‹ Contre la terreurChapitre 263 sur 400 · Cl.-J. Puy, p · texte numérisé non relu

Cl.-J. Puy, p

378 l/iNSURHECTION'DE LYON EN 1793

qui s'étaient bien battus, et commande joyeusement : «En route pour Montbrison* ! »

La gaieté est communicative dans la vie du soldat en campagne, Tun des Lyonnais, jeune homme d'un caractère enjoué et chanteur émérite, se mit à entonner à plein gosier la chanson du jour :

« Je prends Fanchon^! »

Tous ses camarades se mirent à rire et les couplets un peu lestes, repris en chœur par toute cette jeunesse à la belle insouciance, s'égrenèrent sur la route. En les entendant à l'heure du crépuscule, dans une de ces dernières soirées d'été où des montagnes boisées descend une fraîcheur reposante, on aurait cru à quelque retour de battue, à une retraite de chasse aux loups. Hélas! après une bataille de rues plus bruyante, il faut Tavouer, que meurtrière, la colonne s'acheminait vers de nouveaux dangers, vers de funestes surprises, vers de terribles combats. Pour les paisibles Stéphanois qui s'étaient joints aux Lyonnais, la C8mpaj::ne commençait...

Il n'y avait pas en effet que des jeunes gens, ni que des soldats de métier, il v avait aussi des habitants de Saint- Etienne qui abandonnaient leurs foyers pour tenter de pénétrer dans une ville assiégée.

M. Praire-Hoyet, le maire de Saint-Etienne, essentiellement modéré, très charitable, avait adressé de vains appels a la garde nationale. En conséquence il avait cru devoir résilier ses fonctions ainsi que ses collègues de la municipalité, L)ervieux,Peurière et Le Gouvé'^ Le chef de légion Molle et les deux adjudants-généraux Hénoux

\. Le lendemain dans la matinée, un ramassis de gens sans aveu de plus de H.OOO hommes (it son entrée à Saint-Etienne, uû ils se signalèrent par des or«;ies publiques et des persécutions contre tous ceux qui avaient bien accueilli les Lyonnais. (Medde, Ih'rtie du Lytnmais^ 1840, p. 196.)

L*. Manuscrit du marquis de l*oncins.

.'{. liedde, livvuv du Lyonnais, 1840. M. Le (itjuvé était l'oncle «le l'auteur du M cri te des Femmes.

et Desjardins, M. Praire de Neyzieu, capitaine de la garde nationale, ainsi que M. Carrier de Lathuilerie, le directeur de la manufacture d'armes, avaient pris rang dans la colonne. Ils ne s'expliquaient pas leur manque d'influence sur une population qui leur avait prodigué, peu de temps auparavant, des marques d'estime et de sympathie et ne cachaient point le chagrin très vif qu'ils en ressentaient. En réalité Tabstention de la garde nationale de Saint-Etienne tenait surtout à l'impression produite par le combat des Grandes-Flaches et la capture de Servant, ainsi qu'à la crainte de combattre le gouvernement établi ^

Après avoir traversé le Rhône au bac près d'Andrézieu, la colonne avait bivouaqué deux heures à Sury-le-Comlal, puis repris sa marche, par la grande route. Grâce h la nuit très claire, il n'y eut aucune erreur de direction. On ne laissa aucun traînard et Ton atteignit sans incident Montbrison un peu avant midi, après une rude étape de plus de dix lieues succédant sans repos au combat de la journée.

L'accueil de la population montbrisonnaise fut excellent ; les habitants ignoraient les événements de Saint- Etienne. Dès qu'ils les apprirent, la plupart prodiguèrent à la colonne des témoignages d'amitié, leur apportant des vivres qu'ils se refusaient à laisser payer, demandant à loger chez eux officiers et soldats, ce qui fut accordé pour les sections de Saint-Etienne et de Saint-Chamond. Seul le détachement qui était en garnison à Montbrison valla occuper ses anciennes casernes.

Tout était paisible dans la vieille petite ville '" que baigne le Vizezy et où abondaient alors les maisons gothiques et les vieux hôtels Louis XIll. Dans les églises si artistiques : Notre-Dame d'Espérance, La Visitation, les fidèles

1. Puy dans son manuscrit croit que la garde nationale stéphanoise obéit à un sentiment de particularisme « ni contre les L^'onnais! ni pour les Lyonnais ! » Nous croyons plutôt avec les éditeurs du manuscrit, qu'elle céda à un sentiment de frayeur à l'égard de la Convention.

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