SCENE III
L'autorité des Pères et des Docteurs des quatre premiers siècles de l'Eglise vient prouver la croyance a la présence réelle et convaincre une fois de plus l'apostat Chiniquy d'imposture, d'ignorance ou de mauvaise foi.
Le Membre de l'Institut-Canadien.— Vous citez St. Cyrille, mais c'est là une autorité isolée et qui ne prouve pas le sentiment des Pères et des Docteurs de la primitive Eglise.
L'Instituteur. — Si l'autorité de ce saint ne vous si ffit pas, je puis vous satisfaire en vous ar portant le témoignage unanime de
tous les s.iints Docteurs et de tous les saints Pères de la primitive Eglise.
Le Membre de l'Institut-Canadien. — Franchement, monsieur l'Instituteur, je crois que votre tâche sera rude. — Yous ne trouverez pas beaucoup de docteurs de l'Eglise qui pensent comme St. Cyrille.
L'Instituteur. — C'est ce que nous allons voir.
St. Jacques de Nisibe, l'un des Pères les plus distingués qui, en 325, assistèrent au concile de Nicée, s'exprime ainsi :
« Notre Seigneur, avant d'être crucifié, donna de ses propres « mains son corps pour nourriture et son sang pour breuvage. » Serm. 14.
Saint Ephrem d'Edesse est du même sentiment.
« Considérez, mes chers frères, quelle est la crainte respectueuse « de ceux qui entourent le trône d'un roi mortel ; combien, à plus a forte raison, devons-nous paraître avec crainte et tremblement « devant le roi dit ciel ! Quelles doivent être notre gravité et notre « retenue ! Ainsi il ne convient pas que nous portions des re- « gards hardis sur les mystères du corps et du sang de Notre Sei- « gneur, qui sont devant nous. » Paraen. 19. « L'œil de la foi « voit manifestement le Seigneur, lorsque nous mangeons son m corps et que nous buvons son sang y et il ne permet pas une re- « cherche curieuse. Vous croyez que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, « est né pour vous dans la chair, alors pourquoi vouloir sonder ce u qui est impénétrable ? En agissant ainsi, vous montrez votre cu- » riosité et non votre foi. Croyez donc, et avec une foi ferme, rece- « vez le corps et le sang de Notre Seigneur. » De Nat. Dei.
Saint Basile tient le même langage :
« Lorsque Dieu a parlé, il ne doit plus y avoir ni doute ni hési « tation, mais on doit croire que tout est possible, quoique la na. « ture s'y oppose. C'est là qu'est le combat de la foi. De Régula « VIII Moral. ^[. Les paroles du Seigneur : Ceci est mon corps a qui sera livré pour vous, produisent une inébranlable conviction. « Ibid. in Reg. brev.»
Saint Grégoire de Nysse parle ainsi de l'Eucharistie :
« Nous pouvons nous demander maintenant comment un corps « qui est continuellement distribué par tout l'univers à tant de mil-
a liers de fidèles peut être tout entier dans chacun de ceux qui le « reçoivent et rester lui-même entier. Ce pain, comme dit l'apôa tre, est sanctifié par la parole de Dieu et la prière, non que com- « me la nourriture, il passe peu à peu dans le corps, mais parce « qu'il est instantanément changé au corps du Christ, d'après ce « qu'il a dit lui-même : « Ceci est mon corps. » Trat. Catech.
Pour Saint Jérôme, voici son sentiment :
« Moïse n'a pas donné le vrai pain, mais Jésus-Christ seul le u donne. Il nous invite au festin, et il est lui-même notre aliment ; « il mange avec nous et nous le mangeons lui-même. » Ep. 150?
AD HEDIB.
Le forgeron, — s* adressant au membre de V Institut que les citations de V Instituteur rendent piteux . — Vous me faites l'effet d'un homme heureux d'apprendre des choses qu'il ignorait — Vous n'auriez jamais cru, n'est-ce pas, qu'en interrogeant les Docteurs de la primitive Eglise, on pût leur faire rendre tant et de si beaux témoignages en faveur de la Présence réelle.
Le Membre de l' Institut-Canadien, — d'un air piqué. — Je vous prie de ne pas vous fatiguer à deviner mes sentiments et mes impressions.
