‹ Contre la terreurChapitre 221 sur 400 · Abbé Ch. Signerin, p · texte numérisé non relu

Abbé Ch. Signerin, p

Un dimanche, par une belle matinée du commencement de juin, devant de nombreux paysans armés et en habits de fête, une messe solennelle était célébrée sur la vaste pelouse, garnie de tilleuls, du ch&teau de Chevrières. L*autel monumental, orné de gerbes de fleurs et de branches d'arbres, avait été dressé contre le portail crénelé, que flanquaient deux grosses tours, en face de la vieille église '', A Tissue du saint sacrifice, après deux roulements de tambour, le drapeau blanc avait été hissé audessus de l'autel et le « roi de Chevrières» proclamait Louis XVII, roi de France et de Navarre pendant que tous les assistants enthousiasmés agitaient leurs armes aux cris de : « Vive le Roi! » De petites cocardes blanches furent distribuées par les soins de M"' Gonin de Lesgallerye et de quelques jeunes filles des environs. 11 y eut des roulements de tambour^, des airs de musette, de pieux cantiques et des chansons du pays. On ne dansa pas comme au pays de M. de Gharette; chacun, l'attitude recueillie, reprit le chemin de sa chaumière le cœur ensoleillé de rêves et d'illusions.

La journée du 29 mai à Lyon fut connue assez tardivement au pays de Ghevrières, vers le 20 Juin seulement. Louis Groizier envoya des émissaires à Lyon, mais ceux-ci n'y trouvèrent point les couleurs royalistes qu'ils espéraieni saluer. Tout était au nom de la République... Les autorités lyonnaises protestaient de leur respect pour la Gonveotion, c'étaient des dissidents, ou plutôt des divergents qui discutaient, qui ergotaient, ce n'étaient pas les soldats du Roi avec lesquels, mal renseignés dans leur isolement, le chevalier de Meilieux, les Groizier, M. de Lesgalleryeet l'abbé Jacquemont espéraient faire leur jonction et partir en guerre.

De retour au cantonnement sauvage que n'avaient pas encore découvert les limiers de la Gonvention occupés à de

\. Tradition locale.

322 l'insurrection de lyon en 1793

plus grosses besognes, les envoyés de Chevrières racontèrent leur décevant voyage et attiédirent l'enthousiasme de la petite chouannerie en formation. Les paysans attristés cachèrent leurs fusils sous les toitures de chaume ou sous les fagots de leurs bûchers. Ils ne s'occupèrent plus que des pénibles travaux agricoles, coupant leurs chétives moissons, gardant leurs maigres troupeaux, songeant avec tristesse que décidément la République « régnait » partout, que le temps des bons prêtres et des seigneurs charitables était passé pour faire place à la persécution des comités jacobins et à la rapacité des acquéreurs de biens nationaux. Toutefois ils offrirent des refuges sûrs à un grand nombre de victimes de la Terreur, surtout à des prêtres ^

Les chefs du rassemblement restaient plus confiants dans leurs espérances, ils avaient reçu la visite d'un personnage mystérieux qui voyageait sous le nom de Jean Rimberg, se disant sujet suisse et employé de commerce à Lyon. En réalité il s'appelait le chevalier Gabriel François de la Roche-Négly et, après avoir servi seize ans comme officier d'infanterie au régiment de (îàtinais et à celui d'Auvergne, s'était retiré à trente-cinq ans, chevalier de Saint-Louis et capitaine-, dégoûté par Tindiscipline qui démoralisait l'armée. Originaire d'une des meilleures familles du Velay, auxconfins du Vivarais, il avait quitté Lyon après les événements du 29 mai et avait gagné son pays. Avec beaucoup de prudence et d'activité, il avait recruté, pour la cause lyonnaise ^ d'anciens garde-chasse, des domestiques des familles dépossédées et quelques

1. « Et c'est ainsi que, grâce à r«'nergie de quelques paysans, commandés par un homme intrépide et d«>voué, un grand nombre de prt^tres et de nobles purent pendant plusieurs anm-es, de 1193 à 1708, vivre dans une tran<|uillité relative, alors que toul autour d'eux, à Lyon, à Montbrison, à Feurs, la guillotine faisait|d*innouibrables victimes» 'abbé Gh. Signerin. p. 26)

2. Cf. lirnte (hi L'/onnais, octobre 1001; les Juliariens au sièf/e tie Lyon. par E. Honnardet.

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