Contre le brigandage marocain: déclarations en cours d'assises (décembre 1907)
...Il va falloir, messieurs, parler de M. Hervé. Je voudrais 1-e faire sans colère, mais il faudra a^p^e- 1er le dégoût à mon aide. Cet avocat semble n'avoir voulu revêtir la ax>be que pour la salir. Est-il sincère, cet homme ? Je vous avoue que devant «es ^actes et en Tentendant ici j'avais quelque doute. Je me disais que les violences extrêmes sont rarement compatibles avec la sincérité. Je préfère croire qu'après avoir été pris au sérieux par des nedfs, U a fini par se prendre lui-même au sérieux. Sans cela il serait trop méprisable... Ah ! misérable Français que vous êtes î Quelle tristesse et quelle honte !
•vAh ! je plains les .membres du barreau de Paris d'avoir encore un tel confrère. Finissez-en, messieus les jurés, avec toutes ces violences! Voias répondrez oui à toutes les questions qui vous seront posées. Sinon,, il résulterait de votre vierdiict que les soldats français sont des escarpes, des détrousseurs et des bandits...
(24 décembre 1907.)
U'iie expression qui a été dite sous »là robe rougie et pour laquelle vous n'avez rien dit.
L'avocat général Prémont. — J'ai parlé d'un accusé.
M® BoNZON. — L'aecusé a droit à toutes les politesses, surtout quand il est l'homme de bon ton qu'a toujours été M. Hervé.
Le Président Planteau-Delegorgue. — Continuez, Hervé.
Hervé. — Certainement je continuerai, président.
M. l'avocat général s'est demandé si je faisais honneur au barreau de Paris : îe n'aurai pas rinconvenance de lui demander, à lui, avocat général, s'il a fait honneur au parquet général par l'exquise courtoisie de son langage et par la hauteur morale de ses pensées.
J'avoue que je me sens incapable de violences en entendant un réquisitoire pareiL
La société qui va mourir n'a jamais rien camptrts à celle qui sort de ses eïittrailles par un lent et doulouîreux enfantement. Vous êtes dans la tradition, M. Tavocat général. Vous ne comprenez pas plus ce que nous faisons que vos prédécesseurs, les avocats généraux de l'empire romain, ne comprenaienjt l^s pTemieirs chrétiens lorsqoi'ils les injuriaient bassement, les salissaient de leurs grossières i-njures, et loorsqu'ils venaient leur dire, au moment où ils les livraiwt aux bêtes, qu'ils « prenaient des attitudes » ; vous ne nous comprenez pas plus que vos prédécesseurs du roi Louis-Philippe ou de l'empire ne comprenaient notr^ vieux Bldjoqui, à qui ils reprochaient aussi « ses attitudes », attitudes qui lui valurent 39 ans de prison !
Mais laissons là M. l'avocat et ses injures, qui ne relèvent que de ma pitié.
Messieurs les jurés, il me faut vous expliquer d'abord que si mes amis de la Guerre Sociale, notre gérant Merle, notre secrétaire de rédaction Miguel Almereyda — vous le
voyez, toute la maison était poursuivie — ne se trouvent pas ici, à mes côtés, vous vous doutez bien que ce n'est pas manque de courage ; mes amis, depuis sept ou huit ans qu'ils sont dans la lutte, sont régulièrement passés à tabac dans toutes les manifestations politiques. Quoique tout jeunes, ils ont déjà fait de la prison pour leurs idées ; ils ne se dérobent pas, ils sont dans cette salle, ils y reviendront bientôt affronter l'éloquence et les injures de M. l'avocat général. Seulement, nous ne sommes pas des accusés qui se laissent égorger comme des agneaux. On nous a pourstuivis, Galhauban qui est mourant et moi, pour des articles qui avaient exclusiv^nent trait aux affaires du Maroc. On a poursuivi mon ami Merle, le gérant, pour un article de lui aux soldats de TEst, à propos des grèves du Midi, et notre secrétaire de rédaction, Almereyda, pour un autre article à propos des affaires du Midi. Il saute aux yeux qu'il y a là deux affaires différentes.
Je comprends très bien que le gouvernement et le Pajquet général aient désiré mêler Taffaîre du» Maroc et l'affaire de Narbonne ; mais nous emiendons, nous, qu'on n'embrouille pas deux affaires qui n'ond rien à voir l'une avec l'autre. Ce serait trop simple en vérité, de nous poursuivre dix ou quinze fois — nous sommes, poursuivis maintenant sept fois seulement — et puis de ^mêler toui dans une seule poursuite. En tant qu'avocat je dois souvent m'incliner devant les décisions du Parquet général ; en tant qu'accusé, je traite d'égal à égal avec lui, et nous entendons, mes amis et moi, diriger notre défense comme cela nous plaît, sans nous inquiéter si ça plaît ou si ça déplait à quelqu'un.
Ai-je besoin de dire que je suis prêt à contresigner les articles de mes amis ? Mes amis sont poursuivis pour avoir dit aux soldats :
« Vous qu'on appelle à la caserne sous le fallacieux prétexte de défendre le sol sacré
jours prête à nietire son grand sabre au service des opprimés.
Nous verrons bien Ibut à Theurr» s*il est vrai que vous êtes toujours cette naiion-là.
Laissez-moi vous le dire, je regrette pour le parti nationaliste que ce ne soit pas un patriote!, un nationaliste français, un représentant d'un nationalisme même étroit, que ce ne soit pas Dérouîède lui-même qu-i soit venu porter ces accusations devant vous» je le^ regrette pour son i>arti, je le regrette pour les patriotes pour qui le patriotisme n'est pas un patriotisme d'affaires, mais un sentnnent respectable où il y a une bonne dose d'idéalisme.
L'Emprunt Marocain
N^essieurs les jurés, vous conjnaissez le Maroc ; vous le connaissez comme des hommes qui ont leurs affaires, qui ont leurs occupations, qui ne se sont jamais spécialisés dans l'étude des questions africaines. Vous savez que c'est rni pays srrand comme la France, montagneux comme l'Auvergne et la région des Alpes, ensoleillé comme la Provence, avec de beaux pâturages et, dans les régions de plaine, d'assez belles cultures, d'arbres fruitiers et de blé. Les Marocains, qui sont loin d'être des sauvages, y vivent dans une soi te de vague fédération où le sol et les richesses appartiennent théoriquement aux kibus, en réalité, à une aristocratie. Le seul lien qu'il y ait entre tous ces gens-là, c'est le lien religieux. Ce sont des musulmans, des musu^lmans fanatiques, j'en conviens, mais pas sensiblement plus fanatiques que les Bretons de Basse-Bretagne au milieu desquels j'ai été élevé.
Leur ôhef religieux, c'est actuellement le sultan» Abd-el-Aziz, à Fez.
Ce pays, qui a une population dont on ne sait pas exactement le chiffre, puisque les uns l'évalueni à 3 ou 4 millions d'habitants, d'au-
très à 7 ou '8 millions, d'autres à 3Q millions, a tenté de bonne heure les Européens.Les premiers occupants ont été des Espagnols qui sont venus s'établir en face de TEs-pagne ; seulement, ils ont voulu convertir les Marocains à coups de fusils et à grand' renfort de bûchers, suivant la vieille méthode castillane, et comme ils trouvaient en face d'eux des populations abritées dans les montagnes du Riff, ils ne sont pas allés plus loin.