Le forgeron. — Vous êtes bien aimable, monsieur de l'Institut. Mais je vous porte tant d'intérêt que je ne puis ne pas observer dans quelles réflexions profondes vous jette l'enseignement des Docteurs de l'Eglise. Il est vrai que vous pouvez être tout d'abord plus ébahi que réjoui de toucher du doigt l'ignorance du prêtre apostat dont vous vous constituez l'avocat. Il en coûte toujours de constater qu'on était dans l'erreur. Toutefois, ce n'est là qu'un déplaisir passager. Prêtez une oreille attentive, un cœur docile à la parole de M. l'Instituteur, et bientôt vous serez tout fier, tout heureux d'être en possession de la vérité.
L'Instituteur. — Permettez-moi de continuer la citation des Pères et des Docteurs du quatrième siècle. Voici comment St. Gaudence de Brescia s'exprime sur la Présence réelle dans l'Eucharistie :
« Dans les ombres et les figures de l'ancienne Pâque, on n'immo- « lait pas un seul agneau : chaque maison avait son sacrifice, car « *ne seule victime n'aurait pu suffire à tout le peuple ; c'était aug-
« si parce que ce mystère n'était qu'une figure, et non la réalité de « la passion du Seigneur ; car la figure d'une chose n'est pas la « réalité, mais seulement l'image et la représentation de la chose « signifiée ; mais maintenant que la figure a cessé, celui qui seul « est mort pour tous, immolé dans le mystère du pain et du vin, « donne la vie dans toutes les églises, et, étant consacré, sanctifie
a ceux qui consacrent Celui qui est le Créateur et le Seigneur
« de toute la nature, qui produit le pain de la terre, fait du pain « son propre corps (car il le peut et il a promis de le faire,) et celui « qui de l'eau a fait du vin, du vin fait son sang. » Tract. II, de Pasch.
Dans presque toutes ses homélies, Saint Jean Chrysostome parle de la Présence réelle. Citons-en quelques-unes:
« Croyons Dieu en toutes choses et ne le contredisons pas, lors ■« même que ce qu'il dit semble contraire à notre raison ou à notre k vue : sa parole doit soumettre Tune et l'autre. Ainsi dans les « mystères, ne regardons pas seulement les choses qui sont devant « nous, mais attachons-nous à sa parole, car sa parole ne peut •« tromper, tandis que nos sens sont sujets à l'erreur. Puis donc « que sa parole dit : Ceci est mon corps, soumettons-nous et voyons- ■« le des yeux de l'intelligence. » — Homil. 82 in matth. « Quel- « que soit le nombre de ceux qui participent à ce corps et qui «« boivent ce sang, ne croyez pas qu'il diffère de celui qui est au (( plus haut des cieux, et que les anges adorent.» Homil. 3, in « cap. 1, ad Ephes. u Quelle merveille! la table est couverte de « mystères ; l'Agneau de Dieu est immolé pour toi, et le sang « spirituel coule de la table sacrée. Le feu spirituel descend du « ciel : le sang qui est dans ce calice est tiré de ce côté, ouvert u pour te purifier. Penses-tu voir du pain et du vin, et qu'il « en soit de ces choses comme des autres nourritures ? Que « cette pensée soit loin de toi : mais comme la cire qu'on approche « du feu se consume et change de substance, de même il faut « croire que les mystères (le pain et le vin) sont consumés par la « substance du corps. » Homil. 9, de Poenit. Mais y a-t-il « plusieurs Christ parce qu'on offre en plusieurs lieux ? Non, sans « doute, c'est partout le même Christ ici entier, là entier, un seul u corps. Aussi il n'y a qu'un saul corps, quoiqu'il soit offert en
«* plusieurs lieux, et il n'y a aussi qu'un seul sacrifice. » Homil. •:< 17, in. c. 9. ad Heb.
Le Membre de l'Institut-Canadiem — Tous ces pères et ces doc-, teurs de l'Eglise sont du quatrième siècle. Veuillez, s'il vous plaît> m'apporter le témoignage des saints des trois premiers siècles de l'Eglise. Un seul par siècle suffira.
