Vallès, Rt^ flexions histori(/iies, p. 8i
M. le baron Carra de Vaux, professeur à l'Université libre de Paris, a bien voulu nous conununiqiier un extrait de ses papiers de famille où il est fait allusion au projet d'attaque indiqué plus haut.
Conventionnels avaient en effet passé la nuit à Limonest*.
Une jeune femme, qui se prétendait d'origine suisse, avait pris sur le général une influence heureuse. On l'appelait M"* Wilhem, elle était grande et svelte, d'une beauté fière, un peu sévère, sachant tenir à distance les jeunes officiers de Tétat-major qui « madri^alisaient » en vain auprès d elle. Alors que Ton signalait constamment des espions sans pouvoir le plus souvent les prendre sur le fait, M"* Wilhem donnait parfois des indications utiles pour la défense.
C'est ainsi qu'elle conseilla au général d'avoir dans les clochers et sur les points culminants des hommes complément silrs et qu'elle lui en désigna de suspects. L'entourage de Précy croyait que le nom de Wilhem cachait une grande dame émigrée; le général lui prodiguait ses égards les plus respeclueux et jamais la nature de leurs relations ne prêta à la malveillance. La jeune femme venait apporter un avis important au quartier général, alors dans la maison des Dames de Saint-Pierre ; elle le communiquait au commissaire des guerres Vallès, lorsqu'un boulet rouge de la batterie de Montessuy, pénétrant dans l'appartement, brisa les boiseries et mit le feu aux vêtementsde M"*" Wilhem *. Elle en fut quitte pour quelques brûlures, mais n'en resta pas moins jusqu'aux derniers jours du siège, pleine de courage et de vigilance, cette jeune femme devait disparaître mystérieusement, probablement assassinée lors de l'occupation de la ville. Si elle se fût trouvée là au moment de la communication de M. de Vaux, elle eût peut-être décidé Précy.
Des actes de dévouement se révélaient constamment. Dans cette môme nuit du 5 au 0 septembre, un courageux Lyonnais, nommé Charcot, avait obtenu du représentant Gauthier, à l'insu de Dubois-Cranco, Taulorisation d'une
!. Vallès, Réflexions historiques^ p. 8V.
2. Vallès, p. 23. — Ce fut alors que le quartier ^^énéral fut transféré àTHôtelde Ville.
44)4 l'insurrection de lyon en 1793
nouvelle tentative de pacification. Il arriva au poste de Cuire où venait de rentrer, après le conseil de guerre, Tadjudant-général Burtin de la Rivière qui le fit conduire dans la matinée auprès de Précy auquel il exposa son projet. Le général se déclara prêt à sacrifier sa vie aux rancunes des représentants. Charcot, pénétré d'admiration pour cette abnégation stoîque, revint au quartier général de la Pape et rendit compte à Gauthier des paroles de Précy. Avec l'approbation de ce représentant il écrivit aux Lyonnais une lettre les engageant à envoyer des délégués aux membres de la Convention en mission. Dubois'Crancé Payant appris eut un accès de fureur et donna Tordre de Tarrèter ^ Cbarcot fut assez heureux pour s'enfuir, grâce à la complicité de Gauthier qui venait cependant de contre-signer son ordre d'arrestation.
Précy se rendait compte que la défense de Lyon était trop passive et qu'une tentative d'offensive s^imposait. Il accueillit donc la proposition que lui fit le vieux M. de Savaron, baron de Chamousset '-\ d'attaquer, la redoute de la Tour Salvagny, avec son bataillon de vétérans, M. de Savaron reprocha avec quelque véhémence au général de ne pas assez contrarier les projets de rennemi et se fit fort de faire sauter la fameuse redoute. Précy y consentit, mais en adjoignant au bataillon des vétérans d'autres bataillons et ses chasseurs, le tout formant une colonne d'environ 3.0J<J hommes '.Il en prit lui-même le commandement, en promettant un poste d'honneur et de danger à l'énergique vieillard qui avait si longtemps groupé les royalistes à Lyon, dans son hôtel de la place Bellecour, malgré les perquisitions des amis de Chalier.
\. Dubois-Crancé donna comme prétexte que Cliarcot commençait sa lettre en appelant les rebelles : « Mes chers compatriotes. » Balleydier, t. 11. j). 76-77.^
2. Jean-Pierre-Guillaume de Savaron, baron de Cbamousset, très énergique malgré ses soixante-dix ans. — V. E. Bonnardet, les Juliaciens au Siffjf (le Lijon {Hevue ilu Li/onnais, t. XXXII, p, 190).