‹ Contre la terreurChapitre 197 sur 400 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Le général Vaubois, assisté de Tadjudaiit-généfal Noël qui remplissait auprès de lui les fonctions de chef d'étatmajor et qui jouissait de toute la confiance de Dubois- Crancé, avait passé dans l'après-midi du 22 une inspection minutieuse de ses positions d'attaque ^ Elles formaient une espèce de parallèle, débordant à gauche le faubourg de la Guillotière, distante de 500 mètres de la ligne des quais et faisant face à la place Bellecour^. La droite de cet ouvrage refusait assez sensiblement, pour échapper au tir d'enfilade de la redoute du pont Morand construite en fer à cheval avec une batterie de 8 pièces; l'accès de la parallèle avait lieu par la rue du faubourg, ce qui défilait encore les batteries de la défense. Celle-ci avait accumulé pour ses bastingages une quantité considérable de ballots de laine et de coton. Une batterie de quatre pièces de canon, sous le commandement personnel du lieutenantcolonel Mocey, avait été placée sur la terrasse du collège de l'oratoire, à gauche du pont Morand, elle était si bien dissimulée que les canonniers de la Guillotière ne Tapercevaient pas. Sur le conseil du colonel de Chêneiette, elle n'avait pas encore effectué de tir.

A onze heures du soir, les batteries de la Guillotière commençaient le bombardement. Elles disposaient, pour la batterie de droite, de deux canons de 24, trois de 16, trois mortiers de 12 pouces, pour la batterie de gauche,

1. C'est-à-dire des positions à ra!)ri desquelles il allait alla((iier.

2. Lieutenant-colonel Bichot, le Sièf/c de Lyon en !193 {le Sjtecfateur militaire, 1853).

de trois mortiers de douze pouces et une pièce de 15^ La premièi'e bombe tomba sur la place Bellecour à remplacement de la statue de Louis XIV'-. D'autres projectiles luisuccèdenl et éclatent sur celte superbe promenade, projetant des éclats sur les hôtels qui la bordent, brisant les fenêtres et les portes, faisant éclater les pierres de taille et les corniches. La plupart des hommes sont à leurs postes de combat, ceux qui sont restés, retenus par Tâge ou les infirmités, les femmes, les enfants quittent leurs demeures, traversent en hâte l'ancien pont de l'Evôché pour gagner le quartier de Saint-Georges et le faubourg Saint-Just, quelques-uns môme la montagne de Fourrières.

Bientôt, pour frapper d'épouvante d'autres parties de la ville, le tir dévie à droite. Les boulets rouges et les bombes dépassent le quai, dispersent leurs éclats redoutables sur le quartier du centre : dans les rues Ferrandière. Raisin-^ des Quatre-chapeaux et du Plal-d'argent huits maisons sont particulièrement éprouvées^. Le général Dumuy, commandant en chef intérimaire et le général Saint-Remi son chef d'état-major, se rendent aussitôt au camp de la Guillolière, n'ayant donné aucun ordre, comme devait Tavouer Saint-Remi"', et attristés certainement de ce bombardement inhumain.

A onze heures et demie, Dubois-Crancé prescrivant au chef de brigade Lagrange, commandant Tartillerie de faire tirer les batteries d'avancée du camp de Caluire

i. Rapports des trois camps pour hi joiiriire et In nuit du 22 août 17'J3. [Archives historiques de la Guerre : Armée des Alpes, août 1793.) L'adjudantgénéral Noël à Diibois-Cnmcô, 23 août .

2. Marquis (^osta de Beaurcgard , /<* Homan d'un royaliste sous la Révolutien [Souvenirs du comte de Virieu), p. 345.

3. Rapports des trois camps pour la journée et la nuit du 22 août 1793. [Archives historiques de la (iuerre; Armée des Alpes.)

4. Le rapport des représentants au contraire, cite les rues Mercière, Saint- Dominique et de l'Hôpital comme ayant particulièrement souffert.

5. « Le comniandant en chef et moi fûmes hier au camp de laGuillotière aussi comme il n'avait pas commandé cet engagement, je n*ai pu vous avertir, mais j'ai oui dire à notre retour que ce sont les Lyonnais qui ont provoqué l'atTaire.» Clicf d'état-major rfux comuiissaires. Arihies hûttoriques de la (iuerre.)

2K<) l'insuhrectiox de lyo.v ex 1793

(deux pièces de IG et deux de 24} dîtes batteries de Montessuy. Ces pièces tirèrent à boulets rouges, mais les projectiles ne paraissent pas avoir produit les dommages sérieux de Tartilierie de la Guillotière. On ne signala guère qu'un petit incendie près la porte Saint-Claire Si les Lyonnais ne répondaient pas pour ne pas perdre leurs munitions, du moins ils gardaient bien leurs avant-postes car ceux de leurs compatriotes, qui étaient passés dans Tarmée de Dubois-Crancé et qui y formaient un corps indépendant, ayant tenté, avec une compagnie de chasseurs, de s'approcher des positions du général Grand val, furent accueillis par un feu de salve qui les mit en déroute ; ils abandonnèrent Tun des leurs, blessé dangereusement^.

Sur la rive du Khône, de l'ancien quai de Monsieur à la porte Saint-Clair, Précy et ses adjudants-généraux se multipliaient. Le colonel de Chéneletle visitait les batteries du quai qu'il avait si bien établies, le baron de Chamousset avec son bataillon de vétérans était venu se mettre à la disposition du colonel de la Salle k la redoute du pont Morand. Malgré la détonation des pièces d'artillerie, le fracas des projectiles qui éclataient et les lueurs d'incendie qui s'allumaient dans les quartiers du centre, les patrouilles circulaient régulièrement, intimidant les espions et les voleurs. Les pompiers, dirigés par M. Mouton de Fontenillo, un savant naturaliste, doublé d'un homme d'action énergique et vigilant, visitaient les toitures menacées ou atteintes, arrosaient d'eau les parties enflammées et rassuraient les habitants^

La population d'ailleurs faisait bonne contenance, ne poussant aucun cri quoiqu'en aient prétendu les représentants, dans leur emphatique rapport*. Une enfant de

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