L'Instituteur. — St. Cyprien, qui vivait au troisième siècle, écrivait au Pape Corneille en parlant de la communion distribuée aux martyrs. « Comment apprendraient-ils à répandre leur sang pour « Jésus-Christ, si avant de les laisser aller au combat, nous ne leur « donnions pas son sang. » Clément d'Alexandrie, du même siècle, écrit dans son Paedagogus : « Mangez ma chair, a dit Jésus- « Christ, et buvez mon sang ; c'est là la nourriture toute particu- « Hère qu'offre le Seigneur ; il nous présente sa chair, il verse son fi sang, et rien ne manque plus à la croissance du chrétien.» Firmilien dit dans sa lettre à Saiîit Cyprien en parknt de ceux qui font des communions sacrilèges : « Ils touchent le corps et le sang « de Jésus -CJirist, tandis qu'il est écrit : quiconque mangera ce « pain ou boira le calice du Seigneur indignement, sera coupable « du corps et du sang du Seigneur. »
Le Membre de l'Institut-Canadien. — Mais je ne vous demande qu'un Docteur par siècle et vous m'en citez trois:
Le forgeron. — Certes, vous devenez bien modéré, bien modeste dans vos goûts ! C'est un bon signe. La lumière se fait dans votre esprit. Plus elle vous éclairera, et moins vous aurez besoin de témoignages particuliers des saints de chaque siècle. Sans établir de rapprochement entre votre intelligence et mon atelier, je vous dirai que plus le foyer de ma forge est ardent, et moins il me faut de chandelles pour m'éclairer dans les jours courts et sombres de l'automne et de l'hiver.
L'Instituteur. — La croyance des chrétiens du second siècle par rapport au sacrement de l'Eucharistie est exprimé par Saint Justin de la manière suivante : « Cette nourriture (qui a été portée « par les diacres) s'appelle chez nous Y Eucharistie. Personne ne ■« peut y prendre part que ceux .qui admettent comme vrai ce qui « est enseigné par nous, qui ont reçu le bain du baptême, pour la « rémission des péchés et la régénération, et qui vivent conformé-
« ment aux commandements de Jésus-Christ. Car nous ne reee- « vons pas ce pain comme du pain ordinaire, ni ce breuvage com- « me un breuvage ordinaire ; mais de même que, par la parole de- « Dieu, notre Sauveur Jésus-Christ a été fait chair, a pris notre « chair et notre sang pour notre salut, ainsi l'on nous enseigne « qu'en vertu de la prière prononcée avec sa parole, cette nourri- « ture bénite, par laquelle notre sang et notre chair sont nourris « au moyen de l'assimilation, est la chair et le sang de ce Jésus « fait chair. Car les apôtres, dans les mémoires composés par eux « et que l'on appelle Evangiles, nous ont rapporté que Jésus leur « avait donné cet ordre, lorsqu'il prit le pain, le bénit, et dit i « Faites ceci en mémoire de moi : Ceci est mon corps, et lorsqu'il « prit le calice, le bénit et dit : Ceci est mon sang, et ne fit part de « cette formation qu'à eux seuls, » Apologie 1. p. 66.
Au premier siècle, Saint Ignace parlant des docètes dont je vous ai rappelé le souvenir il y a un instant, dit dans son Epitre aux. Ephésiens :
« Ils s'abstiennent de V Eucharistie, parce qu'ils ne reconnais- « sent pas avec nous que V Eucharistie est la chair de Notre-Sei- « gneur Jésus-Christ, cette chair qui a souffert pour nos péchés, « et que le Père a ressuscitèe dans sa miséricorde. En contredite sant le don de Dieu, ils meurent par l'effet de leur amour pour « la discussion : mais il serait heureux pour eux qu'ils aimassent « afin de ressusciter ! »
Le menuisier. — J'espère, monsieur de l'Institut, que vous êtes content et que vous savez maintenant à quoi vous en tenir sur la; doctrine des Pères et des docteurs de l'Eglise touchant la Présence réelle dans l'Eucharistie.
Le forgeron. — Vous devez être persuadé que le prêtre apostat est un imposteur qui n'a plus aucun respect pour la vérité. L'histoire pour lui est comme si elle n'existait pas. Il affirme à tort et à travers sans se douter que ce qui est écrit est écrit, et que ce ne sont pas ses discours en l'air qui anéantiront les enseignements des faits passés et la doctrine, la croyance des siècles et des saints qu^ en furent l'orgueil et la gloire.