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L'ENTRÉE DES REPRÉSENTANTS

Pendant toute la durée de la nuit, seuls les mortiers du général Vaubois avaient envoyé quelques bombes incendiaires sur le quartier de Bellecour, on sentait que Tennemi économiserait ses projectiles jusqu'au moment où il préparerait un assaut. Les avertissements les plus alarmants arrivaient au quartier général lyonnais, parfois sous une forme anonyme. Le général estima qu'il fallait cependant en tenir compte et éveiller Tatlention de ses principaux lieutenants. Au point du jour, il écrivit donc à Virieu, Arnaud, Clermont-Tonnerre, Nervo, Burtin de la Rivière et La Pujade :

Général,

C'est sous le secret de l'honneur que je vous confie nos dangers, ils sont pressants; voyez donc dans votre poste ceux qui veulent nous suivre. En cas d'événements, le rendez-vous sera Vaise. Si nous en avons le temps, nous prendrons d'autres mesures. Agissez avec adresse. Je prévois que, cette nuit, il faudra agir. En grâce du secret! 11 pourrait bien se faire que pendant la nuit, nous fassions forcés à cette retraite, mais j'aurai soin de vous faire prévenir à temps, surtout ne souffrez plus de fraternisation, faites faire feu plutôt.

IjB citoyen-général^

PllÉCY.

La journée ne sera point aussi orageuse que je le présumais ^.

\. Archives départementales.

520 l/lNSURBECTION DE LYON EN 1793

Les relations entre le général de Précy et les autoritésadministratives avaient toujours été, sinon cordiales, du moins très correctes, il y avait môme une évidente sympathie entre le commandant des Lyonnais et le nouveau président, Courbon de Montviol, qui, en entendant le canon des Brottcaux, le 29 septembre, s'était écrié en pleine séance, à THôtel de Ville : « Assez délibéré, aux armes, nous aussi! »

11 avait pris rang, en effet, ainsi que quelques-uns de ses collègues parmi les défenseurs de la redoute ChêneletteL Rendu à des occupations moins militaires, le président voyait touslesjours le travail de propagande jacobine inquiéter ou gagner plusieurs membres des corps administratifs et il prévoyait le moment où sa démission lui serait imposée.

Accueilli dans les faubourgs avec froideur parce qu'on le savait étranger à la ville, il ne se rebuta pas et visita plusieurs fois les postes extérieurs en prodiguant les* encouragements de Tautorité civile. Aux séances de THôtel de Ville, Courbon de Montviol proposa sans succès de rechercher et de déférer h la commission militaire les agents de la Convention dont quelques-uns opéraient avec une visible impudence : notamment un chirurgien nommé Bénard, un sieur Fillion, comédien, et une femme jeune, active et assez jolie, véritable type d'espionne dangereuse, nommée M""** Hameau. Ces deux derniers pénétraient partout et Bénard rédigeait les rapports destinés h éclairer les représentants.

C'est ainsi que se répandait dans la ville le bruit que Précy, son étal-major et « ses émigrés >> allaient sortir de Lyon avec les corps administratifs et gagner la Suisse en emportant beaucoup d'or et d'argent dissimulés dans

\. Toute l;i famille Courlion de Montviul, ori^'inaire de Saint-Etienne et très lionnrfibleinent connue, s'était prononcée dès le début hardiment pour les Lyonnais.

les caissons d'artillerie* ; les sections de Bordeaux et de Thionville nommèrent des commissaires pour porter à qui do droit « les vœux pour la paix de la cité ». Dès que Ton connut la sommation de Couthon, les corps administratifs furent accusés de la retenir indûment, le peuple se porta tumultueusement devant Thôtel commun, menaça et injuria les administrateurs; son attitude hostile ne cessa que devant Taffichage de la convocation des sections pour le lendemain matin, 8 octobre, dans la Loge du Change.

Pendant la nuit, les corps administratifs délibérèrent, ils ne doutaient point du vote des sections^. On agita la question de se soumettre ou de se joindre à Précy et à ses soldats pour forcer l'investissement et gagner la Suisse. Celte dernière résolution fut adoptée malgré la proposition de se remettre entre les mains des représentants, comme victimes expiatoires, que soutinrent avec chaleur un jeune artiste de talent, Ponthus-Loyer, et le représentant Béraud ^, qui n'avait échappé que parla fuite au sort des Girondins. Les autorités civiles approuvèrent en principe le projet de sortie.

Le général courait de poste en poste pour prévenir la désertion, tout au moins pour Tenrayer. 11 allait inspecter à la chaussée de Perrache sa cavalerie aux ordres du colonel de Vichy, en lui recommandant d'être prête à accourir au premier appel. Aux Brolteaux, le général de Nervo gardait la redoute Chènelette, avec celui qui Tavait si bien construite. A la Croix-Rousse, Virieu ne quittait pas la redoute Gingenne, dormant près de ses pièces, résolu à en être le dernier canonnier pour arrêter TolTensive de Tennemi. A Vaise, le baron de Fontet avait disparu...

