LA CONFÉDÉRATION NOUS SERA-T-ELLE AVANTAGEUSE
L'état fédératif a présidé à l'enfance de presque tous les peuples naissants.
En lui-même, le système fédératif est excellent ; nous le trouvons au berceau de toutes les nations. Il est commandé par la nature et quelquefois par les circonstances : ici, la nature et les circonstances nous en font une nécessité et nous le rendent très précieux. Qu'est-ce au fond que le système fédératif ou une Confédération ? C'est une alliance, une société formée entre plusieurs petits peuples, qui mettent en commun leurs intérêts généraux pour acquérir plus de force dans la défense comme dans l'attaque en se réservant à chacun d'eux le contrôle et la gouverne de leurs affaires et institutions locales et particulières. C'est, en fin de compte, la mise en pratique du principe si connu, si vrai, que " l'union fait la force." L'association, dans notre siècle, comme dans tous les temps, a toujours doublé, triplé, centuplé la force des associés. On ne s'est jamais avisé de contester la vérité et la sagesse de ces principes sanctionnés par l'expérience des siècles, et qui s'appliquent aux nations tout comme aux particuliers. Par exemple, dans une société, dans une compagnie de commerce, d'industrie ou d'exploitation de mines, établie entre dix associés, chacun met le surplus de son avoir disponible ; avec ces petits capitaux réunis, on fait de grandes choses et si la société est bien conduite, elle grandit et fait la fortune de chacun qui, sans l'association, eut été impuissant à tenter d'aussi importantes entreprises et serait toujours resté dans la pauvreté ou la médiocrité.
Si, donc, la Confédération n'est que la mise à exécution de ces saines maximes, nous serons bien obligés de convenir qu'elle est avantageuse pour toutes les parties concernées et notamment pour nous. Eh ! bien, tel est le cas ; voyons plutôt.
Comme on le sait, c'est entre le Haut-Canada, le Bas-Canada, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Ecosse qu'est formée la
Confédération en force depuis le premier Juillet courant. La première, l'une des principales clauses de la constitution est celle qui opère le rappel de l'Union, tant demandé par les rouges, et sépare le Bas-Canada du Haut-Canada.
La Confédération porte le nom de " Canada." Le Haut- Canada s'appelle la " Province Ontario," le Bas la " Province de Québec" et les provinces maritimes conservent leur nom respectif. Ces dispositifs sont contenus dans les clauses 5 et 6 de la constitution :
5. Le Canada sera divisé en quatre provinces, dénommées : — Ontario, Québec, Nouvelle-Ecosse et Nouveau-Brunswick.
6. Les parties de la province du Canada (telle qu'existant à la passation du présent acte) qui constituaient autrefois les provinces respectives du Haut et du Bas-Canada, seront censées séparées et formeront deux provinces distinctes. La partie qui constituait autrefois la province du Haut- Canada formera la province d'Ontario, et la partie qui constituait la province du Bas-Canada formera la province de Québec.
Si le partie rouge n'était pas gangrené de haine, d'envie, de perfidie et de mauvaise foi, il sufîirait presque de citer cette clause pour montrer les immenses avantages de la Confédération et imposer silence à tous les braillards. Cette union des Canadas tant maudite par les rouges et les annexionistes, la voilà donc brisée par la volonté et l'énergie de M. Cartier et de son parti ! Ce rappel de l'Union si longtemps et si hypocritement réclamé par les rouges et les annexionistes, le voilà donc effectué, et par nous et pour nous ! Et cependant ces gens crient à la trahison ! ils ont lancé une meute de petits avocats sans clients comme sans cervelle contre M. Cartier pour vociférer que celui-ci à vendu le pays ! Pour Dieu ! peut-il se rencontrer dans le monde aussi noire hypocrisie et le peuple indigné ne finira-t-il pas par voir que les rouges et les annexionistes ne sont que des charlatans sans cœur et sans patriotisme qui veulent le duper et s'engraisser de ses sueurs et de ses épargnes en attendant l'heure où ils pourront le pressurer et le livrer aux Etats-Unis?
Continuons notre étude. La constitution ayant divisé la Con" fédération nouvelle en trois provinces, pour les fins fédérales seulement, établit un gouvernement général ou fédéral chargé de l'administration de toutes les affaires concernant toute la Confédération. Ce gouvernement sera mis en opération par un Gouverneur Général, un conseil privé ou ministère responsable de treize membres, un sénat et une chambre des communes; la province de Québec aura 24 sénateurs, la province Ontario 24, et le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Ecosse 24, en tout 72 sénateurs. Dans la chambre des con. munes, la province Onte rio
aura 82 membres, la province de Québec 65, le Nouveau- Brunswick 15 et la Nouvelle-Ecosse 19. Voici maintenant quelles seront les attributions de ce gouvernement, telles que tracées par l'article 91 de la constitution :