‹ Contre le billet de banqueChapitre 13 sur 17 · ET LE CRÉDIT GRATUIT · texte numérisé non relu

ET LE CRÉDIT GRATUIT

Les promoteurs du crédit gratuit étaient de bonne foi. Ils avaient entendu dire par les professeurs, par les financiers, par les hommes d'État, que le crédit est une grande puissance sociale et que le billet de banque est Texpression idéale du crédit ; ils voyaient qu'effectivement avec les billets émis par la Banque de France on escompte des lettres de change, qu'on acheté des rentes, des actions, des immeubles, qu'on paye toute chose, même l'impôt. Ils savaient parfaitement que le billet de banque ne coûte rien à Témetteur, et ils ont dit : « Pourquoi priver des bienfaits « du crédit la grande masse populaire? Démo- « cratisons l'émission, et les capitaux qu'on se a procure gratuitement en créant des billets

a de banque , mettons-les gratuitement au « service des travailleurs. »

Creusez tous les prétendus systèmes de crédit plus ou moins gratuit, au fond vous trouverez toujours cette même superstition, ce môme morceau de papier, le billet de banque. Personne naurait jamais parlé de crédit gratuit si les billets de banque n'avaient pas existé.

Mais ils existent ; on approuve la Banque de France qui peut en émettre à volonté, qui en émet pour près d'un milliard de francs, qui en émettra bien davantage, et les propagateurs du crédit gratuit se donneraient pour vaincus? Non, ils ne cesseront de s^ réclamer d'une institution qui fonctionne, qu'ils prennent pour modèle, et que tout le monde admire : la Banque de France.

Les publicistes qui ne savent ou qui n'osent combattre la doctrine du billet de banque n'ont rien à dire et n'ont rien dit de concluant contre la doctrine du crédit gratuit*

CHUTE DE LA BANQI3E OVEREND GURNEY

« Une banque ne doit jamais immobiliser « les capitaux qui lui sont confiés, attendu « qu'on peut toujours les lui redemander. Elle « ne doit donc commanditer aucune affaire « ni entrer dans aucune société, ni acquérir « aucune valeur sujette à dépréciation ; elle « a en main des capitaux flottants, elle doit « en faire un emploi flottant, c'est-à-dire es- « compter, acheter des capitaux à court « terme, qu'elle puisse toujours convertir en « monnaie, en faisant au besoin réescompter « elle-même les effets de son portefeuille par « d'autres banques ou par des preneurs « qnelconqneB. {Mécanique de l* Échange ^p. 3.)

La grande banque Overend Gurney, de

Londres, avait transgressé ces préceptes connus de tous les banquiers et commis d'autres fautes. Elle vient de tomber. La chute d'une maison si importante a naturellement amené d'autres sinistres et provoqué, avec la panique financière, de fortes demandes de monnaie.

Fortement demandée, la monnaie a renchéri extraordinairement, et le taux de l'escompte s'est élevé comme il s'élève lorsqu'il y a de grandes exportations de métal. L'acte de i 844 aété suspendu, mais sous de sages conditions. (Voir page 80.)

A l'annonce, de cetévénement, jecourus aux journaux, comptant bien que j'y trouverais les accusations habituelles contre la Banque d'Angleterre. Mon attente ne fut pas trompée; plusieurs journalistes de Paris attribuent la crise du marché anglais aux restrictions imposées à la Banque d'Angleterre par l'acte de 1844. C'est une erreur.

Quand même la Banque d'Angleterre aurait été libre, comme la Banque de France, d'émettre une quantité illimitée de billets, elle n'aurait point pu consentir des avances importantes à une maison qui n'avait plus de gage acceptable à fournir. La perte de lu

banque Ovèrend Gurney étaît un fait consommé par lui-même, et il ne dépendait pas de la Banque d'Angleterre, ni de personne^ de supprimer ce fait, à moins d'intervenir par une donation de plusieurs dizaines de millions.

Les négociants, les banquiers, les spéculateurs sont et doivent rester responsables de leurs opérations. S'ils se trompent, s'ils sont imprudents, si le hasard les trahit, plaignons-les, mais vous avez tort de croire qu'il suffirait, pour faire prospérer les affaires et pour prévenir les revers commerciaux, de prodiguer l'émission de l'or supposé. Ce serait trop facile.

15 mai 1866.

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