1. Délibération de la section dite de la Convention (ancienne section Saint-Clair).

2. Cependant la section de Guillauine-Tell, décidée à la résistance» fit arrêter et conduire à l'InUel commun les deux commissaires de la section de Thionville qui furent d'ailleurs remis en liberté presqu'aussitôt.

3. Homme fort honorable, ancien juge de paix de Lyon, destiné à siéger sous le Directoire au Conseil des Cinq-Cents.

522 L INSURKECTION DK LYON EN 1793

le lieutenant-colonel Révérony le remplaçait et Précy «avait combien il pouvait compter sur Tancien soldat du régiment de la Couronne. Burtin de la Rivière avec deux •compagnies de grenadiers défendaient Saint-Clair. Les positions les plus menacées restaient Sainte-lrénée et Saint-Just, Précy les visita, le jeune chevalier de Melon s'inquiétait non sans raison des dispositions de son bataillon de garde. Cl erra ont-Tonnerre commandait à Saint- Georges, aussi menacé que Sainle-1 renée et Saint-Just.

Le général en chef y rencontra Rimbergqui avait secoué «a torpeur, tout prêt à redevenir le soldat résolu et le chef entreprenant de l'expédition du Forez. Précy accepta son concours en l'assurant qu'en cas de sortie, ce serait Tancion capitaine de Royal-Auvergne qui commanderait Tavant-garde.

Quand il rentra vers midi à son quartier général, les bombes de la Guillotière^ éclataient, causant leurs habituels ravagés mais du côté des batteries de la Croix-Rousse ^t de celles de la Duchère, le feu avait cessé. Evidemment Tennemi cherchait à endormir de ce côté les déiiances des assiégés et préparait un assaut, a moins qu'il ne complût sur la trahison pour lui ouvrir les portes.

Précy estima qu'il ne suffisait pas d'avoir prévenu ses principaux lieutenants de la nécessité qui s'imposait de i>e faire jour les armes à la main et il rédigea la courte proclamation qui suit, destinée à tous ceux qui reconnaissaient encore son autorité :

Au qu.irticT jjrrnéral,!!' 8 octolire 1703.

Mi:s nuAVEs Frèhes d'ahmes,

Au nom de l'honneur qui nous a toujours réunis et de Thumanité que nous avons défendue, courons aux armes pendant <iue les sections délibèrent et soyons toujours les maîtres de notre sort.

1. « Le feu continua, toute la journée <lu 8 octobre, violent... >> [Rapport imprimé de Coulhon).

REPiaSE DU BOMBARDEMENT 523

Votre général est plus que jamais assuré de la confiance et de Teslime dont vous Tavez toujours honoré.

Croyez-moi, mes amis, défions-nous de ces fausses fraternisations.

PllKCY *.

Averti de son rappel par la rumeur publique, au camp de Moiitessuy, Dubois-Crancé avait dû se rendre au quartier gt^néral de Sainte-Foy et y recevoir communication de la lettre du Comité de Salut public. Devant son dcsesî|)oir, Couthon flt^chit encore et consentit h lui maintenir ses fonctions, sous sa haute direction, à lui Couthon, bien entendu. Dubois-Crancé lui prodigua les termes de sa reconnaissance, ce sentiment ne devait pas durer, car l'ancien mousquetaire dénonça dans les termes les plus violents ii la Convention celui qu'il appelait alors « le plus vertueux des hommes. »

Sur les ordres de Coulhon, le feu reprit, dès 7 heures du soir, dans toutes les batteries de la Convention. Celle de Sainte-Foy, établie depuis deux jours'*, et comprenant quatre mortiers -'^canonna Saint-lrénée.

Le faubourg ou plutôt le bourg de ce nom, formé de propriétés particulières, agrandies de jardins et de bosquets, se relie à la ville par la rue des Anges'* et la porte de Trion. Cette importante position était occupée par trois cents hommes, canonniers, gendarmes à pied et le bataillon de rUnion, venu de Saint-Georges et très diminué par les désertions. Le général Arnaud les avait concentrés dans le carrefour qui est devant la porte et où aboutissaient plusieurs chemins qui vont à Sainte-Foy, à Saint-Laurent,

1. Celle piére se trouve en double aux Archives municipales deTécriture de Champreux et à la Collection Coste {bibliothèque municipale) de l'écriture de Précy.

2. Doppet avait fait placer dans le bois de Sainte-Foy une nouvelle batterie (même document, rapport de Couthon précité).

3. « Le feu continua toute la nuit terrible » ce qui ne parait exact (jue pour les batteries de la Guillotière {Rapport de Couthon).

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