‹ Contre la terreurChapitre 73 sur 400 · Journal de Lyon, numéro du 30 juin · texte numérisé non relu

Journal de Lyon, numéro du 30 juin

dithyrambiques : « On regarda avec émotion cet hôtel commun, il y a un mois citadelle formidable, aujourd'hui Sénat respecté, siège des pères du peuple, gardé par l'amour et la confiance. » Le rôve continuait...

Cependant, dès le lendemain, 30 juin, les commissaires se réunirent à l'effet d'examiner les moyens de fournir aux dépenses extraordinaires que nécessiterait la défense de la ville et du départements Des bruits toujours plus inquiétants venaient de Paris, l'hostilité du parti jacobin s'affirmait par les flots d'injures des journaux montagnards. 11 semblait urgent de préparer la résistance; on se borna à un changement d'étiquette. Dans la séance du soir, l'assemblée lyonnaise « arrêta de prendre à dater de ce jour, le titre de Commission populaire^ républicaine et de salut public du département du Rhône-et-Loire^^, Toutes les publications de la commission populaire porteraient en tête ces mots :

République Une et Indivisible

RÉSISTANCE A l'oPPRESSION

Représentation nationale libre et entière

Le parti royaliste, qui avait pris part avec tant d'énergie à la journée du 29 mai, devait accepter définitivement la formule républicaine. Exclus des bureaux des sections, où ils étaient l'objet d'une vague suspicion, même quand ils affectaient de prendre le costume et le langage du peuple, anciens émigrés ou réfugiés n'avaient pu garder longtemps leurs illusions. Lyon restait indissolublement attaché à la République, mais le joug des Jacobins lui était odieux et la population honnête était résolue à lutter pour ne plus

1. GoDon, Bibliographie historique de la ville de Lyon^ pièce 1237. (Extrait du Procès-verbal de l'Assemblée des commissaires desseclions de cette ville, à V effet d'examiner^ etc..)

2. Cette pièce est la première publication de cette commission qui subsista Jusqu'au 31 juillet 1793, où elle prit le titre de Corps administratifs séant à Lyon.

92 l'insurrection de lyon en 1793

le subir. Un grand nombre de commissaires des sections et d'officiers de la garde nationale qui représentaient, en dehors des royalistes, le parti le plus porté à la résistance, émettaient hautement le désir qu'on se ralliât aux autres départements en révolte contre Tomnipotence de la Convention et que Rhône-et-Loire se fédéralisât, avec les Bouchcs-du-Rhône, la Gironde et les départements de Normandie K Pourquoi Lyon ne deviendrait-il pas un centre d'indépendance régionale autour duquel se grouperaient la Drôme, TAin, le Jura, le Puy-de-Dôme et risère2?

Les esprits timorés mais clairvoyants prévoyaient combien ce projet de fédération restait chimérique. Quarantedeux Sociétés populaires des départements de la Drôme, du Gard, de TArdèche et des Bouches-du-Rhône s'étaient réunis à Valence les 24, 25 et 26 juin. Elles avaient formellement déclaré : 1° que la Convention était le centre de l'unité et le seul point de ralliement de tous les Français; 2° que les membres composant actuellement la Convention méritaient la conflance du peuple ; 3° qu'il convenait de vouer à la vengeance publique tous les individus, corps, communes ou sections qui voudraient usurper une autorité attestatoire à la souveraineté du peuple ; 4° Que tout provocateur au fédéralisme devait être voué à l'exécration publique, etc., etc.^.

Devant cette levée de boucliers qu'ils n'avaient pas prévue, la tentative des Marseillais devenait isolée et Lyon ne pouvait guère compter que sur lui-même.

La Commission « populaire, républicaine et de Salut public », désireuse d'affirmer ses intentions pacifiques déclara dans son premier manifeste : « qu'elle ne voulait point élever deux centres de puissance, constituer deux

1. J. Morin, Histoire de Lyon pendant la Révolution^ t. VII, p. 59.

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