Puis, ce sont les Anglais qui, le long des côtes, ont débarqué leurs marchandisee que dies camelots, la plupart juifs, introduisaient dans l'intérieur.
Enfin, de l'autre côté, par la frontière de terre, sont venus les conquérants, de l'Algérie. Du moment que les hommes que vous représentez ici, monsieur l'avocat général, ont des ancêtres qui ont volé l'Algérie à leurs habitants, cela leur donnait des droits sur les pays voisins, la Tunisie d'abord, le Maroc ensuite... Je volerais la montre d'un de ces messieurs, cela m'assurerait des droits incontestables sur celle de son voisin. Vous aviez donc des droits incontestables sur le Maroc ; seullement - il s'agissait d'en déloger les coneurrrents. Ce fut la grande pensée de M. Delcassé, qui fut l'agent officiel de la classe capitaliste française pendani quelques années.
M. Delcassé traita, en 1904, avec les représentaiits officiels des classes capitalistes d'Espagne et d'Angleterre.
Le roi d'Espagne a signé au nom de la classe dirigeante espagnole ; je crois bien q.ue le principal avantage qu'il en a retiré c'est que la République Française «ne travaillerait pas au développement des idées -républicaines de l'autre côté des Pyrénées.
Le gouvernement anglais donna carte blanche au Maroc au gouvernement français à condfition qu'on lui donnât carte blanche en Egypte,
Il y avait des créanciers anglais qui avaient
prêté de rargent au sultan Abd-el-Aziz... on lui envoy-ait des bicyclettes, des automobiles, des petites femmes ûe Paris et de Londres ; les commerçants anglais de Tanger s'enrichissaient à lui fournir des objets de luxe extrêmement coûteux, ils lui avaient prêté de l'argent à gros intérêts, Abd-el-Aziz, avait emprunté sans compter. Pourquoi compter T c'est son peuple qui devait 5)ayer. 11 fallait désintéresser les créanciers anglais. Un consortium de banques, en tête desquelles figurait la Banque de Paris et dies Pays-Bas, se forma au lenidemain du traité franco-angjais de 1904. pour prêter au sultajî du Maroc ce qu'il lui fallait pour rembourser ses créanciers étrangers, de façon à ce qu'il n'y eût plus que des créanxîiers français. L'emprunt marocain fut de 60 millions : la Banque de Paris émit les titres à 475 fr. ; or, comme elle les avait eus à 400 fr. du sultan; c'est un prem?>r bénéfice net de 75 francs pour chaque titre, soit près de 20 %. Ces titres ont monté en quelques jours jusqu'à 536 francs et il est probable que la banque n'a pas jeté toutes ses actioais sur le marché du premier coup, au moment où elles étaient è 475 fr., qu'elle n'a lâché une partie de ces actions qu'au moment où elles étaient à plus de 500 francs, peut-être à 520 et 530 francs : vous voyez quel fut pour e'ile le bénéfice total de l'opération.
Les concurrents étaient évincés, les créanciers anglais remboursés « la pénétration pacifique » allait se faire toute seule lorsque survint un compétiteur qu'on avait oublié :
l'empereuir d'Allemagne vint à Tanger assurer tapageusement le sultan du Maroc de sa haute protection.
OÙ il est question de M. Schneider, de canons et de caissons.
Cette alerte est d'hier ; elle date de 1905.
Vos journaux, vous vous en souvenez, com-
mençaient à menacer rAUemagne des canons de la flotte anglaise, il y eut une panique, un jour, à là Chambre des députés ; le bruit courut que Tordre de mobilisation allait être donné ; on eut l'air, en tous cas, d'avoir peur d'une guerre, et le gouvernement engagea une dépense de près de 200 millions sans consulter la Chambre. Exactement, 193 millions. J'ai sous les yeux le rapport de M. Messimy sur le budget de la guerre, qui indique remploi de ces 193 millions. Sur cette somme, 137 millions ont été consacrés à l'artillerie. Une bonne partie de la commande alla à la maison Schneider du Creusot.
Dans le rapport de M. Messimy, je trouve un détail qui va vous faire comprendre pourquoi nous tenions tant à entendre M. Schneider.
A la page 225 du rapport de M. Messimy, je lis :
Nous ne pouvons pas cependant, sans vouloir d'ailleurs mettre en doute la probité de personne, passer sous silence la très fâcheuse opération suivante : Comme les établissements constructeurs du service de Vartillerie n'étaient pas en mesure de fabriquer, dans un temps suffisamment court, les caissons destinés à entrer dans la composition du matériel d'artillerie lourde de 155 Remailho, on , se trouva dans Vobligation de s'adresser à l'industrie privée...
Mais, résultat inattendu, et tout au moins anormal, la commande de 500 caissons fut donnée à celui des deux soumissionnaires restés en présence, qui offrit le prix le plus élevé. !
Nous avons tenu à connaître les causes de cette anomalie, et votre rapporteur a posé à ce sujet la question suivante au département de la Guerre :
« Il y a quelques mois {dépenses hors bud^ get) une commande de caissons a dû être exécutée et Von m'affirme que cette commande a
été donnée à une maison (Le Creusot) qui demmiéait un prix pins cher {tâ.500 (f. par (mssan)t qu'un éublissement i$imiti4dre (JElabassement Cail, 10.000 fr. par caisson).
tt Ce fait peu$4l s'expliquer ? »
L'administration de la Guerre a répondu p^er la noie sui'nmïte :
(I Les caissons dont il s'agit sont des caissons 155 C R. Lé but qu^on se proposait en s'adressant à Vindustrie à la fin de 1905 pour cette fourniture était d'assurer^ en raison de la gravité de la situation extérieure, la livraison, au plus tard à la fin de 1906, des 500 caissons nécessaires à Vorganisation en unités de combat des 50 canons de 155 T R qui seront terminés à cette époque par les établissements de rartitlerie.
(( On envoya à Vinspecteur des fabrications les représentants des sociétés industrielles les plus puissamment outillées et on les mit en présence du modèle de caisson à confectionner. Après une étude de la question, la phtp4Xtt des sociétés renoncèrent à la commande ou ne purent accepter les déUds de lia>raisQns^ imposés.
» Deux soumissionnaires restèrent en présence, savoir :
« 1* Schneider et Mongolfier, au prix ferme de l^SQft francs par caisson ;
(( ^* La Société française de construction mécanique, au prix unitaire de lO.OOQ francs environ.
<t Les premiers industriels déclarèrent, ioth tefois, qu'il ne leur était pas possible d'assurer^ avec les seules ressources de leurs usines les livraisons dans les délais imposés et (fu*ils devraient faire appel au concours de la Société des Batignolles et la Compagnie de Fwes'Lille. *
« En présence d'une telle déclaration, et eu égmrd aux grosses difficultés techniques et prt^ifues de Vinstatlatieni de la fabrication des matériels en tôie d'acier oi* nickel, Vins^
pection permanente des fabrications de Vor- Uaerie estima que la Société française de construction inécanique était dans VimpossibUiié absolue de livrer le matériel mis jtn commande dans les délais imposés.
a Si le Creusot^ en effet, avec sa puissante organisation, sa connais^sance de ce genre àe fabrication aéjà installée dans ses usines n'était pas, à lui seul, en mesure de fabriqiter les caissons en temps voulu, il paraissait certain que la Société française de construction mécanique, livrée à ses seules ressoitrees^ n'ayant encore fabriqué aucun matériel âe cette nature et ne possédant, par suite^ aucune installation d*outillage de ce genre ne pourrait remplir les conditions de délai imposées par les circonstances.
