‹ Contre la terreurChapitre 34 sur 400 · L. M. Pcrenon, le Siège de Lyon. Cf. notes, p · texte numérisé non relu

L. M. Pcrenon, le Siège de Lyon. Cf. notes, p

4. Vallès [Héfleûrions historiques, p. 18) constate que cette colonne n*avait pas été rejointe par son artillerie au début.

pagnie de grenadiers du Port-du-Temple ^ Sur le quai la foule curieuse s'était amassée, cachant dans ses rangs de nombreux agents de désordre qu'intimidait le déploiement des forces, mais qui n'en regardait pas moins avec hostilité les « muscadins », comme on appelait depuis longtemps à Lyon les adversaires des Jacobins. Beaucoup fêtaient en effet des jeunes gens restés soucieux d'un peu d'élégance dans leur tenue, d'une certaine distinction de manières, de tout ce qui devenait suspect par ce triste temps de démocratie à outrance. Toutefois la plupart des « muscadins » avaient revêtu Tuniforme de la garde nationale. D'autres, qui retenaient aussi Tattention soupçonneuse des amis deChalier et de Bertrand, ne portaient pas la tenue de la milice citoyenne, mais de modestes effels bourgeois ; ce n'étaient pas des jeunes gens, mais des hommes faits ou des vieillards, qui avaient pris avec résolution leur place au danger. La foule devinait on eux ces aristocrates que Ton disait si nombreux h Lyon, cachés dans d'introuvables repaires. Malgré Tâge, malgré leurs pauvres vêtements, on les sentait de race militaire et de nature énergique. L'un d'entre eux, presque un vieillard, marchait au premier rang de la compagnie de grenadiers; il avait invoqué sa qualité d'ancien soldat pour rester à ce poste périlleux ; sous son habit « cannelle » de coupe surannée; la crosse à l'épaule, la tête haute, il marchait au pas comme à la parade.

L'ancien chef de légion Badger, confiant dans la solidité de son avant-garde, se porte à la queue de la colonne pour presser l'arrivée de l'artillerie dont il ne s'explique pas le retard. La tête de colonne est arrivée à la hauteur de la place des Cordeliers, sans avoir été attaquée; soudain elle reçoit une bordée de mitraille

1. XhUès (Réflpxions historiques) fait une erreur sur la direction des colonnes; il faut consulter le récit <lu Journal de fj/nn, l'article fut rédigé dés le lendemain même et Morin, dans son llisfnire de l.f/nn t. 11. p. "tX\ , l'a reproduit prescjue /// crtetiso.

38 l'insurrection de lyon en 1793

que vient de lui envoyer une batterie ennemie de trois pièces, établie sur le quai de Retz* et sur la culée du Pont Morand, qui fait de nombreuses victimes dans la compagnie de grenadiers. Aussitôt le désordre se met dans les rangs des sectionnaires, le bataillon recule sans se déployer, mais le vieillard à Thabit c< cannelle », qui avait si fière mine, s'est écrié : « Camarades, vous allez vous faire écharper, je suis officier général, voulez-vous que je vous commande? — Oui ! répondent les grenadiers! — Alors, halte-là! » et le général de Sablonet, car c'est lui-môme Cortasse de Sablonet, l'ancien maréchal de camp des armées du Roi, Tancien colonel du régiment de la Martinique, le vieil officier colonial, prend le commandement. Sur ses indications brèves et calmes, les compagnies de tête, puis le reste du bataillon, se dispersent en tirailleurs le long des parapets et des encoignures de maisons, ce qui gêne le tir de l'ennemi et le rend bientôt inefficace. Enfin Badger arrive avec les quatre pièces de canon- trop longtemps retardées et leur fait ouvrir le feu. L'ennemi riposte, il a fait avancer des troupes d'infanterie, qui appartiennent aux bataillons jacobins et qui, mal placées, empêchent leurs propres pièces de tirer.

La fusillade se ralentit du côté des Jacobins, leurs rangs s'entr'ouvrent pour laisser passer un peloton de dragons précédé d un trompette portant un guidon blanc, ce qui indique Tintention de parlementer •'^. Le feu est arrêté

1. Et non sur celle du Pont-Saint-Clair, comme le dit par erreur le Journal de Lyon dans son récit. Du Pont-Saint-Clair, & la hauteur de la hauteur de la place des Cordeliers, c'est-à-dire à la partie du quai qui s'appelle actuellement Textrémité du quai de Thôpital, il y a au moins 1.800 mètres et les pièces de campagne alors ne portaient pas à la moitié de cette distance, tandis que du pont Morand à cet endroit, il n*y a guère que 600 mètres. Stcyert {Nouvelle histoire de Lyon, t. III, p. 510), mentionne que la batterie des Jacobins était bien au pont Morand.

2. Vallès attribue à M. de Sablonet le soin d'avoir envoyé chercher l'artillerie à l'Arsenal. Le Journal de Lyon place cette artillerie en tète de la colonne, au moment de l'attaque. La vérité est qu'elle avait rejoint la colonne en marche et qu'elle put presque immédiatement ouvrir son feu. {Réflexions historiques p. 12.)

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