‹ Contre la terreurChapitre 67 sur 400 · Id · texte numérisé non relu

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accusations, temporisations, provocations 81

« Citoyens mes collègues,

« Une maladie inflammatoire, faite des tourments que je me suis donnés sans relâche depuis quatre années pour défendre la cause de la liberté, m'afflige depuis cinq mois et me retient aujourd'hui dans mon lit. Dans l'impossibilité où je suis de me rendre à la Convention, je vous prie de vous faire donner lecture de rincluse; elle vous convaincra de la nécessité de mander sans délai Charlier {sic) à votre barre, non seulement pour le soustraire à la férocité des aristocrates de Lyon, mais encore pour en tirer des renseignements sur les causes des troubles de cette ville ; j'en fais la demande expresse.

M Je demande aussi que Laussel, procureur de la commune de Lyon et signataire de l'incluse, y soit pareillement mandé. Je demande encore que vous rendiez contre le tribunal populaire de Lyon le même décret que vous avez rendu contre celui de Marseille.

« Enfin je demande que la permanence des élections soit supprimée dans toute la République,... car les riches, les intrigants et les malveillants courent en foule aux sections, s'en rendent maîtres et y font prendre les arrêtés les plus liberti-

cides.

u Marat, « Député à la Convention^ »

« L'incluse », comme disait le plus « liberticide » de tous les démagogues, était une lettre de Laussel, procureur de la Commune de Lyon, le complice de Chalier qui, plus heureux que ce dernier, avait pu se réfugier à Paris. Elle débutait ainsi :

« J'apprends, citoyen, par une voie sûre qu'on se dispose à Lyon à guillotiner Chalier, c'est un patriote ardent et pur, etc. » Après avoir fait Téloge de Chalier, Lausset faisait son propre panégyrique, s'étonnant que le Comité de Salut public ne Teût pas encore consulté sur les mesures à prendre. S'il avait été entendu, la Convention

i. Moniteur^ numéro du dimanche 23 juin (séance de la Convention nationale du jeudi 20 juin).

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aurait prévenu les derniers troubles ; il ajoutait avec une présomptueuse naïveté : « Je n'en sais pas les détails, mais je sais très bien que le département est contrerévolutionnaire, que le district a pour son lot quelques meneurs un petit peu aristocrates et surtout intéressés. » Après avoir énuméré ses griefs personnels contre son successeur et deux de ses collègues, il déclarait qu'il les « altérerait » en plein comité (sans doute avec les procédés chers à Chalier),.. Il faisait ensuite allusion à Fréminville et à ses compagnons : « Nous avons ici des commissaires des sections à Lyon qui doivent partir demain, ce sont des émissaires pour agir contre la Convention qu'ils ne veulent pas reconnaître. Ne devrait-on pas les arrtHer pour répondre de la tète de Chalier et des autres patriotes emprisonnés à Lyon*? » C'était le système des otages.

A la dernière ligne, Laussel dénonce Roland comme étant réfugié à Lyon. Le renseignement était inexact, car le Girondin qui venait en effet de rejoindre dans cette ville Biroteau s'appelait Chasset, député de Rhône-et- ' Loire '". Dès son arrivée, il s'était présenté à la Commission populaire et républicaine pour l'encourager à persister dans ses idées de résistance.

A Grenoble, les représentants Albitte, Dubois-Crancéet (îauthicr voyaient avec inquiétude se manifester des symptômes de mécontentement local. Deux administrateurs, Orcelet et Royer, avaient été s'aboucher à Lyon avec leurs collègues de Rhône-et-Loire; les membres du Conseil départemental, qui s'intitulait aussi Comité de Salut public avaient rédigé une adresse aux bataillons de Tarmée des Alpes stationnés dans l'Isère. Cette adresse était une pro-

1. Moniieui\, nuini^ro du 23 juin (séance de la Convention du jeudi 20 juin).

2. Chasset, ancien avocat et maire de Viilefranche, avait proposé, en nsi, à la Constituante, que les biens ecclésiastiques fussent remis à la gestion des corps administratifs et que les dîmes, A partir du !•' janvier, fussent remplacées par un traitement en arfjent.

testation contre la victoire de la Commune de Paris et la défaite de la Gironde :

c< Braves guerriers,

t( La Liberté est en péril, des factieux, des intrigants, des étrangers, des mercenaires ont osé investir le temple de nos lois de Tappareil de la guerre et dicter leurs volontés à nos représentants.

« Soldats, la Liberté se relèvera triomphante, que notre indignation s'exhale, mais que nos frontières fixent notre sollicitude. Continuez à les défendre.

« Les citoyens vos frères sont debout à l'intérieur et sauront bien y maintenir l'ordre et la paix, et rendre sa dignité, son inviolabilité à la représentation nationale ^ »

Les troupes manifestèrent au sujet de ce document la plus complète indifférence. Aussi, rassurés et enhardis, les trois représentants informèrent le Comité du département de risère qu'il s'intitulait sans droit « Comité de Salut public » et qu'eux, délégués de la Convention, lui refusaient tout mandat légal'^. Pour intimider la population de Grenoble, prévenir toute velléité d'indépendance locale et préparer la répression des Lyonnais, ils rassemblèrent le dimanche 23 juin la garnison de Grenoble^ et la passèrent en revue'*.

Avant le défilé, Dubois-Crancé, monté sur une estrade, devant l'arbre de la Liberté, prononça une harangue menaçante où il prédisait que la Convention tirerait une éclatante vengeance de ses ennemis.

1. Archives de Vlsèi'e : délibérations du conseil du département, n juin 1793.

2. H. WaUon, la Révolution du 31 mai et le Fédéralisme en 1793, t. II, p. 309.

3. Les troupes comprenaient, sous les ordres du général de brigade Domac, le 59* d'infanterie, le dépôt du 25*, le 6* bataillon des Côtes Maritimes, une compagnie d'artillerie légère, une compagnie de pionniers, un escadron du 5* régiment de cavalerie et un détachement de gendarmerie.

4. Sur la place de la Liberté, à quatre heures de Taprès-midi.

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« Si vous aviez le regard de Taigle, s'écria en terminant l'ancien lieutenant des maréchaux de France, vous verriez les Lyonnais sur leur montagne dePourvières insultant par la pensée un drapeau que vous avez arboré sur les tours du château de Vizille, car Lyon est aujourd'hui le berceau de la contre-révolution... Un tyran voilà ce que demandent nos voisins du Rhône, un tyran avec ses prêtres, ses inquisiteurs, ses bourreaux et ses nobles, un tyran pour manger le pain du peuple, pour boire la sueur du peuple. Malheureux Lyonnais, tremblez ! le jour de la vengeance approche, nous saurons bien délivrer votre ville de ses oppresseurs *...

Les soldats écoutèrent docilement et la population civile, qui paraissait auparavant en communauté d*idées avec son Comité départemental, prodigua au représentant ses applaudissements et ses acclamations^.

Le lendemain, le local des séances du soi-disant Comité de Salut public de Grenoble était fermé, sans soulever le moindre incident. Définitivement rassurés, les trois représentants envoyèrent à la Convention la liste des corps de troupes de la région pouvant former « le camp de Lyon ».

Etat dbs bataillons des volontaires nationaux et des régiments dbs troupes de ligne destines a former le camp

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