« C'est pour ces raisons que les propositions Schneider et Montgolficr furent seules retenues, »
Remarquez, messieurs les jurés, que la maison Cail, qui offrait de livrer les caissons à dix mille francs, devait payer une grosse indemnité s'ils n'étaient pas faits à temps et qu'une maison pareille ne s'engage pas à la légère.
Voici, d'ailleurs, ce que pense M. le rapporteur du budget de la guerre, de la réponse des bureaux de la guerre à sa demande fffexplications :
Ces raisons ne nous ont pas paru bien 'plausibles, et nous estimons qu'on aurait pu ttmt au moins, scinder la commande, afin éten donner une partie à chacune des deux maisons restées en présence.
Rien ne prouve qiie si la Société de construction mécanique a^àit eu la certitude de se voir adjuger une partie de la commande elle ne se serait pas assuré le concours à*m* très maisons pour former un consortium analogue à celui constitué par le Creusot a3}ec les Sociétés des Batignolles et la Compagnie de Pives-Lille.
// nous a paru indispensable de signaler au Parlement cette opération regrettable et critiquable qui est, heureusement, une exception.
Ainsi, dès la première heure, Taventure marocaine rapporte à un groupe de financiers une commission de 20 % sur un emprunt de 60 millions ; à M. Schneider une fructueuse commande de canons et de caissons ; aux contribuables 200.000.000 de dépenses supplémentaires que la Chambre dut ratifier.
Mais les forbans de la finance et de la grande industrie espéraient mieux.
Ils se flattaient de mettre le Maroc en coupe réglée.
Où Ton voit M. Schneider dans tontes les Sociétés marocaines.
En même temps -qu'on lançait l'emprunt marocain, on voyait éclore une foule de sociétés marocaines.
Vous savez, messieurs les jurés, que lorsqu'une société financière ou industrielle se fonde, elle est obligée de déposer ses statuts au moins en deux endroits : au tribunal de comnierce et à la mairie de son siège social. On n'a pas le droit de copier ces documents, mais on a le droit de les regarder. Un œil indiscret a regardé les statuts des différentes sociétés et voici ce que ces indiscrétions nous ont permis de constater :
M. Gautsch avait des établiss-ements au Maroc, les établissements Gautsch. Il les a vendus à M. Schneider ou plutôt il a fondé avec M.
Schneider une société qui s'est d'abord appelée : « Ancienne maison Gautsch ».
La société était représentée par 150 actions de 10.000 francs. Sur ces 150 actions de 10.000 francs, 46 actions de 10.000 francs appartiennent à la maison Schneider et 21 actions de 10.000 francs appartiennent en propre à M.
Schneider. Si bien que la maison Schneider et M. Schneider étaient à peu près les maîtres dans cette société des établissements Gautsch, iTuisqu'ils avaient à peu près la majorité des actions.
Lorsque la Société s'fest reconstituée sur de nouvelles bases, à côté de M. Schneider, qui trouvons-nous comme actionnaire ? Votre attaché d'ambassade au Maroc, M. de Ghérisey. S'il n'était pas si loin, nous l'aurions fait citer et nous lui aurions demandé s'il a payé ses actions. Nous avons fait citer M.
Schneider ; s'il avait daigné se déranger et s'il avait contesté les faits et les chiffres que nous indiquons, nous aurions demandé à la Cour, au besoin par voie de /conclusions, qu'un magistrat instructeur traversât seulement le boulevard du Palais pour aller, en face, au tribunal de commerce, vérifier les chiffres que nous apportons.
A l'assemblée du 23 avril 1904, M. Schneider a fait porter le capital dé la société à 3.500.000 francs, et M. Schneider prenant la parole fait la déclaration suivante à l'assemblée des actionnaires... ce n'est pas nous qui inventons cela :
« En constituant notre société à une époque où les probabilités économiques du Maroc n'étaient connuciS que d'un petit nombre d'initiés, nous avons montré notre confiance en V avenir de ce pays ; mais nous avons ^ pour des considérations que vous connaissez.,. »
Si M. Schneider était venu, je lui aurais demandé lesquelles.
« ... évité de prendre pied sous une forme qui attirât Vattention,
« En décembre dernier, nous vous exposions que le moment semblait venu de prendre un titre qui indiquât Vétendue du champ d'activité que notre société s'est tracé. »
Les actions nouvelles créées pour l'augmen- — 17 — „ .
tâtiori de capital de deux millions sont alots soiiscrites aU nombre de 456 dotions de 1.000 francs gar la Société Schneider^ et au nombre dé £40 par M. Shneider personnellement. Dès lors, la Société prend lé honi de Compagnie Marocain^.
Riais c'est tellement une filiale du Qî'éuAdt qu^on ne rappelle partout que là Société Schneideri
^ faussé par la curiosité^ car cela deveiiàit mtèoressanti nous avons continué à feuiltetet. les statuts des sociétés marocaines et nous avons remaixiué une société qui portélit lé notn peu compromettant d'Agadir* ïmmédiament noke attention a été appelée par cétié singularité que le siège socialde la Société 4gadir était i5, l'ue Pasquier, au siège sôeial de la Société maroicaine de M. Scbneidér.
Nous avons alors feuillet^ les bonnes feuiUêâ pour voir si< par hasaM, la Société Agadir ne ôeiraii pas une doublure dé la Société tnajcocaine^ et nous avons (Constaté, en effet, que les principaux actionnaires dé la dite Société sont 3 M. Schneider^ déjà nommé ; la maison Schneider du Greusot, déjà noîîimée \ enfm la Société marocaine dont je viens de vous parler^ c'est-à-dire encore la .maison Sobnuidér.
dette Société a exactement le même but que ràuk'e^ seulement, elle porte un autre liom ; il ne faut pas que les bons gogos dé confcribuables sachent que c'est M. Schneider qui est dans toutes ces sociétés ; il m faut pas qu'on sache qu'il a des intérêts à la Banque de Paris et des PaysrBas ; qu'il ne peut se fonder une société au Maroc sans qu'il en soit. En tout cas, la Société Agadir a ses statuts au njérne endroit ; si quelqu'un ici ie coiit^ste, il n'y a pas à aller très loin pour le vérifier.
En voici une autre, qui mérite une mention spéciale : .€'est I9. Société immobilière du Marôé et des colonies àftiôàiîiès pour l'a-
ehât ae têi-irâins au Maroc. On en a acheté, en pârticUliôt', dti côté de Tanger.
Dans cette Société, vous aile? trouver vqs agâiils au Matoc ; ils y sont tous^ Voici M. de Sâmt-ÂUlâife, qui était, axi moment âe là loï'ïnâtion dé la Ôoeieté, premier secrétaire dé là lôgfàtibn de B^rânce à Tafigèr, et qui est actuéllèïhôtit encore chargé de « nos » intérêts au Maroc ; M. Mar^nacce davaîlaoei, consul de Frânôêf t*èVéhu dfepuiâ peu en France...
Ndi|S raVôiis cité, puisquHl était en France ; il & est bièîi gardé de venir. VoUs seriez étônnéâ de tl'y pas voir figurer Votre deuxième attaché à la légation du Maroc, M. le oomte de Chérisey, déjà nommé.
