CHAPITRE VI
L*idée d'un groupement fédéraliste ne semble pas avoir gagné, tout au moins immédiatement, les autorités lyonnaises, encore mal renseignées sur l'agitation girondine, mais elles se préoccupèrent, dès la première quinzaine de juin, d'organiser une force départementale. Deux commissaires, Martin et Bosment, avaient été chargés par les trente et une sections de Lyon de se rendre au conseil général de Saint-Etienne, sans aucune escorte pour entretenir cette assemblée de « l'affaire du 29 mai * » et des conséquences qu'elle pouvait entraîner pour le département.
Ils s'arrêtèrent à Rive-de-Gier pour faire une visite de condoléances ou, comme on disait alors, « donner le baiser fraternel » au père d'une des victimes du 29 mai, Mortier*. Les députés des sections lyonnaises allèrent ensuite à Saint-Etienne et grâce aux sympathies qu'ils rencontrèrent parmi les modérés de la ville, ils provoquèrent la réunion d'une commission composée des délégués d'un grand nombre de communes auxquels ils firent le récit des événements^. L'abbé Combry,curé du Chambon, fut nommé membre de cette commission, et un homme de loi, M. Richard, procureur syndic de la com-
i. Archives départementales du Rhône. Lettre des commissaires Martin et Bosmont, 24 juin.
2. Martin et Bosmont terminent leur lettre aux secUons par ces mots: < Le mot d'ordre général est Résistance à V oppression, » {Archives départementales.)
3. Cf. article de M. Isidore Hedde, dans la Revue du Lyonnais, t. XII, 1840, il y a quelques erreurs de date.
ÎK) l'insurrection de LYON EN 1793
m une de Saint-Etienne fut appelé à la présidence temporaire de cette assemblée.
Une partie de la population de Saint-Etienne ne cacha pas son hostilité pour la cause lyonnaise. Des réunions tumultueuses devant le local de la commission stéphanoise ne laissèrent aucun doute aux délégués qui en prévinrent les sections.
A Lyon, les corps administratifs semblent avoir voulu répondre à la revue des troupes de Grenoble et aux menaces de Dubois-Crancé par une fête patriotique et militaire sous leur présidence.
Le samedi 29 juin, sur la place de la Fédération (cidevant des Terreaux) Tarbre de la Liberté, un gigantesque peuplier, avait été orné d'un faisceau d'armes, de piques et de trophées de feuillage ; on avait adossé à cet arbre un amphithéâtre à quatre faces. Les places étaient réservées aux autorités lyonnaises qui ne devaient les occuper qu'après avoir salué l'arbre de la Liberté. Plusieurs bataillons de la garde nationale de la ville encadraient la vaste place, celui des vétérans et celui de l'Espérance étaient massés devant l'amphithéâtre. Devant « la Maison commune » on remarquait des détachements militaires des campagnes « précédés de leurs officiers municipaux » « dont l'écharpe parait la bure modeste^ ». Les administrateurs du département et des deux districts, les corps judiciaires, les députés des sections, les membres de la commune provisoire formaient un majestueux cortège que précédait une bannière tricolore et sur le milieu de laquelle se lisaient ces mots : « Loi, Liberté, Egalité, Union. » Hélas ! ce n'était qu'une formule adoptée par des rêveurs... Après une salve d'artillerie des discours furent prononcés auxquels succéda la Marseillaise ou plutôt, comme on disait, l'hymne des Marseillais et selon le journal de Lyon auquel nous empruntons ces détails