PLUS GRANDE, PLLS BELLE
. qui pis est, le croire. Car, n'en doutez pas, il l'a cru. Et ses lecteurs aussi. C'est essentiellement une idée allemande qu'ils font tout plus beau et plus grand que les autres : la qualité, c'est la quantité; le chiffre, c'est le nombre. Tout chez eux doit paraître colossal : l'ineptie aussi.
Car enfin, on pardonnerait à peine pareille prétention aux nègres les plus~ obtus de la plus camuse Afrique, mangeurs de chair humaine, et plus semblables à des singes qu'à des hommes. Et ne croyez pas que notre Philistin se moque de nous et de lui-même, il est de bonne foi. Il est persuadé, comme ses congénères^ que la moindre pacotille allemande vaut les plus beaux trésors du passé, les plus précieux souvenirs de l'art et des- siècles.
Ceux-ci néanmoins, ayant du prix, sollicitent ses cambriolages, ainsi qu'il advint pour le kronprinz à Champaubert.
Mais pourquoi épiloguerV Ce n'est pas eux, Dieu merci, qui reconstruiront la cathédrale de Reims, mais les catholiques de France et
de la chrétienté. Et oserai-je là-dessus dire toute ma pensée?
Je ne souhaite pas qu'on réédifîe trop tôt cette grande merveille. Je crois que telle quelle, dans sa misère injuriée, elle prend un aspect plus éloquent, plus vengeur que rebâtie à neuf..
Il persiste dans les ruines une beauté douloureuse qui parle haut et se prolonge profond. Mutilée, calcinée, la cathédrale de Reims se doit d'attester pendant un certain temps aux fidèles indignés, aux pèlerinages émus de tous les points du globe, ce que des hommes soi-disant pieux, se réclamant de leur « Vieux Dieu » complice d'un empereur néronien, ont su faire d'un des plus admirables monuments, d'un temple qui concentre en lui, exemple sans rival, les traditions de l'histoire, le sacre des rois, l'âme de Jeanne d'Arc, les symboles les plus glorieux de la vie d'un peuple.
Et quand tous les croyants de l'univers auront défilé devant cette ruine consacrée deux fois par sa destination et la barbarie