Encore uiiè autre Société que j'ai l'honneur de Vous préseiitei* ; ce sera la dernière, pour ne jpàs vous fatiguer : elle s'appelle 1 tJnion dé|s mines mârbcaineè. Savez-vous ce qu'on y trouve ? On y trouve, naturellement, la maison Schneid^sr^ mais vous île dêvihèi^ez jamais en quelle cDhipagiiie ? Eh cômpaèttie de sa rivale^ là ïhë.ison KrUpp, d'Ësseil, la grâîidé fàbriiîue de cjaiiohs aUemahds.
Il est vrai qUe là Gonîëreilde d'Algési^as a récoiîbilié prt^Visoit^erhéht Paria et Bèrtiii, le gôuveinemènt ffariçais îsé ehël^geaht dfe laire ^éghé^ rcrdî^è dans les poi*ts Marocains, à TaidB d'Une police hiardtaihei et assùi'am à tous les étt^ngérS les mêhiès droits (}u*àux Ptahçais daîls rèrilpît^fe d'Abd-fel-Azi^.
Les difficultés étaient aplailifes avec l'AUemôgnè, les Mafotiainâ îi'avaient puis qu'à bien se teîlit'. TôUt ptétexte allait être bon poUi^ iill^âtveiîilr.
La vérité sur le massacre
des ouvriers françaîs
à Casablanca^
L*ôc6à3ibn fût Vite trôuVêè. )je âl juillet, il y eut, â Casablanca, lihë rîxè èiitfè des
Marocains et des ouvriers européens. Les ou vriers ée qui ? De M. Schneider, cela va de soi.
Que s'est-il passé ? Les journaux français vous disent : Il y a eu un massacre de Pran- , çais, il y a eu deux ouvriers français, deux ouvriers espagnols et trois ouvriers italiens tués. Un coup du fanatisme musulman. Pas d'autre explication.
Heureusement qu'il y a un journal en France, en dehors de la Guerre Sociale^ qui, lorsque sait quelque chose, s'empresse de le dire sans se préoccuper de savoir s'il dé plait à la Finance ! C'est le journal du parti .socialiste : VHumanité.
L'Humanité a publié, dans son numéro du 22 septembre, sous la signature du citoyen Longuet, le résultat de l'enquête faite sur les lieux mêmes par le grand journal espagnol El Pais.
Il apparaît que Vorigine de tout le mal se trouve dans les agissements odieux d'un certain nombre d'hommes d'affaires français, qui <sont venus à Casablanca, suivant V excellente expression d'un notable Maure, « pour s'enrichir aux dépens de leur pays et du nôtre ».
Ces individus ont tranquillement ouvert une carrière sur un terrain ne leur appartenant pas et tracé leur chemin de fer à travers des terrains privés sans permission. Toutes réclamations portées à ce suiet ne furent pas écoutées et demeurèrent vaines.
Ils n'hésitèrent pas, dans les mêmes conditions, à faire passer leur ligne de chemin de fer à travers des routes publiques et des terrains privés.
On sait quel est le respect des Musulmans pour les dépouilles mortelles des leurs. Suivant leur conception, la résurrection finale ne pourra se faire que si les âmes des disparus retrouvent leurs corps.
Or, des entrepreneurs n'hésitèrent pas à profaner un cimetière maure en jetant sim-
plemeni de côté les ossements que le tracé de la ligne mettait à découvert. De même encore, ils prirent des pierres dans une carrière qui ne leur appartenait pas.
Si j'avais eu le moyen de faire venir l'enquêteur espagnol qui est allé à Casablanca, si j'avais pu lui payer le voyage, si je n'avais «
pas été assigné aujourd'hui pour un article qui date seulement d'il y a quinze jours, je lui aurais fait attester, sous la foi du serment, les détails qu'il donne avec précision dans son journal. Je ne l'ai pas fait faute de ressources ; je n'ai pas les ressources qu'on avait au procès Zola pour faire venir des témoins de l'autre bout de la France, je n'ai pas les moyens de faire venir des témoins d'Espagne ou du Maroc. Mais ce qui doit vous mettre en garde, ce qui doit donner à l'article du journal YHumanité une certaine valeur à vos yeux, c'est que cet article a paru en première page dans YHumanité et qu'aucun journal français n'a osé le contredire, ni le démentir, ni le commenter.
Voilà l'origine de l'affaire de Casablanca.
Les marins français débarquent à Casablanca malgré les ordres du Gouvernement.
Il fallait venger l'honneur national : l'honneur national était intéressé à ce qu'on vengeât les gens qui avaient, par leurs provocations, poussé à bout les indigènes.
Que s'est-il passé ? Ici, je vous apporte un document tiré du Journal Officiel ; jje l'ai emprunté à un adversaire politique connu pour sa modération, M. Ribot. M. Ribot a pris la parole le 12 novembre dernier ; son discours figure au Journal Officiel, n^ du 13 novembre, page 2.162, M. l'avocat général. Le discours de M. Ribot est une pièce qui, à fnes yeux, a beaucoup d'intérêt. Voici <ce qu'il pense, lui, ancien ministre des affaires étrangères,
lui qui a étHdié l'affaire de près, lui qui est un partisan résolu ^e Texpansion coloniale, voip? ce qu'il pense de la façon dont s'est engagée Taventupe 4e Casablanca :
M. RiBOT. — La vérité, c'est quç Vinçi4^nt s^ produisit à Virriproviste, le con^i^l éi(int en congé, le vice-consul chancelier étq.fit en permiésion, ce qu'ignorait Af. le ^inîsfre 4^^ affaires étrangères (exclama^tion3). Vou^ comprenez bien, M. le Ministre, (}anè quel esprit je fais cette critique f il faut que nos a^f^mistrations comprennent que les lojictionsi n0 sont pas faites ppur les fonctionriàircs (vifs applaudissemejîts). Il ne faut fas qu^ la préoccupation des va^cançes ^^vietirie^ dans ce pays de France, la préoccupation dorninwtç de tous les fonctionnaires, (Nouveau^ agçîaudissements). Quand le f^eu est à la maisqn^ il faut que le fonctionnaire soit à sori po^tc^
Une Jettfe que j'ai rççue hier, 23 décembre, à*un commerçant de Tanger, cpn(lrïn(Ç cette absence singulière de vos deux représentants à Casablanca au moment où le bombardement a commencé :
Au nouvel m, le gouvfirnerriefit va décorer (1) le commis de légation Neuville, fils du cQnsul de Gi^rq,Uar^ qui n'a jamais pu ri^n en faire, et qui, î?«f protection. Va easp 4 Tanger. Sa s^œuT ^st mariée avec Maigret, viçe-consul de Casablanca, J^n V absence au consul jVfaupcrtuis, en corigé en France, M(^i9Tet avait fait vçnir son beau frère à Casablanca pçur Vaider ni En: réalité, c'était pour PQUVoir alUf passer 8 JQur^ à Gibraltar^ chez papa beaupère, assuré qu'il était que le beau-fr^re ne dirait rien de son voyage ^ans permission.
C'est la confirmation exacte 4e ce qu'p dit M. Ribot. Le consul est en copgé, c'est M.
Maupertuis ; le vice-con§ul, M- Maigret, est
en permission sans que le ministre des ai fajrps étrai^ères le aax5lie.
Efc alors, il a fait venir son beau-frère.
^m.^^h "messieurs, que^voii^ cpmiaissiez; leg détails dç cettç affaire. Je v^\;^ 1^\eï\ aller em prison, mais je veux vous renseîgnçf ^^bqrd.
C'est une attitude singulière, comme dirait M. rayocat centra}.
