LA HAINE
•dards bottés, ses savants bouffis, ses journalistes menteurs.
Ah! quelle effroyable responsabilité l'Allemagne endosse !
Ce n'est pas assez de dire que nous voulions la paix. Tous les peuples la voulaient, sauf elle et sa commère l'Autriche. L'univers entier, à ce début du xx^ siècle^ croyait, malgré les grondements d'orage, s'apaisant dans les Balkans, voir se lever l'aurore d'un temps meilleur.
On se disait :
— C'est fini. L'humanité consciente ne consentira plus à s'égorger. Peu à peu, l'Europe comprendra que son intérêt n'est pas de se ruiner en canons, en cuirassés, en armées. On pourra, dans la paix et l'effort, voir s'épanouir les grandes œuvres de la solidarité humaine, le progrès, la science, la beauté, la vie.
Et voilà : ils ont ressuscité la haine. Puisqu'ils nous y forcent, que la Némésis des criminels les châtie ! Elle marche déjà en tête de la France soulevée d'héroïsme.
CROOUEMITAINES ET TARTUFES
Il serait puéril et indigne de nous de nier la valeur de leur armée. Elle apparaît comme une formidable machine de combat aux rouages coordonnés, au^Ç pièces remplaçables ; elle opère avec un automatisme et une puissance qui font penser à cette invasion des Marsiens qu'a dépeinte le magistral roman de Wells.
Que les soldats doivent leur courage à un entraînement méthodique, blocs rigidement encadrés et soudés coude à coude, ou qu'ils obéissent au revolver braqué de leurs chefs, ces soldats font preuve dans l'attaque, en précipitant sans trêve de nouvelles masses sur le corps des masses fauchées, d'un indéniable courage.
Nous ne refuserions pas notre admiration à un adversaire tenace et violent. Nous ne saurions lui reprocher de tirer juste et de frapper
dur : c'est la loi de la guerre, et l'Allemagne, dans un rôle dé guerrière farouche et loyale, pouvait imposer au monde ce respect et cette estime d'ordre très spécial qu'inspire la maîtrise dans un art atroce, mais fatal comme les grands fléaux et comportant son esthétique et sa perfection.
Ce qui soulève un immense cri de révolte, c'est de voir ces soldats agir en bouchers et en incendiaires, fusiller des prêtres, des otages, des vieillards, forcer des femmes à marcher en tête des colonnes^, brûler vifs des enfants, et se conduire en Vandales contre les usines, les églises, les ambulances et les monuments les plus précieux ; ce parti pris de destruction systématique ravale ceux qui l'emploient aux peuples les plus incultes et les plus barbares.
Encore sous cet aspect pourraient-ils, provoquant l'indignation universelle et appelant sur eux l'expiation due à un tel crime, assumer une sauvage et ignoble grandeur; celle qui caractérise les Néron et les Caligula.
Mais il ne suffit pas aux Allemands d'être redoutables, ils veulent paraître terrifiants et