SCENE IV
Le témoignage des apôtres s'ajoute a celui des pères et des docteurs de l'église pour confondre l' apostat chiniquy.
Le Membre de l'Institut-Canadien. — Mais tous ces témoignages des saints des premiers siècles ne prouvent pas assez. Si vous ne les appuyez de l'autorité des apôtres, je ne suis qu'imparfaitement convaincu.
L'Instituteur. — Je suis heureux de vous donner pleine et entière satisfaction. Les Liturgies des premières Eglises fondées par les apôtres, c'est-à-dire les prières et les cérémonies des apôtres dans l'administration des sacrements, sont, je crois, des preuves irrécusables.
Le Membre de l'Institut-Canadien. — Oui, monsieur.
L'Instituteur. — D'abord la Liturgie de Saint Jacques pour l'Eglise de Jérusalem. Voici la prière que cet apôtre a consacrée pour la célébration du saint sacrement de nos autels :
« Ayez pitié de nous, ô Dieu le père tout puissant ! et envoyez « votre Esprit Saint, souverain Seigneur et principe de vie égal en « puissance à vous et à votre Fils, — qui est descendu sous la forme ai d'une colombe sur Notre-Seigneur Jésus-Christ ; — qui est descen- •m du sur les saints apôtres sous la forme de langues de feu : — Afin « qu'en revenant, il fasse de ce pain le corps qui donne la vie, le 4 corps du salut, le corps céleste, le corps qui rend la santé aux « âmes et aux corps, le corps de Notre-Seigneur Dieu et Sauveur « Jésus, pour la rémission des péchés et la vie éternelle de ceux
« qui le recevront. Amen C'est pourquoi nous vous offrons à
« tous, Seigneur, ce terrible sacrifice non sanglant en ces lieux « saints que vous avez vous-même éclairés par la manifestation du « Christ, votre Fils, etc. »
Le menuisier. — L'apôtre Saint Jacques croyait donc qu'à la consécration le pain est fait, c'est-à-dire devient le corps qui donne la vie le corps de Notre-Seigneur Dieu et Sauveur Je.
sus. Si ce n'est pas là la croyance à la Présence réelle, je ne sais
plus ce que signifient les mots et je déclare ne plus comprendre aucune langue.
L'Instituteur. — L'Evangéliste Saint Marc, dans la Liturgie qu'il donne à l'Eglise d'Alexandrie, prescrit la prière suivante ;
« Envoyez vers nous, et sur ce pain et sur ce calice, votre Esprit « Saint afin qu'il les sanctifie et les consacre comme Dieu tout puis- « sant, et qu'il fasse du pain le corps et du calice le sang dunou- « veau testament de notre Seigneur Dieu et Sauveur, de notre roi « souverain, Jésus-Christ, etc., etc. »
Le cultivateur. — Certes, il n'y a pas à s'y méprendre : Saint Marc croyait à la Présence réelle ! Il demandait, lui aussi, que le pain devînt le corps et le vin le sang du nouveau testament de Notre Sauveur.
L'Instituteur. — L'apôtre St. Pierre faisait ainsi prier la Liturgie romaine :
« Nous vous supplions, ô Dieu ! de rendre cette oblation sans « réserve bénie, consacrée, offerte raisonnable et digne d'être reçue, « afin qu'elle devienne pour nous le corps et le sang de votre cher (( Fils Notre Seigneur Jésus-Christ. »
Le menuisier. — Toujours la même croyance. C'est toujours l'oblation, c'est-à-dire le pain et le vin, qui deviennent pour nous le corps et le sang de Jésus-Christ.
Le forgeron. — Qu'avez-vous à dire, monsieur de l'Institut, de ces témoignages des apôtres eux-mêmes ? Etes- vous encore prêt à vous faire l'écho de toutes les impostures du prêtre apostat.
Le Membre de l'Institut-Canadien. — Je sens que ,Chiniquy n'a pas assez pesé ses expressions, quand il a affirmé que la croyance à la Présence réelle dans l'Eucharistie est une nouveauté dans l'Eglise et que les Pères, les Docteurs et les Apôtres n'en parlent point; mais
Le forgeron. — Je trouve que vous tombez dans le défaut contraire. Si votre prêtre apostat n'a pas assez pesé ses expressions, vous, vous les pesez trop.
Le Membre de l'Institut-Canadien. — Comment ?
Le forgeron. — Comment ! Quand on vous prouve clair comme deux et deux font quatre que ce prêtre apostat a dit des faussetés, des impostures ; quand on vous apporte le témoignage des schismes. ,
«des Pères, des Docteurs, des Apôtres, de l'histoire toute entière pour vous démontrer que le dogme de la Présence réelle, loin d'être une nouveauté, est aussi ancien que l'Eglise, je trouve singulier, pour ne pas dire un mot plus sévère, que vous qualifiez l'effronterie, l'audace, la mauvaise foi, les impostures de cet apostat, un simple manque de justesse dans V expression !
Le menuisier. — Si quelqu'un, monsieur de l'Institut, vous accusait de n'être pas un enfant légitime, vous contenteriez-vous de vouplaindre que ce quelqu'un ne pèse pas assez ses expressions ? Assurément, vous emploieriez un langage plus expressif. Vous n'auriez pas de termes assez vigoureux pour protester contre une si odieuse calomnie. Eh bien ! ne soyez pas moins sévère envers le prêtre apostat qui veut affirmer que nos sacrements, nos dogmes ne sont pas légitimes, qu'ils sont des nouveautés sacrilèges et que les apôtres, les Pères et les docteurs de l'Eglise n'ont point cru, n'ont point enseigné ce que nous enseignons, ce que nous croyons aujourd'hui.
Le forgeron. — Le malheureux prêtre dégradé est un imposteur, *m calomniateur, ou bien les mots ne signifient plus rien. Il aniline, et l'histoire tout entière se lève pour lui donner démenti sur démenti. Vous ne l'ignorez pas, monsieur de l'Institut, surtout maintenant que vous avez entendu la voix des siècles. Si vous ne vous sentez pas le courage d'appeler par son nom l'imposture de ce prêtre déshonoré, ayez au moins la force de ne pas trahir la vérité et de ne pas fausser le sens du langage en qualifiant de manque de justesse dans V expression, ce qui est réellement un audacieux men* songe et une insigne imposture.