C'est iusiement pendant cette absence, et malgré toutes les recommandations faites — même par ison père — que Neuville, étonn^ de se voir à la tête d'un consulat, se crut tou^ permis, et, grâce à son caractère autoritciire. au lieu de calmer les tiraillements qui avaient alors lieu entre le pacha et les représentants des puissances, excita, au contraire, tellement le$ passions, qu'il fut l^ çau^e certain^ 4e la rixe^ appelée inassç,i;ire, ou périrent 3 I^aU^nSy 3 Espagnols, !? Prmçais, ef qi^ de nombreuço I^drocaim /tifenî J;)il€i$s^s.
Perdant la tête, il qbUgea les^ f^rç,nç^i^ h^^ bitant Casablanca 4 se rçiugier a'^ conmlat oi^^ $i les Marocains avaient voxj^Iu, tous a^r raxent été égorgés. A.'us^itôt Varrivée du Ga^ lilée, il ordonna le bovr^bqvdement ^e la mfile, amenant les résultats que vous savez^ ayant aujourd'hui fait d'un^ ville florissante, un» ville mort^ ; car inutile de le cacher : de rn<me que les î^spaqnols à Ceuta et M^^lUla, nQUS sommes jrrison^i^rs à, Casablanca, emmurée serait mieux, sans aucune comm^n^ication avec Vintérieur, Içs Marocains préférant aller porter huTS grains 4 Maz^agafi que ^'apporter 4es denrées aux Roumis français,.. De nombreu^p négociante eont acculés 4 la faillite et tout çeta à çaus^ 4^ io> bêtise d'un j^unç hommç de 25 ans ! Mule au milieu 4^is mules, bête 4 manger du foin et que Von va décorer fil (i)
Je tipps la lettre à I9, disposition de M- l'a^-
a) Ces} raït : M. d? Neuville » été décoré par Clemenceau le 1«' janvier.
vocat général et de MM. les jurés, cela va de soi.
Je reviens à mon document officiel.
Vous n'avez pas confiance en moi, mais vous avez confiance en M. Ribot. M. Ribot ajoute ceci :
*V ordre donné par notre ministre à V officier qui commandait le Galilée était de procéder avec une extrême prudence en raison des forces insuffisantes de ce navire et, si la vie de nos nationaux était en danger, de les aider en les prenant à son bord ou en les faisant embarquer sur les navires de commerce. Mais de débarquement, non, il ne pouvait pas en être question.
Voois comprenez pourquoi il ne pouvait être question d'un débarquement. Si les marins français débarquent, les Marocains vont s'imaginer — mettez-vous à leur place — qu'ils viennent s'emparer de la ville, et leurs fusils vont partir tout seuls ; il va y avoir fatalement une explosion de ce qu'on appelle, quand il s'agit des étrangers, du fanatisme, et du patriotisme quand il s'agit des siens.
Aussi le gouvernement avait dit : « Vous n'allez pas débarquer vos hommes, parce que, d'après le traité d'Algésiras nous n'en avons pas le droit ; nous sommes chargés seulement de faire la police à Taide de policiers indigènes. » Il s'était borné à autoriser le commandant du Galilée à faire embarquer les commerçants français à Casablanca s'ils étaient en danger.
Seulement, il y avait im jeune homme qu'on va décore/T et qui avait une autre conception "Ses intérêts du pays.
M. Ribot continue :
« Il y a d'autres dépêches que nous ne voyons pas dans le Livre Jaune...
J'ai vu le Livre Jaune, j'ai bien vu qu'il y manquait pas mal de renseignements, surtout
ceux SMX Schneider, et sur les financiers et capitalistes qui ont poussé à la guerre du Maroc.
« ... qui disent qu'à ce moment V oncle du Sultan avait pris sur lui de révoquer le Pacha,.,
Ainsi le Sultan avait révoqué le Pacha parce qu'il n'avait pas pu empêcher la rixe au cours de laquelle des ouvriers européens avaient été tués.
« ... lui avait substitué le Caïd^ qui deux a iours auparavant, à la tête de ses hommes, (( avait protégé l'embarquement des Européens <( sur un navire de commerce anglais ».
Ainsi, le Sultan avait révoqué le Pacha sous lequel la rix6 s'était produite, on l'avait remplacé par le Caïd, qui avait, après la rixe, au moment où l'on aurait pu craindi^e quelque effervescence des montagnards de la région, aidé tous les Européens qui voulaient s'embarquer à le faire. C'était, comme vous le voyez, un Caïd bien intentionné.
Ce caïd investi privisoirement du gouvernement de la ville avait fait une démarche pour dire que si on évitait le bombardement qui n'était ni dans les instructions du gouvernement, ni dans sa pensée, il tâcherait de répondre de la tranquillité ; c'est donc un malheur que le Galilée ait mis tant de hâte à débarquer ces 60 héros qui ont traversé la pZage. Cela nous fait plaisir toujours de voir l'héroïsme, nos cœurs français en valpitent de reconnaissance et en même temps de fierté, mais enfin il faut de la prudenre, le respect des ordres qui ont été donnés. (Très bien ! Très bien I)
Je ne dis pas qu'ils manquaient de courapre, ces 60 marins ; les escarpes qui ont assailli le train d'Etampes n'en manquaient pas non plus, d'ailleurs.
Si cet incidem n'avait pas eu lieu, la ville rf aurait vas été bombardée eï vous pensiez vous-mêmes que nous pouvions débarquer sans coup férir. Ce qui est la vérité c'est que quani on mvoie 3.000 hommes, T^ersonne n'ose les attaquer : nous aurions débarqué sans coup férir^ fait très ra^ fidemen,t VQpération quç vous aviex» jugée néççssqire^ çt nous, aurions peut-être vu hàtçr nçitre évacuation,
(Ribot, 12 novembre Officiel, p. 216^).
M. Ribot, qui est un homme très modéré, app^elle cete un malheur.
Quand les Marocains ont vu, ces marins qui arrivaient avec leurs fusils, il y. a eu une effervescence ; on a cru que c'étaient les Européens qui enviahissaient le ppl s^c^é de TIs- Ipin. Quelques bandes ^^ mont^tg^iards entrèrent d^ns la ville, il y eut dea coups de t]]^ sils et un cominencernent d-e pill^fT^. Aloi'Si sans soinmations, Içs p^vir^s qui se t.rouvaien| en ^nade commencèfrent le bomlJ^rdement, bombardant amis et ennemis, le qu^tier juif comme le quartier musulman.
Vn (( Qazeilles » (n^rpcain :
tes hprrçiirs de Cas{iblancf(
J'arrive à un document émanant (l'un jour^ nal qui certaimement n'e^t pa's susp^ect au point de vue du patriotisme : c'est le Matift.
JL»e Matin qui est plus riche que la G^ierre S^Qçiaie, ayait dos correspondants sur place, ceu^-ci ont envoyé des d-épêcîies qu'il vous faut connaître :
La ville a un aspect lamentable. Les Marocains des tribus ont fui la ville. Les àégâti sont considérahUs • on ne fait pas dix f^çs sans rencontrer un mort lians une mare de sang. Les rues sont déserte^ ; il semble qu'un cataclysme ait anéanti toute la population et
que, vçimgeurs^ nous traversÎQns une ville morte. Devant le^ magasins pillés, des raonr c^aux 4e linge et de vêtements traînent dans le v^i^^eau. ^<i«^
Vair est empoisçnné par Vodeur des cadavres, qui portent des blessures horriHes. Une nuée de mouches les rpngent fit toute la ville est éclairée, même le jour, par la lueur aux étranges reflets de Vincendie. Quant aui rayons du soleil, ils doivent S€ frayer un pç-s^ sage à travers un ciel obscurci par des nuag^i; de fun^éé.
