a.-J. Puy, p
324 l'insurrection de lyon en 1793
un aspect extrêmement grave ». Puy paria de son mieux en insistant sur la nécessité de conserver une discipline sévère « dans une ville remplie d'ouvriers armi^s et féroces ». La réunion était bien disposée par accepter ces paternels conseils, qu appuyèrent deux jeunes gens, destinés Tun et l'autre à une brillante carrière : Camille Jordan et Joseph de Gérando. Le premier avaibdéjà publié en avril 1792, sous Tadministration jacobine de Vitet à Lyon, une véhémente [protestation contre l'impunité assurée aux malfaiteursqui assiégeaient les abords des églises et faisaient subir aux femmes d'indignes traitements ^ Le 29 mai, il s'était bravement battu dans les rangs des sectionnai res^. Quelques assistants exprimèrent des préventions contre Précy dont ils suspectaient le dévouement à la République ; ces appréhensions furent combattues avec véhémence par Camille Jordan. Après avoir soutenu, en avocat de talent, que la République ne devait pas se laisser guider par des craintes, mais par des lois, il dépeignit les horreurs de l'anarchie, tout en repoussant l'accusation du royalisme portée contre les Lyonnais « qui, en venant à Saint- Etienne, disait-il, s'étaient sacrifiés à l'intérêt public et au maintien de la tranquillité dans cette ville '^ ».
Son discours dura près de deux heures et souleva un vif enthousiasme, rassislance en vota l'impression. L'éloquence de l'orateur, qui n'avait que 21 ans, en Bt rhomme du jour à Saint-Etienne, ce dont bénéKcia la cause lyonnaise pendant quelque temps. On admirait le désintéressement de ces volontaires qui le plus souvent ne touchaient aucune solde; d'autre part l'acceptation de la constitution par la population lyonnaise faisait tomber
1. <« La loi et la religion vengr^es des violern-es commises aux portes des églises catholiques de Lyon, etc. »
2. L'avenir lui resservait de beaux surcès oratoires au Conseil des Cinq Cents, à la Chambre des députés sous la Restauration et au Conseil d'Etat. M. dr Gérando devait aussi siéger au Conseil d'Etat et, sans avoir l'éloquence de Camille Jordan, laisser le souvenir d'un juriste de valeur.
3. Cl.-J. I*uy, Expcdilion des Ujonjuiis i/ans le Forez, p. 44.
l'accusation de royalisme. Les rasseniblements hostiles des ouvriers avaient cessé, les travaux reprenaient partout. Malheureusement le Conseil de district restait dévoué aux Jacobins, il apprit que le représentant Lesterps-Beauvais, commissaire du gouvernement auprès de la manufacture d'armes, s'entendait avec le commissaire départemental pour la répartition des armes qui sortaient des ateliers. Par un partage amiable, Lesterps-Beauvais en expédiait à Paris, la Commission en envoyait à Lyon. I^e Conseil de district écrivit secrètement au ministre de la Guerre pour réclamer l'envoi des troupes régulières à Saint- Etienne, tant pour en expulser les Lyonnais que pour empêcher Tenlèvement des armes*. Bouchotte et ses amis du Comité de Salut public ne répondirent pas h cet appel, mais Lesterps-Beauvaisdénoncécrutdevoirretoumer à Paris pour se justifier; il paya de sa tète son entente avec le commissaire départemental '^.
Servant revint à Saint-Étienne, mais ne tarda pas à regagner Montbrison où son détachement était toujours des plus choyés, des plus UHés, et s'augmentait encore de quelques recrues. Bien que manquant d'expérience au point de vue militaire, en raison de sa jeunesse et du peu de temps où il avait servi aux gardes du corps, l'adjudantgénéral lyonnais eut la sagesse de prescrire un certain nombre de patrouilles autour de la ville. Le 8 août. Tune de ces patrouilles, composée de quelques cavaliers, sous les ordres de M. Uugas de la Catonnière, débouchait au point du jour sur la route de Saint: AnthAme, entre Moingt et Lézignan,au sud de la ville et rencontrait à une demilieue de Montbrison, une troupe armée, d'environ cinq cents hommes qui lui tirèrent une vingtaine de coups de fusil. Les cavaliers lyonnais firent aussitôt demi-tour et