‹ Contre les barbares, 1914-1915Chapitre 17 sur 34 · PLUS GRANDE, PLUS BELLE · texte numérisé non relu

PLUS GRANDE, PLUS BELLE

dont elle fut victime, alors seulement il conviendra de la relever avec une ferveur qui n'empruntera rien à l'orgueil imbécile de la faire, comme ils s'en targuent, « plus grande et plus belle ».

Il est malheureusement des destructions qu'on ne peut pallier qu'en partie, qu'on essaie de réparer sans y parvenir entièrement.

Le bombardement de la cathédrale de Reims restera, pour la honte de l'Allemagne et pour nos regrets, une catastrophe irréparable.

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Les mêmes qu'en 70 ? Non, ils sont pires. Leurs grands-pères et leurs pèi*es s'étaient montrés cruels, brutaux, pillards; ceux-ci sont atroces. Les soldats de Guillaume P'" et de Bismarck proclamaient que la force prime le droit; les soldats de Guillaume II, de son- ministre Schœllendorf massacrent et brûlent par ordre. Ce n'est plus la fièvre chaude de la lutte, c'est la méthode à froid d'un délire organisé qui, dans l'horrible môme, veut atteindre le colossal !

En 70-71, ils s'exerçaient ; aujourd'hui, ce sont les apaches disciplinés du vandalisme et de la terreur en grand. C'est vrai qu'ils avaient bombardé Strasbourg; mais Strasbourg, vill@

de guerre, se défendait. C'est vrai qu'ils avaient brûlé sa cathédrale ; mais ce n'était pas le crime énorme et tenace qui anéantit une ville d'art comme Louvain ou la basilique de Reims, un des joyaux du monde !

A cela près, ils sont ce que les enfants des singes ou des tigres sont aux types ancestraux, ils font penser à ces fauves que Wells, dans nie du docteur Moreau, suppose, par l'art d'un chirurgien dément^ modelés à notre effigie : ils se tiennent sur leurs pattes, ils ont visage d'hommes, ils accomplissent les rites, ils psalmodient la loi ; mais la bête originelle reprend fatalement le dessus et un jour se jette, efïroyable, sur les hommes véritables pour les lacérer.

Tels, les Allemands dégénérés d'aujourd'hui, car ces civilisés sont des déchus; leur caporalisme à outrance, l'appétit vorace qui les pousse à se faire de la place par le fer et le feu, tout cela montre la folie contagieuse qui, du souverain, à gagné la nation.

Ils ont toujours été fourbes, mais que leur fourberie a donc fait des progrès ! Empereur,

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chancelier, ministre des Affaires étrangères, officiers, pédagogues, journalistes, tous mentent et tous, avec la plus inepte hypocrisie, invoquent la Providence et se targuent de morale et de haute culture.

Sans doute ils étaient orgueilleux de leur force et nous l'ont fait lourdement sentir, mais ce n'était pas encore la démence collective d'une nation se croyant « au-dessus de tout » et capable de tout, pour imposer sa suprématie intolérable à une Hollande et à une Belgique germanisées, à une France démembrée^ à une Angleterre humiliée et à une Russie passive !

Sans doute, c'étaient des goujats; souvent nos parents ont dû, derrière eux^ nettoyer tapis, rideaux comme on lave une bauge; mais comme ils apparaissent plus repoussants aujourd'hui, où quarante-quatre ans de paix et de progrès semblaient avoir reculé la barbarie dans le passé.

Ignobles, certes, ils le furent ; mais là ou ils coupaient le doigt avec la bague, ils tranchent la main ; et qu'est-ce au prix des

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sévices qu'ils iDlligcnt à des femmes, à des jeunes filles, aux ambulancières même, qui soignent leurs blessés avec les nôtres?

Non, non ! Ils sont pires, cent fois pires ! Et c'est cela qui les condamne; à ce degré là on tombe au-dessous de l'étiage où s'arrêtent les criminels, les épileptiques meurtriers, les sadiques pour cabanon.

Comme bien d'autres, j'avais cru que c'en était fini du cauchemar de 70. Après m'être plongé avec mon frère dans cette histoire douloureuse, après avoir vécu ensemble sept années durant, sous l'amas des documents et des recherches, ce passé de sang, de fièvre et d'héroïsme, j'espérais ne pas revoir tant d'heures tragiques. A la fin de ces quatre livres, 6' Une Époque où nous nous étions penchés sur un tel gouffre de misère : l'écroulement d'un empire, la résistance opiniâtre de Paris et de la province dans la pluie et dans la neige, l'humiliante paix et la guerre civile, j'éprouvais l'allégement que dut avoir, en revenant à la lumière, l'imagination du grand Dante échappant m^ ombres furieuses et dé'

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solées, lorsqu'il eut exploré les cercles infernaux dans la barque noire.

Sans doute, la guerre demeurait toujours en suspens, cette guerre que notre modération éludait sans la craindre. Mais qui aurait jamais prévu que le haineux vainqueur de 70 la recommencerait plus hideuse? Qui aurait pensé qu'à l'aube du vingtième siècle il se trouverait un peuple pour commettre de telles infamies, que la plume qui voudrait les stigmatiser hésite de dégoût entre les doigts?

Mais ce n'est pas l'Allemagne au muffle bestial, qu'il nous faut seule regarder : c'est 'a France si belle dans sa régénération, cette France stoïque et pure, qui a vu se lever tout son peuple pour la défendre et la grandir dans l'histoire : c'est notre France, dont nous entrevoyons, avec ferveur, le triomphe final et chèrement acheté.

Alors, devant ce spectacle exaltant, les écrivains de la guerre de 1914 oublieront par quelles fondrières de fange allemande ils d<3vront passer. Serviteurs de l'inflexible vérité, \\h écoi4teront 1^ voi^ de l'impartiale justice.

Haussés par Tambition de rendre un pieux hommage aux morts et aux survivants, l'un d'entre eux, peut-être celui qui signe ces lignes, aura, s'il en a la force, l'honneur de conter aux enfants de la France cette nouvelle épopée des « braves gens » et, cette fois, non plus le désastre, mais la victoire !

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