Pans ç^ttç solitude, les coups 4c fusil plew yent encore. D'où viennent ces balles ? Impossible de le s(^voir, Pourtiint. à mon arrivée Iq ville était belle et ensoleillée. Auiourd'hui, c'çst un vaste cimetière.
Çoisablanca, 8 août, — Dépêche de nptf'c secon4 envoyé spécial {réexpédiée de Tanger le iO août, à 11 h. 40 du soir). — Vodeur épouvantable des cadavres en décomposition qui obstruent toutes les rues, Vaspeet de cette ville éventrée par les obus', encombrée de cadavrçs 4c chevaux et de Marocains entas* ses pêle-mêle, jonchée de décombres de tou* tes sortes provenant de pillages de magasins est vraiment terrifiant.
On enfonce jusqu'aux genoux dans le blé, Vorge, VavQine répandus à profusion sur le ^ol au milieu de caisses vides, d'étoffes et objets de toutes sortes. C'est la ruine, la désolation. Toutes les boutiques sont entièrement vidées, laissant béants leurs rayons dégarnis.
La ville (i.rabe n'est plus qu'un mpnçeei,u d^ ruines fumantes. Partout, on rencontre des cadavres de Marocains ballonnés par la décomposition, dans les attitudes les plus inat-» tendues. Ils sont Iç, comme des charognes sur l'équarissage. On va les relever tout à l'heure, car l'atmosphère irrespirable soulève des nawsée$.
J'ai hâte de fuir cet horrible charnier, dont la vision me poursuivra longtemps...
Pendant tout Vaprès-midi, les trouves, répandues dans la ville, ont poursuivi les der* niers combattants marocains. Les léaionnaires ont pris possession de la ville en chantant la Marseillaise, qéraniums et lauriers au bout le leurs fusils. Pendant toute la nuit, les chants ont continué. A peine quelques coups de fusil
ont été tirés. Les tirailleurs sont ravis,
On voit les Arabes à cheval exécuter un grand galop. Leurs coursiers, en bonds concentriques, poussent des charges à toute volée, ils se croient vraiment à une fantasia ; mais leurs coups, parfaitement diriaés, avec des armes de précision à tir rapide, frapvent au milieu de nos rangs. C'est un véritable miracle que nos soldtas ne soient pas atteints.
Mon négociant de Tanger prétend que les
Marocains avaient commencé le pillage, mais qu'il a été achevé par les tirailleurs algériens et les Français.
Ils avaient ta*ès probablement de vieux fusils à pierre, ils caracolaient sur leurs chevaux comme les arabes de 1830 et alors le Gloire — un nom bien symbolique — et le Galilée leur envoyaient des obus de Schneider, des obus de 400 à 500 francs pièce. On en a lancé trois mille dans la journée, qui ont réduit cette ville, une ville florissante, en un vaste cimetière.
Voilà ce que vous avez fait, voilà ce qu'ont fait, M. Tavocat-général, à Casablanca, les troupes françaises, dont vous êtes ici Tavoeat d'office.
Les soudards français fusillent
leurs prisonniers de guerre.
Quelques jous après, VEcho de Paris, journal encore plus patriote que le Matin, publiait la dépêche suivante, qui dut échapper à la censure :
« Les Français ont fait deux prisonniers qui furent interrogés par le général Drude après la bataille. Puis la sentence de mort leur fut lue. Ils pleurèrent, baisèrent les mains du général et se jetèrent à ses pieds^ mais après qu'on les eut obligé à creuser leurs propres tombes, ils furent fusillés. »
Lorsqu'on vit dans VEcho de Paris cette dép^iie, il y eut quand même des nausées, et Jaurès se fit l'interprète de l'indignation publique en écrivant à M. Clemenceau pour lui dire qu'il allait l'interpeller.
Trois jours après, paraissait, dans tous les journaux, un communiqué officiel disant que le correspondant de l'Echo de Paris avait mal vu, qu'on avait télégraphié au général Drude, lequel avait répondu qu'on n'avait pas fusillé de prisonniers.
V Le citoyen Jaurès a eu alors la candeur de retirer son interpellation. Le fait a été démenti officiellement, voyez si «ce démenti vous suffit comme il a suffi à Jaurès, Quand les soldats seront revenus, je saurai, moi, à ce moment-là, si le général Drude a dit la vérité.
Mais en attendant qu'ils reviennent, je me si^is appliqué à lire attentivement les grands journaux, ceux qui ont des correspondants spéciaux ; et alors, dix jours après le communiqué officiel de M. Clemenceau disant qu'on ne fusillait pas les prisonniers, tous les journaux, aussi bien les nationalistes que les autres, publiaient la lettre suivante du commandant Provost, de la légion étrangère, qui a été tué dans une sortie, à Casablanca :
Chère maman,
Nous sommes à peu près tranquilles, au camp, pendant le jour du moins, et la nuit, les alertes se font aussi plus rares. Cependant, nous n*avons pas eu encore une seule nuit sans qu^un petit poste de Vune ou Vautre
fûcè tèçût lu vùilë dès Ma'rDcûifis. bàhs la nuit d'ûmnt'hier, pai^ un brouiltàtd ihtèrisè, Uitè irëntaihè âê fantdssiûs êfÏTÏemii sôrit venus €e heû)^iér totïtré titi de noÈ petitÉ pusîêÉ, on s'iest tiré â diiÉ paÉ. Le pHil poste n'ô eu pëf^ànne d'atteint ; lèé Mdi-dàaifis ôfit laissé ufi mott éi ufi htèsàé ; niài^, selàh leUr coutume, ils ont dû emporter^ d'autres morts et iî autres blessés;, car tes flaques de cmg étaient nombreuses. Le blessé a été amené àii milieu du campi, prèà du poste de poli je. Il n'a cessé de montrer le poing aum hornmes de garde^ sc^ns doute pour se faire achever, mais nous V avons envoyé^ dès ce matin, au càmmanaant de la place pour être interrogé et exécuté.
Lô lêtldemkin ou lë.sUrîôïidémâin, ce commandant qui faisait interroger ses prisônfiièrs dé gfuéfrô et léâ faisait exécuter, inôuràit dans une softié d'Ufi éôiat d'obUs, et nous taôc-s \itié miïé (Ju^tm soldat écrit à s^ famille, leitte (^ui â pût'n dilns Uti jouïTiâl du Poitou, où il l*acôftt6 qu il à vu mourir lé coîïimandant ProVôst, qui à eu le dos lâbôiiré par un éclat d'obus parti d'un navire français qui tirait, a,e loin, à six kilôttièti?eS, dâtls le taâ, pour dégelgei' les trdttpes françaises.
