ ».
Le tir des batteries de Montessuy restait peu meurtrier sur les avant-postes de la Croix-Rousse ; cependant les représentants apprirent, par un de leurs nombreux agents disséminés dans Lyon, que les blessés lyonnais des premiers combats restaient très impressionnés de la canon-
1. Le lieutenant-colonel Ducreux de Trôzette. le capitaine Guignet- Vorion, les lieiitenanls Biirys, Capclevillc, Lafalle, Mathon et Meynard.
2. Fait à Lyon, au Comité particulier de sûreté publi«|uc, le 15 août 1793. l'an 11 de la République. Signé : Richard, Pécoret, Grandval, Venannouze {Collection Coate, bibliothèque municipale de Lyon).
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nade. Ils surent aussi que trois boulets, en frappant les murailles de l'hôpital militaire de Sainl-Irénée, avaient produit dans les salles des malades une sorte de panique promptement calmée par le sang-froid du personnel médical et des femmes courageuses qui l'assistaient. DuboiB- Crancé réitéra à Kellermann Tordre d'activer le bombardement, il y joignit l'injonction de donner lassaut aux hauteurs de la Croix-Rousse, en faisant contresigner sa réquisition par Javogues, Laporte et Gauthier.
La Pape, 16 août 1198.
Les représentants du peuple à Tannée des Alpes, après avoir épuisé toutes les mesures de conciliation, n^ayaot reçu aucune réponse des citoyens de Lyon et n'ayant jamais pu faire parvenir leurs instructions aux individus qui se disent corps administratifs de cette ville, et dont les pouvoirs contraires à la loi sont une continuité de rébellion, ayant reçu en dernier lieu pour toute réponse à leurs différentes instructions la pièce ci-jointe par laquelle les autorités rebelles persistent dans leurs révoltes.
Après avoir appelé près d'eux leurs collègues chargés de la même mission dans les départements de Saône-et-Loire, Rhône-et-Loire et de TAin, et s'être concertés ensemble sur les dernières mesures à prendre;
Considérant que la rébellion de la ville de Lyon, les efforts de Marseille et de Toulon, pour forcer les passages qui doivent y conduire, les troupes mises sur pied par ces villes également rebelles et Tattaque inopinée des frontières, faite par les Piémontais dans la Maurienne et le Faucigny, sont des mouvements combinés contre les intérêts de la République qui tendent à sa destruction entière, à celle delà liberté et de Tégalité, qu'il n'est plus temps, qu'il n'est plus aucun moyen de ne considérer une telle conspiration que comme le simple effet d'un égarement, mais comme la suite atroce de tous les plans préparés, soit par le fédéralisme, soit par le royalisme, soit par l'aristocratie pour anéantir la France ;
Arrêtent :
io Que sur la communication donnée par le général Kellermann d'une leltreen date du l5août écrite par les prétendus corps
administratifs et délégués du peuple dans le département de Rb6ne-et- Loire dans laquelle les membres de cette administration proposent qu'il soit nommé de part et d'autre des commissaires pour une entrevue franche et amicale, il n'y a lieu à délibérer.
2* Que le général est requis de prendre toutes les mesures les plus promptes et nécessaires pour que, dans le délaide deux fois vingt-quatre heures, le résultat du Conseil de guerre tenu avant-hier soit exécuté dans son entier et qu'en conséquence la viUe de Lyon soit incendiée par des bombes et des boulets rouges, tant des batteries qui seront placées à la rive gauche du Rhône que des hauteurs de Mentessuy et que les troupes soient réunies en forces suffisantes pour former, pendant l'incendie, une attaque de vive force et s'emparer des hauteurs de la Croix-Rousse, même entrer dans la ville Tépée à la main s'il y a lieu.
Dans le cas où le général sentirait quelque inconvénient à la prompte exécution de ce plan, il en donnera sur le champ les motifs par écrit aux représentants du peuple afin qu'il soit de suite concerté avec lui aux moyens de pourvoir à ce que le saint de la République ne soit pas plus longtemps compromis.
Ah quartier général de La Pape, le 16 août 1193 ^ l'an II de la république française.
Signé : Claude Javogues, Sèb. Laportr, Dubois-Crancé, et Gauthier.
Kellermann pressentait nettement les difficultés qui échappaient h la présomption des représentants; il répondit, le même jour :
Voici les inconvénients qui s'opposent à la prompte exécution du plan d'attaque contre Lyon proposé par les représentants du peuple.
. 1° Le nombre présumé supérieure nos forces de gens armés à Lyon ; ce nombre paraît s'élever au moins à 25.000 hommes bien armés et décidés à se défendre jusqu'à la dernière extrémité ;
2* La multiplicité des moyens connus de défense préparés
1. Archives historiques de la (hierre : Annce des Alpes, août 1193.
i5^» l/lNîfL'BRECTION DE LYON EN 1793
par les Ljonnais dans le faubourg de la Croix-Roosse, ainsi qoe dans tons les points susceptibles d'attaque et la difficulté que noos arons eoe jusqu'à présent de reconnaître tons ceux qu'on présume encore y rencontrer;
3^ Le temps nécessaire ponr établir sûrement les batteries dirigées contre la ville de Lyon sor la rive ganche du Rhône ;
4* L*incertitude où je suis de la disposition des troupes envers les Lyonnais, incertitude qui s'est manifestée dans le Conseil de guerre tenu dernièrement en présence des représentants Dubois-Crancé et Gauthier; dans ce Conseil de guerre tous les membres ont maintenant témoigné le désir très prononcé d'employer toutes les voies d'instruction avant d'en venir à celle de rigueur, d'où il est résulté que le Conseil de guerre a adopté avec transport la lettre des Représentants du peuple lyonnais rédigée par le citoyen Gauthier;
5*^ L'entrée subite des Piémontais dans le département du Mont-Blanc et l'impossibilité où se trouvent les troupes que j*y avais placées d'opposer une résistance à cette invasion, vu leur infériorité occasionnée par la partie quej*aî été obligé d*en soustraire pour marcher sur Lyon.
