‹ Contre la terreurChapitre 255 sur 400 · J.-B.-M. Nolhac, Souvenirs de la Révolution^ p · texte numérisé non relu

J.-B.-M. Nolhac, Souvenirs de la Révolution^ p

3. Une note qui figure dans les Archives municipales de Lyon^ et remise en 1814 au général de Précy, rappelle au généralle tir inefficace de la batterie de mortiers sur les chantiers.

4. Archives municipales. La note précitée mentionne qu'une récompense était promise à ceux qui iraient incendier les chantiers.

366 l/lNSURRECTION DE LYON EN 1793

Précy et quelques-uns de ses officiers avaient assisté à cette courageuse et inutile tentative*.

11 était deux heures du matin; deux jeunes gens, fils de fabricants lyonnais, Laurenson, chasseur h cheval, âgé de vingt ans, et Barthélémy Dujast, chasseur à "pied du bataillon de Bordeaux, âgé de dix-sept ans, se présentent au général et lui promettent de réussir. Le capitaine d'artillerie Ravina leur a fait placer autour de la tète des fusées à incendie, enveloppées d'une toile goudronnée. Ils se jettent à la nage dans le fleuve, abordent sans ôtre aperçus des sentinelles, pénètrent dans les chantiers, y meltent le feu-. L'incendie se propage avec une rapidité vertigineuse et dévore cinq ou six chantiers. Les deux braves Lyonnais recommencent leur traversée du Rhône plus périlleuse encore car les sentinelles ennemies font feu sur eux.

Laurenson aborde le premier, vis-à-vis THùtel-Dieu. Dujast, brillé h la jambe droite, nage difficilement; entraîné à la dérive sous le pont de la Guillotière, par un cfl^ort désespéré, il parvient à remonter le courant et aborde à son tour.

Le lendemain, 3 septembre, Précy, entouré de son étatmajor, les reçoit Tun et l'autre, à Tllôtel de Ville dans la grande salle des délibérations et après les avoir félicités, veut leur remettre les 20.000 livres promises par le Comité militaire. Les deux héros refusent et déclarent qu'en fait de récompense, ils n'accepteront que des armes ^ Le général leur fait présent aussitôt à chacun d'un sabre d'officier de cavalerie et d'une paire de pistolets, richement damasquinés, leur annonçant l'intention qu'il a de de-

1. Note iinliquée plus liant. — Cf. aussi Balleydicr, t. II, p. 62-63; — Morin, t. lU, p. iVi : — Pereiiuu, nnles, p. 23.

2. Le liu/lelhi tlépcu'lemenlal «lit simplement : « Le feu n (l(^voré tous les bâtiments et chantiers qui servaient de retraite aux satellites de Dubois- Crancé et qui masquaient leurs batteries. Cette résistance ne peut qu'être infiniment favorable à luïtre défense, et nous saurons en ])rofiter. t>

3. On s'étonne que Noihac. d'ordinaire très exact, ne parle dans ses Souvenirs, à l'occasion de cet acte d'héroïsme, que de Dujast.

mander aux corps administratifs la création d'une « décoration honorifique » dont ils seront les premiers titulaires. La décoration* fut ajournée à la victoire...

La grande victoire, libératrice de la Terreur, ne devait pas être remportée, mais il en était une, d'importance secondaire, il est vrai, dont le bruit se colportait de poste en poste, et bientôt de rue en rue, et qui fit oublier trop vite ringénieux dévouement du Dujast et de Laurenson^ : îe détachement du Forez avait livré un combat heureux et fait prisonnier un général républicain, deux compagnies d'infanterie et un escadron de cavalerie.

Bientôt le Bulletin départemental l'affirma •'^, cependant beaucoup affectaient de ne pas le croire; les Lyonnais n'avaient pluaen septembre, l'optimisme de juillet. La nouvelle était vraie cependant et, le 3 septembre, un émissaire du commandant du corps lyonnais dans le Forez, vêtu en paysan, avait remis au général de Précy, une lettre qui annonçait, en termes nets et concis, l'arrivée dune colonne de prisonniers, dont un général de brigade et plusieurs officiers. La colonne devait être entre Feurs et Duerne et le général, qui signait Rimherg, nom absolument inconnu à Tétat-major de Précy, comme à l'Hôtel de Ville, demandait que le détachement d'escorte fût relevé par une troupe de cavalerie lyonnaise. Le général de Précy chargea aussitôt le colonel de Vichy, qu'il venait d'appeler au commandement de la cavalerie.

1. Il y rut en elTct un projet «le nit'daiUe porlaht sur la face : Siège de LyoHy aes habitants recnnnaissajifs, et sur le revers : Valeur récompensée.

La Restauration devait créer pour les anciens combattants <le Lyon, une variété de l'Ordre «lu Lys, qu'on a})pcla le « Lys de Lyon >>, le ruban blanc était liseré d'aniaranthe.

2. Laurenson mourut trois ans après, succombant aux terribles fatigues qu'il avait éprouvées on ai<lant et en sauvant de nombreux prêtres et émisés. M. Dujast était, en 1814, officier de la jzarde nationale de Lyon. Le capitaine <rartillerie Havina, le capitaine Dumaud et le lieutenant HivoUet, tous deux anciens chasseurs do l*ré<'y, signèrent un certificat attestant ce beau fait d'armes. {Archives municijniles de Lt/on^ note remise au général de Précy, alors commaiulant «le la gar«le nationale de Lyon.)

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