Et 4^elqUes lôurâ après encore, VAgèriûe HâVas publiait la dépêche sUivtote que tous iêâ jourtiàujc ont reproduite et qUe les correspondants parilôUliérs de ï'Echô de Paris et du Matin ont confirmée ; ici, il n'y a pas du de démenti :
A ti-ois kilomètms au-delà de SidlMoumèfi, quelques goumiers sont tombés sur douz0 cavaliers arabes et treize fantassins quHls chargèrent. Les cavaliers s'échappèrent, mais lès gàunïîé^s tuèrent un fantûsàin et firent si± pHsôhntéH. Ils fappbttefent ûUÉsi les séuîèà àfràés âè là omdé, i^ul àônsistâièfil en t«n )iUHx fusil MàHlni déftïodé, Uûe bàîoniiette iithéè sur Un hàtofi et tirais toh^s fusils ârû-
bes. Après un interrogatoire, les prisonniers ont été conduits à là côte sous une escorte de gourniers, puis fusillés pour avoir été trouvés dès ùrmé's à ta fnâih.
Gomme vous . le voyez, on ne fusillait pas les prisonniers 1
A partir de ce moment-là on a décidé de prendre des otages (M. Pichon^ votre ministre, des affaires étrangères^ appelle cela des délégués), on a pris des délégués des tribus voisines, on a pris des otages, on les t gardés, et les tribus craignant qu'on ne fît aiik otages ce que les Prussiens menaçaient de faire aux otages français si, par hasaîxl^ on leur tirait dessus d'un village, rie bougèrent plus du côté de Casablanca.
Seulement comme dit mon négociant de Tanger, les Marocains se sont abstenus d'envoyer leurs produits au marehé de Casablanca; ils orii rriis ce port en quarantaine et ils gaurdènt aux roumis français uiie haine féroce que les concurrents anglais et allemands sauront exploiter pour le plus grand bien de leur commerce.
Commenl Oû civilise les Beni-Snassen^
Il n'y aVait plto i?ién à faire dU ô&fé dé Casablanca, d'àutafat plus que la cônféi*eiiëè d'Âl^siras iavait às&Uré une é^lîté de traitement aux càpitaliëtéâ de touteis lôs tiatioiis d'Europe.
liés forb&ns dô la ptiîSsËhce française s^ rejetë^ent alors d'un autre fcôté.
, A Alg-esii^as, la dit)ldtnatie fràiiçaise slVajt bbteilu un avantelge sérieiix. Bous prétexte qii'il y a 1.200 kilomètres de frontières éommuilës entre l'Algérie 6t le Maroc, les fiégoî3iatéuirs ft^il(Jâdà kvkiéhl éblehti qUè de ce c6té*là on tôcoilhùt à là FMtliîiè, fe'ésl-à^aifè à Schilëtdet» fet Gié, àhé dràife Çartîctiîiéfts.
Quels avantages pouvait-on poursuivre de ce côté-là î
Quand on sort d'Algérie, après avoir quitté à Tlenicen le chemin de fer qui longe toute la côte d'Algérie, qu'on veut pénétrer au Maroc, poxir aller vers Fez, il n'y a qu'un passage : c'est celui par où sont passés tous les conquéj^ants qui sont allés au Maroc ; c'est le passage qui est entre les montagnes qui bordent la côte et le massif de l'Atlas qui est au sud.
Pour arriver à Fez, il faut passer par Ouljda et Taza ; il y a 400 kilomètres environ entre la frontière algérienne et la capitale marocaine.
C'est sur cette route, la route de Taza, que la bande Schneider et Cie jeta son dévolu.
Quelques mois avant, un médecin français, le docteur Mauchamp, avait été assassiné à 500 kilomètres de là dans le sud du Maroc.
Des Musulmans qui m'ont écrit (car depuis deux jours je reçois des lettres de Musulmans), prétendent que le docteur Mauchamp a été tué — ceci, je ne vous le garantis pas — parce qu'il violait dies femmes arabes. Remarquez que je ne vous garantis pas le fait, mais en tout cas, il s'-est produit à 500 kilomètres d'Ouljda...
Dans un vaste pays comme le Maroc, qui est grand comme la France, qu'un médecin un peu aventureux^ soit assassiné, c'est un accidienit regrettable, mais qui ne prouve rien contre les Marocains, cela peut vous arriver à vous ou à moi sans quitter la France.
Alors nos financiers et nos hommes politiques, ceux qui, comme M.rambassadeur Millet que vous avez entendu hier, aiment la grande politique d'affaires, le vol à l'américaine, se disent : « Voilà le moyen de nous approcher de Fez ; du moment que le traité d'Algésiras nous a ouvert la porte de ce côté-là c'est le moment d'agir ; vous avez tué le docteur Mauchamp à 500 kilomètres de la frontière algérienne nous allons nous empareir U'Ouljafa,
qui est près de cette frontière, sur la route de Pez. »
Je savais bien qu'on n'allait pas s'en tenir là ; aussi n'ai-je pas été surpns lorsque fai appris, il y a deux mois, par tous les journaux, que la hribu des Beni-Snassen avait l'air de se comporter assez mal depuis quelque temps. Je me suis dit : « Les Beni-Snassen sont sur la route de Taza. Cela va leur porter malheur, » Je ne me trompais pas. Sou-s prétexte qu'ils avaient commis quelques déprédations sur d'autres tribus marocaines, amies des français, les autorités militaires françaises d'Ouljda leur ont infligé une amende de 5.000 francs.
Vous avez vu cela dans vos journaux, et cela vous a semblé naturel : voilà des gens qui pillent leurs voisins, on leur inflige 5.000 francs d'amende ; c'est justice.
Mais attendez la fin. Les Beni-Snassen ne se pressant pas d'apporter les 5.000 francs, on leur envoie une colonne : c'est la première sommation avant la saisie. On avait dit à la «olonne : « Vous irez faire une promenade dans le pays et vous ne tirerez pas. » Naturellement, il y a eu des coups de fusils tirés, du moins on nous l'a raconté.
On a donc continué à no^us envoyer des bulletins de victoires, et voici ce que j'ai appris par mon jouirnal de prédilection, Le Matin, le 7 décembre :
La victoire d'Ahrball
Après un moment d'arrêt à Ahrball les premiers échelons reprennent leur marche en avantf se dirigeant vers la maison du caïd Si Mokhtar Boutchich, chef du mouvement insurrectionnel dont le frère fut fait prisonnier il y a huit jours, dans les conditions que je vous ai indiquées.
Cette maison est occupée par des troupes de Beni-Snassen. On approche à 900 mètres.
A ce moment^ un coup de feu est tiré de la mai&on sur nos troupes. Cest^le sional d'un engagement qui ne tarde pas, à devenir général.
La section de mitrailleuses du 2* zouaves est aussitôt mise en batterie ainsi aucune section de 80, commandée par le lieutenant Guiot- Sionnet.
Le feu est ouvert sur des haies de cactus entourant la maison qui se présente sous la forme d'un vaste cube de maçonnerie rou^ gedtre, couleur du terrain.
La section de 80 bombarde ensuite la maison, y produisant de larges brèches avec ses obus à la mélinite.
Les coups de canon de 80 ne coûtent que 15 francs pièce. C'est pour rien. M. Schneider ne doit pas faire ses frais.
La maison du caïd ayant été définitivement déblayée^ le lieutenant du génie Poitevin s'y porte pour la faire sauter avec des pétards de mélinite. Une série de formidables explosions se produisent, anéantissant la maison qui n'est bientôt plus qu'un monceau de ruines.
Cette maison est un véritable bordj fortifié^ dont les murailles ont un mètre d'épaisseur. A rintérieur la plupart des oblets ont été enlevés. Cependant,, on retrouve deux caisses de cartouches intactes, de la poudre^ des balles et tout un matériel pour confectionner des cartouches. Deux cents poules^ deux ânes et de nombreuses jarres de beurre font la joie des légionnaires et des tirailleurs.
