‹ Contre les barbares, 1914-1915Chapitre 14 sur 34 · LEUR MENTALITÉ · texte numérisé non relu

LEUR MENTALITÉ

défauts sont grands, nous n'avons pas leur ténacité d'organisation haineuse, nous n'avons pas couvé comme eux quarante-quatre ans la guerre ; mais quel réveil magnifique, quelle union des cœurs, quel élan du peuple en armes !

Une nation qui comme l'Allemagne méconnaît à ce point son adversaire, qui témoigne à son égard une si grossière erreur de psychologie, a beau entretenir des milliers d'espions» tenir à jour avec minutie des fiches de renseignements, cette nation-là accuse son infériorité mentale. Les plus beaux plans de son état-major, l'entêtement farouche de ses colonnes d'assaut risquent de se briser, du fait de cette erreur, contre le ressort, le grand ressort d'acier bandé en catapulte de la France.

Le kaiser voulait dîner à Paris le onzième jour de la campagne, et il avait tout concerté : les convives, le restaurant et le menu. Seulement, il n'avait pas prévu la résistance des Belges et encore moins celle des Français. Lui aussi nous ignore ; pas plus que son peuple, il ne nous connaît ni ne nous comprend.

Doit-il s'étonner si la salle du festin s'écroule et si la main de feu trace sur la muraille : « Mané, les jours de ton règne sont comptés ; Tliécel, tu as été 'pesé dans la balance et rejeté; Phares, ton royaume sera démembré. »

L'empereur et l'Allemagne avaient compté sans leur hôte.

LA. FOLIE ALLEMANDE

Mais pourquoi mentent-ils comme cela?

C'est stupéfiant ! Voilà tout un peuple atteint de la contagion du mensonge. Et ce peuple n'est pas composé de femmelettes hystériques et d'enfants peureux, mais d'hommes lourds, gras et barbus, d'hommes vraiment forts.

Car l'Allemagne voyait hier encore son industrie et son commerce florissants. Elle fabriquait énormément d'enfants, elle vivait d'une vie riche. Elle possédait et possède une armée redoutable, qui manœuvre et combat avec une précision d'automate.

Quand on compte parmi les grands peuples du monde, pourquoi, diable! mentir, et ne pas laisser ce subterfuge aux faibles?

Mentir, ils ne font que cela du matin au

soir. C'est plus fort qu'eux, on dirait une épidémie nationale. Leurs commerçants, lorsqu'ils glissaient leurs produits médiocres sous des marques suisses et françaises, mentaient; leurs innombrables espions, commis exacts, contremaîtres modèles, mentaient.

Voyez cet homme en uniforme : œil dur et faux, moustaches en crocs, air soucieux : c'est Guillaume II, l'impérial menteur, le menteur par excellence, l'homme qui, le premier jour, a menti au tsar, et qui aujourd'hui ment au président Wilson. :

« Je vous dénonce, télégraphie-t-il, ces cruels Français qui emploient les balles dumdum ! Et aussi ces affreuses femmes belges qui crevaient les yeux de nos soldats. »

Mensonges! Mensonges!

On a frappé. Qui est-ce qui entre? C'est M. de Bethmann-Holweg, chancelier de l'empire. 11 s'incline :

— Sire, voici le rapport que Votre Majesté m'a ordonné de faire parvenir aux États- Unis.

Et il déclame un tissu d'invectives contre

LA FOLIE ALLEMANDE

la France, qui voulait violer la neutralité de la Belgique (voyez- vous cela!); contre la Russie, qui s'est refusée (petite méchante !) à maintenir la paix si chère au kaiser, et enfin contre l'Angleterre, qui a pris de si mauvais prétextes pour rompre.

Mensonges ! Mensonges !

Passons dans les rangs d'un régiment prussien. Les ofiSciers préviennent leurs hommes que « la campagne sera courte et facile, puisque les Français sont des ramollis et des lâches, ce qui ne les empêche pas de fusiller les prisonniers » .

Mensonges ! Mensonges !

Entrons dans ce bureau de journal : des messieurs, qui ont l'air de serpents à lunettes, rédigent pour l'édification des gogos les faitsdivers les plus saugrenus : « La France est en révolution; Paris est ren'du à l'heure qu'il est. »

Mensonges ! Mensonges !

Écoutons cette voix qui, dans la rue, passe par la fenêtre ouverte. C'est un maître d'école : il enseigne que nous faisons marcher les

femmes devant les colonnes, égorgeons les petits Allemands joufflus et brûlons tous les villages.

Mensonges ! Mensonges !

Quel vertige s'est emparé de cette nation f Car;, enfin, ce n'est pas naturel. Il faut être fous ou malades : on ne ment pas ainsi par plaisir. Pourquoi mentent-ils, tantôt arrogants, tantôt pleutres, et toujours avec une inconcevable bêtise?

Pourquoi? Je vais vous le dire.

Parce que l'Allemagne, géante au corps d'airain, a des pieds d'argile trop faibles pour la soutenir; ils se fendillent, craquent, et vont entraîner sa chute dans un écrasement formidable. L'Allemagne ment parce qu'elle a une mauvaise conscience. Elle ment parce qu'elle a tort. Elle ment parce qu'elle a peur. Oh! non pas de se battre, car elle n'a jamais craint de mourir et de tuer. Ne lui dénions pas le courage de ses armées, organisées pour Ja guerre sans merci.

Ce dont TAUemagne a peur, c'est d'une chose pire que la mort : elle recule, effarée,

LA FOLIE ALLEMANDE

devant le déshonneur qui flétrira sa défaite et l'ignominie où sombreront ses funérailles. Elle se sent mise au ban de la conscience universelle. Elle tremble devant l'Histoire qui la clouera, râlante, au pilori.

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