‹ Contre les barbares, 1914-1915Chapitre 6 sur 34 · LA HAINE · texte numérisé non relu

LA HAINE

Voilà vingt jours que la guerre hideuse est déclarée !

C'est leur plus grand crime, après tant d'autres, que de nous avoir appris la haine et forcé, comme dans les temples antiques, à voiler le visage de la divine Pitié.

La haine, nous n'en avions plus pour eux. Sans les aimer, nous commencions à oublier leurs atrocités de 70. Nous ne songions plus à l'Alsace-Lorraine qu'avec une tristesse et des regrets confus. Sans leur stupide oppression vis-à-vis de nos anciens frères, nous aurions accepté plus tôt le fait accompli.

(1; Les articles qui suivent ont paru à ÏÉcho de Paris de Bordeaux, au Bulletin des Armées de la République, et surtout à la Petite Gironde, que je remercie ici de son libéral accueil, autant que du réconfort qu'elle nous apportait chaque jour.

Pourtant, quel arrachement que celui de ces deux provinces, quelle plaie à notre flanc, quels souvenirs meurtris !

Nous nous disions :

— Puisqu'on a tant tardé, la paix vaut mieux.

Pas un Français, pas un, qui ne préférât la paix féconde, digne et forte.

Et ce sont eux, les vainqueurs insatisfaits, les vainqueurs voraces, qui ont voulu et déchaîné sur le monde civilisé la guerre.

Une guerre de brutes hypocrites, préparée comme un mauvais coup et assénée en traîtrise. D'abord, l'appât grossier de la trahison offert aux Belges; puis la violation de leur territoire, et une ruée furieuse sur ce petit peuple désormais si grand dans l'histoire.

Leurs premiers actes sur tout le front de guerre sont des actes de bandits. Ils fusillent, ils brûlent, ils saccagent. Eux, des civilisés? Non, des apaches !

Et voilà la haine assoupie qui renaît; la haine contre ce peuple de proie, contre son César-Tartufe, ses hobereaux rogues, ses sou-

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