En MOUS retirant, nous avons incendié les trois groupes formant les villages d*Ahrball et son marché. D'immerbses colonnes de fumée montent dans le ciel, se confondant avec celles produites par l'éclatement des^ obus.
Toute la montagne est en feu.
Comprenez-vous, messieurs les jurés, pourquoi le général Lyautey vient d'interdire aux
correspondants de journaux de suivre ses colonnes ?
Le journal le Libéral <ÏOran, du 2 décembre, que je reçois à Tinslant même, d'un ami inconnu d'Oran, nous raconte comment l'on traite les prisonniers : ' .
Mamia, 2 décembre, 9 h. 15 m.
La tranquillité et la coniiance renaissent à Marnia. La population est heureuse, et en quelque sorte fière de voir arriver des prisonniers. Parmi ces derniers, Vun a exactement 12 balles dans le corps. Le cas n'est pas banal. Il a déclaré, du reste, en riant, quhl n^a pas encore envie de mourir.
Un autre a un genoux cassé. Furieux d'être un peu trop secoué, il dit en très bon français au légionnaire qui le tenait : « Si f avais un fusil, je te f,,, trais une balle dans la peau ! )) '
Ce à quoi le légionnaire a répondu par un coup de baïonnette au défaut de Vépaule.
Vous voyez la scène 1 On amène les prisonniers : l'un a douze balles dans la peau, Tautre a un genou cassé. D'après le journal, on secoue ce dernier irès brutalement. Il menace, \\ dit : (( Si j'avais un fusil, je vous tuerais, je vous foutrais une balle dans la peau \ » Immédiatementt un de ces tirailleurs algériens dont le courage, l'héroïsme et les vertus chevaleresques faisaient, tout à l'heure, vibrer le ciœur , et les cordes vocales de M. l'avocat général, lui donne un coup de baïonnette dans l'épaule. Inutile de vous dire que le journal d'Oran n'a pas un mot de protestation contre cette infamie.
Les dessous financiers
de la campagne contre les Benî-Snassen.
Les Beni-Snassen commençaient à me sembler intéressants, quand je reçus d'Oran la lettre suiante, que je tiens aussi à la disposition de M. Tavocal général et de MM. les jurés : ^
Mon cher Hervé^
Je crois utile de vous ^signaler les choses inouïes qui se passent ici. Vous êtes loin^ à Paris, de vous douter de la canaillerie qui règne dans certains milieux civils et militaires de VOranie.
Une dépêche allemande^ reproduite par la presse française, affirmait que les événements dVuljda étaient dus à la provocation d'agents français. Eh bien, la chose est absolument vraie. Voici ce que je viens d'apprendre ici même.
Tout d'abord, il faut vous dire que Vexpédition marocaine a été non seulement voulue, mais préparée par un militaire, le général Lyaute]i^ et tme bande de capitalistes et de politiciens d'Oran, parmi lesquels M. Bastos, le grand fabricant de cigares d'Oran. M. Trouin, le député dVran, est le politicien de la bande qui se charge de pousser Vaffaire vis-à-fois de Vopinion publique, et d'acheter toute la presse.
Mais pour que cette affaire réussît, il fallait un prétexte. Comment le faire naître ?
Voici comment ces inessieurs s'y sont pris.
Un homme ae la bande^ M. Muller^ ache- , ta aux environs d'Ouljda, certains terrains et y installa un rendez^vous de chasse. Les journauj: qualifient ce pied'à-terre de ferme. Cest
de cet endroit que devait partir la provocation qui fustifierait Vexpédition du général Lyautey. Ces messieurs, et surtout M. Trouin, le député, se rendaient souvent à cet endroit et enquêtaient les Beni-Snassen afin de savoir si ceux-ci avaient des armes. Ils apprirent que cette tnbu n'était nullement armée.
Comment faire admettre la provocation s'il était avéré que ces marocains n'avaient point d'armes ? Il fallait donc les armer. On envoya des agents chez eux, avec mission de leur pro" poser des armes. Les Beni-Snassen acceptèrent. SaveZ'Vous quels sont ceux qui armèrent les tribus ? Tout simplement MM, Bastos, Trouin et Cie, Ils firent charger le bateau Le Zénith d'une quantité de fûts contenant des fusils et deà munitions de guerre et la cargaison conduite par le commissionnaire de M.
Bastos, un nommé Leca, se dirigea d'Oran vers le Maroc, Cependant, l'affaire avait été éventée et il pouvait arriver une vilaine histoire. Le général Lyautey s'assura immédiatement le concours de certains chefs de la marine, et voici ce qu'on décida : Pour bien prouver que la contrebande de guerre était sévèrement réprimée, deux bâtiments de la marine devaient donner la chasse au Zénith, mais avec mission de ne point le couler et de le laisser débarquer ses munitions. Un petit bâtiment de guerre, le Turky, accompagnait le Lalande et le Galilée qui poursuivaient le Zénith. Ce fut, en effet, le Turky qui canonna, pour la frime, le Zénith de M, Bastos, Et quand le procès-verbal de saisie eut lieu, les munitions avaient été débarquées tranquillement et parvenaient, le lendemain, aux Benv Snassen,
Nos Marocains étaient donc armés. Il fallait établir la provocation. Au rendez-vous de chasse de M. Muller, près d'Ouldjà, on prépara le coup. Sous prétexte de chasser, on flanqua quelques coups de fusils aux indigènes.
Des Marocains, dont on s'était assuré le
concours, tirèrent, sans atteindre personne, bien entendu.
Les autorités militaires infligèrent une amende de 5.000 francs aux Beni-Snassen pour ces coups de fusil quHls n'a:vaient point tirés. Bien entendu ils ne voulurent point payer.
Alors on s^empara de leurs bestiaux, 11$ ne ripostèrent point. Que faire ? On paya des individus (indigènes) qui devaient venir tirer sur la ferme [rendez-vous de chasse de M.
Muller). En effet, le 24 après-midi^ à la sjuite de trois ou quatre coups de fusil, le fermier se retira avec sa famille, après un copieuse déjeûner, jusqu'à PortSay. Parti vers trois heures, il arriva bien tranquillement au village sans être le moins du monde inquiété. Le tour était joué ; il y avait provocation et Vexpédilion commençait. Cest alors que les Béni- Snassen, poussés à bout, se défendirent. Vous connaissez le reste.
.Voyez, mon cher Hervé, le parti que vous pouvez tirer de ces renseignements, à Vheure où Vhistoire du Maroc peut déterminer un conflit. Vous pouvez croire à Vabsolue véracité de ces faits, je les ai puisés à source sûre.
Au risque de compromettre (1) mon correspondant, je vais vous dire son nom.
Cette letke était signée GirauU. GirauLt, c'est le nom d'un camarade révolutionnaire qui était en tournée de conféorences dans la région d'Oran.
C'est une source suspecte à vos yeux, c'83t entendu, et je m'empresse de vous dire que je comprends très bien que vous ne pouvez pas attacher à ce document la même valeur qu'au
(1) Par suite d'une manœu\Tc malpropre de TAdmiiiistraiioaii dès Bostes,stylée par la -olice de M. Clemenceau, Girault, cité comme témoin, Ti'a. pas pu venir déposer. Quelques jours après, on l'arrêtait brusquement sous rinculpatioai de provocation des militaires à la désobéissance, pour des propos qu'il aurait teous trois MOIS AUPARAVANT à Epemay !