Je déclare au surplus et de la manière la plus solennelle et
la moins équivoque, que je veux me conformer avec la plus
scrupuleuse exactitude, à la lettre et à l'esprit, tant aux décrets
de la Convention nationale qu'à l'arrêté que les représentants
viennent de me signifier, mais que si, en y obéissant aveuglément,
les événements venaient à tourner d'une manière contraire aux
intérêts de la République je n'entends être garant d'aucune des
suites qui pourraient en résulter, mais les rejeter extrêmement
et uniquement sur la responsabilité des représentants telle
qu'elle puisse être.
Kellbrmann *.
Mais, le lendemain, Kellermann redoute d'avoir montré avec trop de précision les dangers de la tâche que lui imposaient los représentants et de devenir suspect. Le général s'excuse de sa franchise, dans sa lettre du 17 août, écrite dans ce même château de la Pape oii il subit leur
1. Le général en chef de l'armée des Alpes et d'Italie aux citoyens représentants du peuple en mission à l'armée, quartier général de la Pape, le 16 août 1193. {Archives hisfariques de la Guerre : Arin*}e des Alpes, août 1793.)
redoutable cohabitation; il les assure de son adhésion pleine et entière à tout ce qu'ils requerront de lui, mais il leur soumet encore quelques observations.
Les délégués de la Convention ordonnent d'incendier Lyon dans la semaine. Or d'après des renseignements sûrs, le département du Mont-Blanc peut être envahi par (es troupes du roi de Sardaigne qui occupe le Faucigny et menace aussi le département de Tlsère. Dans sa loyauté de brave soldat et de vrai patriote, il leur déclare que Tattaque de Lyon n'a rien d'urgent :
Nous faisons la guerre aux Piémontais et aux Lyonnais, mais les premiers s'avancent et s emparent de notre territoire, les seconds se bornent à défendre le leur. Ainsi il faut aller d'abord contre Tennemi qui attaque. Nous serons toujours à temps de retrouver l'autre s'il persiste à l'être.
L'opération militaire dirigée contre l'invasion des Piémontais ne peut être longue, si l'on marche rapidement pour y mettre obstacle ; dans un mois, les neiges commenceront à fermer les passages des Alpes et les Piémontais fuiront avant ce temps s'ils voient qu'on s'avance à eux. Aussi avant un mois, ils s'empareront du département du Mont-Blanc et le garderont pendant l'hiver s'ils voient qu'on ne veut point s'y opposer ^
Kellermann n'osait en dire davantage, il ajoutait même respectueusement :
Je sais que la force armée m'est confiée autant pour réprimer les ennemis intérieurs que pour repousser ceux du dehors, examinez, citoyens représentants, quels sont ceux qu'il est urgent de combattre.
Les représentants et leurs amis du Comité de Salut public n'avaient pas les mêmes préoccupations. Us obtenaient de la Convention, le 18 août, un décret aux termes duquel « le Minisire de la Guerre devait faire porter avec
1. Kellenii.iiin aux représentants. La Pape, 17 août [Arclùres hitiloriques de la Guert'e : Année des Alpes ^ 1793).
258 l'inslriiection de lyon en 1793
la plus grande diligence des forces additionnelles à Tarmée chargée de réduire les rebelles de Lyon et faire respecter l'autorité nationale dans cette ville ». Un crédit de deux millions était mis à la disposition du ministre Bouchotte pour l'exécution de cette mesure ^
A Lyon, la résistance s'affirmait et s'organisait. Quelques habitants originaires de Bordeaux avaient demandé qu'un des bataillons lyonnais portât le nom du chef-lieu de la Gironde, en raison de sa résistance aux Jacobins. Le Comité militaire avait accordé cette requête et bien que ce bataillon n'eût pas l'effectif normal, comme les gardes nationaux qui en faisaient partie étaient pour la plupart jeunes, riches et décidés à la résistance, Précy prescrivit la formation d'une compagnie de chasseurs et d'une compagnie de grenadiers • qui furent envoyées à la Croix-Rousse pour relever les détachements des bataillons de Guillaume-Tell et de Porte-Froc éprouvés par la maladie.
Du côté d'Oullins, le colonel Jossinet, aussi zélé que prudent, rendait compte que ses troupes d'infanterie étant inexpérimentées mais pleines de bonne volonté, il leur faisait élever des épaulements sur la rive droite du fleuve, ce qui les abritait et leur permettait de surveiller efficacement les mouvements de l'ennemi. 11 prétendait garder la zone de Vernaison à la Verrerie'^, c'est-à-dire à une lieue et demie sur la rive droite du Rhône, ce qui était méritoire avec les forces restreintes dont il disposait.
Précy avait mis à sa disposition l'escadron de chasseurs à cheval qui, quoique fort bien commandé par les capitaines BolHoud de Chanzieu et Barbier, prit l'initiative de demander par une pétition' la nomination d'un colonel
1. Dôcret «If la Convention du 18 î\oiii{Ai'chires hisloricjues de la Guerre : Année: des Aîpfs, août 1*95).