LA VICTIME
.portent Schopenhauer, Homère, Nietzsche, la Bible. Nous aimons la France, nous admirons sa peinture, sa sculpture et ses romanciers. Est-ce notre faute si nous sommes forcés de respirer? Nous respirons, c'est simple ! »
Et comme on est des savants, on assassine les femmes; on a lu Schopenhauer, on brûle les enfants; on goûte Homère, on égorge les otages, comme les béliers noirs des sacrifices; on pratique « Zarathustra », on saccage le « pecus » anglais et belge; on médite la Bible, et, peuple élu d'Israël, on passe les tribus au fil de l'épée.
Hs aiment la France? Oui, comme l'ogresse aimait la chair fraîche. Déjà Bismarck aimait nos vins et leurs officiers nos pendules. Ils aiment nos arts, témoin leur joie démoniaque en 71 quand ils crurent que la Commune allait brûler le Louvre. Ils aiment Balzac, Flaubert, Maupassant ; quelle chance pour ceux-là d'être morts; ils les auraient fusillés !
Et la Belgique, ils l'aiment aussi sans doute! Et c'est pour cela que ces dilettantes ont brûlé Louv^in et ses merveilles !
L'Allemagne respire? Mais ce n'est que dans la destruction, la sauvagerie et la mort.
Alors, dame ! alors, il est trop juste qu'appelant la violence, elle subisse la violence. Plus le châtiment tardera, plus elle paiera cher. Tiens, voilà pour Schopenhauer ! Tiens, voilà pour Nietzsche! De quoi te plains-tu? On te traînera par les pieds au char de la victoire? Mais c'est dans Homère, tu le sais bien. Et ta Bible, n'a-t-elle pas dit : « Oui frappe par le glaive périra par le glaive ! »
Tu étouffes? On déchirera la robe de ton unité impériale. De Tair? On brisera ton corset de forteresses. Pour une victime de ta sorte, il n'est qu'une fin digne de toi : qu'aux lamentations vengeresses des innocents immolés, sur les ruines fumantes que tu as faites, on te dépèce toute vive et qu'on te serve, en curée chaude !
LEUR MENTALITE
Décidément l'Allemagne est le moins perméable des pays : crâne dur, front obtus, cerveau muré à ce qui n'est pas l'idée ÛKe : Timpérialisme conquérant. On ne peut lui refuser un idéal : elle en a un, la grandeur de son peuple élu, taillée dans la chair vive des voisins, et s'érigeant sur le massacre et la dévastation.
Ne dites pas que cet état d'esprit est purement militaire; il a gagné toute la nation germanique; je dirai plus, c'est une maladie endémique chez elle. Déjà en 1870, la haine des universitaires, des savants, des pasteurs allemands, cette haine avait arraché à un de leurs intellectuels ce cri du cœur, lors du bombardement de Strasbourg :
38 CONTRE T/FS BARBARES
(( La France était pleine de charme, de finesse, de beauté, mais il fallait une bonne fois serrer ses doigts délicats Jusqu'à ce que le sang jaillisse de ses petits ongles roses. »
Récemment encore, dans les familles les plus bourgeoises, les plus imprégnées de cette bonhomie qui a un nom spécial dans leur langue, les petits enfants de quatre ans déclaraient à l'hôte d'occasion, Français ou Française : « Quand il y aura la guerre, je tuerai tous les Français! »
Voilà comment ils nous aiment, n'est-ce pas, Gerardt Hauptmann?
Mais nous haïssant à ce point, comment se fait-il qu'ils nous connaissent si mal? A quoi servent leurs espions, qui pullulaient encore Jiier chez nous ? Ils avaient des yeux pour relever les plans des moindres localités, ils avaient des oreilles pour entendre tout ce que notre imprudente franchise confessait librement. Et on dirait qu'ils n'ont rien vu, rien entendu. Ils nous ignorent autant que si nous habitions par delà le Kamtchatka, séparés d'eux par des 'mers, des continents, des im-
LEUR MENTALITE
mensités de lieues, ou comme si nous vivions dans Mars ou Mercure.
Et nous sommes à leur frontière; et livres, journaux, va-et-vient des trains, coudoiement de vacances à l'étranger ou dans les stations d'hiver multipliaient d'eux à nous la pénétration. Non seulement ils entraient librement en France, mais ils y vivaient, ils y fourmillaient comme l'acarus de la gale dans les sillons de la peau.
Qu'y faire? Ça n'est pas leur faute : en mille ans, il ne nous comprendraient pas davantage; lourds et obstinés, ils se figent dans leur mentalité orgueilleuse de Barbares, comme les qualifie leur Maximilien Harden, qui s'y connaît.
Un autre Allemand, très Français celui-là, Henri Heine avait dit : « Ils sont bêtes. »
Oui, ils sont bêtes. Cela n'exclut ni la patience, ni la sagacité, ni l'étude, ni même une certaine forme d'intelligence, sauf celle qui pénètre et compare. L'Allemand ne nous connaît pas et ne cherche pas à nous connaître : il trouve plus facile de nous mépriser.
A ses yeux, nous sommes un peuple de filles et de dégénérés ; Paris sert de mauvais lieu à l'univers ; nos femmes sont sans pudeur, nos hommes sont sans vertus. Nous voici la proie désignée pour l'esclavage, le bétail qu'il sélectionnera pour l'élevage ou la charrue.
Vous avez lu les ineffables propos tenus par un général allemand à une vieille Française distinguée, mère d'un de nos chirurgiens :
« Quand vous serez Allemande, lui dit-il en matière de préambule, car vous serez Allemande, Madame, n'en doutez pas, votre nation étant finie, archi-finie... w
Et tous l'ont cru : ces aviateurs qui, avec les obus de leurs « tauben », lâchaient des écrits conviant les Parisiens à se rendre; les officiers et les soldats, dans les lettres qu'ils envoyaient; et leurs armées massives contre lesquelles nous luttons avec un si stoïque courage, et qui croyaient, rien que par la terreur de l'invasion, entrer sans coup férir dans Paris désemparé.
Ah ! comme ils nous connaissent mal ! Nos